À la défense des médecins

«Les spécialistes, ceux qui mettent au monde votre nouveau-né, qui prennent soin de vos yeux, qui traitent votre cancer ou qui vous aident à ne pas souffrir en fin de vie, pour ne nommer que ceux-là, ne logent pas tous à la même enseigne», souligne l'auteur.
Photo: iStock «Les spécialistes, ceux qui mettent au monde votre nouveau-né, qui prennent soin de vos yeux, qui traitent votre cancer ou qui vous aident à ne pas souffrir en fin de vie, pour ne nommer que ceux-là, ne logent pas tous à la même enseigne», souligne l'auteur.

Y a-t-il quelqu’un qui va enfin se porter à la défense des médecins spécialistes ? Récemment, le premier ministre François Legault a orienté le débat pour les faire mal paraître quand la présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, Diane Francœur, a semblé déconnectée de la réalité des médecins qu’elle représente. Pourtant, à mon sens, les médecins spécialistes sont d’un dévouement sans nom. Ils ont fait des sacrifices extrêmes pour pouvoir soigner les autres, souvent à leurs dépens et aux dépens de leur famille. Et malgré tout cela, ils font face à des critiques virulentes de la part de ceux-là mêmes qui vantaient au contraire leur valeur inestimable quand ils avaient besoin de leurs compétences et de leurs connaissances.

Les spécialistes, ceux qui mettent au monde votre nouveau-né, qui prennent soin de vos yeux, qui traitent votre cancer ou qui vous aident à ne pas souffrir en fin de vie, pour ne nommer que ceux-là, ne logent pas tous à la même enseigne. Bien peu de ces spécialistes ont eu le temps de souffler, ne serait-ce qu’un peu, depuis le début de la pandémie. Pour plusieurs même, la tâche est devenue cent fois plus complexe, que ce soit parce que leurs collègues sont en arrêt de travail à cause de la COVID-19 ou parce que leur salle opératoire est au ralenti à cause des mesures de précaution extrêmes.

J’en ai assez d’entendre que les médecins spécialistes sont trop payés, qu’ils ne sont pas prêts à donner un coup de main en cette période difficile ! Les médecins doivent travailler fort pour gagner leur salaire. Est-ce que le public les perçoit réellement comme des chefs d’entreprise un peu lâches qui gagnent le gros salaire tout en passant d’agréables vacances sur leur yacht 40 % du temps dans l’année ? Si un docteur n’est pas au boulot, il ne gagne pas un sou. Et quand un médecin tombe malade, quand une spécialiste est enceinte ou qu’un bon docteur prend tout simplement une petite semaine de vacances avec sa famille, tous les frais professionnels, qui peuvent osciller autour de 75 000 $ par année, doivent être payés même si l’argent ne rentre pas !

Vous vous demandez peut-être pourquoi j’en ai assez ? Parce que ma femme est médecin ! Elle est de garde une journée complète sur huit toute l’année durant. Elle manque régulièrement des événements importants, dont les fêtes de ses propres enfants. Les sacrifices qu’elle a faits pour se rendre jusqu’ici sont énormes, et je crois que le temps est venu qu’on montre un peu de respect.

Ma femme tient notre nouveau-né dans ses bras. Il est venu au monde tout juste avant la pandémie, après une grossesse difficile au cours de laquelle les nausées extrêmes ne l’ont pas empêchée d’assurer ses gardes. Aujourd’hui, elle se prépare mentalement à me laisser notre petit dernier pour répondre à l’appel lancé aux spécialistes. Un appel qui l’obligera à rester en isolement, loin de moi, de notre nouveau-né et de nos deux plus vieux, puisqu’elle devra demeurer en isolement durant ce temps pour protéger sa famille.

Elle n’est pas toute seule. Un autre médecin et collègue me racontait son désespoir devant une situation qu’il perçoit comme sans issue : d’un côté, il va aider dans les CHSLD et choque la population par son salaire, et d’un autre côté, il continue à travailler des heures de fou dans sa spécialité en passant pour quelqu’un qui ne veut pas apporter son aide, alors qu’il a toujours été animé par la vocation de soigner.

Un autre docteur publiait un message de désespoir sur Facebook dans lequel il disait avoir envie de pleurer, alors qu’après 36 jours en ligne à ne pas compter ses heures pour organiser et réorganiser des protocoles pour l’intubation, pour le bloc opératoire, pour l’obstétrique et des milliers d’autres choses, il venait d’entendre Diane Francœur dire que les anesthésistes n’ont rien à faire ! « Je trouve ça épouvantable, dit-il. Mais bon, comme d’habitude, on va se faire casser du sucre sur le dos, ravaler nos larmes et continuer à essayer de traiter les gens qui nous méprisent. »

Qui est là pour la défendre, ma femme ? Qui est là pour défendre ces autres médecins ? Diane Francœur n’est pas un négociateur féroce comme François Legault qui, lui, sait comment présenter les faits — pour obtenir ce qu’il souhaite. En affaires comme en politique, on apprend rapidement comment bien négocier. Diane Francœur n’a pas ces connaissances et ces compétences. Elle n’est pas « équipée » pour concurrencer Legault. Elle ne démontre aucune émotion et elle ne représente pas le découragement énorme que ressentent les médecins en ce moment.

Le problème dans les CHSLD n’a rien à voir avec le travail des médecins spécialistes. C’est un problème qui doit être réglé, oui, mais pas sur le dos des spécialistes. La pandémie de COVID-19 qui sévit présentement exige de la solidarité. Agissons ensemble, soyons humains et allons de l’avant tout en montrant le respect dû au travail de chacun.

2 commentaires
  • Marc Pelletier - Abonné 25 avril 2020 09 h 32

    Résultat de l'improvisation

    Je suis totalement d'accord avec vous : les spécialistes n'ont pas leur place dans les CHSLD. Les propos démagogique de M. Legault, pour se défouler de son amertume en regard des spécialistes et de leurs rémunérations, ont sans doute eu leur effet sur le grand public. Il fallait bien des responsables pour prendre le blâme de l'inaction des gouvernements, y compris le sien, face au manque de personnel dans ces établissements et au salaires tellement bas, offerts aux préposés aux bénificiaires, qu'il n'a même pas été en mesure d'en recruter en nombre suffisant.

    Enfin, à contre-coeur, il a bien fallu que M. Legault fasse appel à l'armée dont les soldats, tous bien formés pour les premiers soins, ne reçoivent jusqu'ici que des témoignages de reconnaissance.

  • Marc Davignon - Abonné 26 avril 2020 13 h 54

    En effet!

    Mais à qui auriez-vous pensé pour aller donner un coup de main? Des plombiers? Des Comptables?

    Mais, considérant que ceux-ci (les médecins) ont un lien <intuitif> avec le problème, il était quelque peut <naturel> que l'on demande de l'aide a eux et pas aux mécaniciens!

    Alors, peu importe que ceux-ci ne soient pas exactement le bon groupe d'individus, il faut, quand même, souligner la réaction de ces derniers.

    Imaginez-vous que vous êtes dans le trouble et que vous demandez de l'aide à n'importe qui (celui le plus proche de vous pour avoir une réponse rapide) mais que ce dernier hésite et désire analyser la situation avant de vous donner une réponse. Comment réagiriez-vous?

    Pas vraiment bien et ceci peut-être démontré facilement.

    Bref, la réaction de la <plèbe> fut la bonne!

    Alors, cesser ces pleurs (un médecin spécialité fait 400 000$ en moyenne. Si avec cela ils n'ont pas les moyens d'en <placer> pour les jours <plus difficiles> (comme le propose FMOQ, en autres), alors, comment font ceux qui en ont 16 fois moins?

    C'est pour ces raisons que la populace juge durement et correctement ce genre de comportement; qu'il soit PDG sur un yacht ou en congrès à Hawaii (<Des formations sous le soleil déductibles d’impôt>, Métro, fév. 2017)).