Et si les soins à domicile étaient une solution aux problèmes des CHSLD?

«Accroître les soins à domicile réduirait la pression que vivent actuellement nos CHSLD au Québec», estime l'autrice.
Photo: Getty Images «Accroître les soins à domicile réduirait la pression que vivent actuellement nos CHSLD au Québec», estime l'autrice.

Les problèmes en CHSLD, on les connaît depuis longtemps : manque de ressources, pénurie de main-d’œuvre, des bénéficiaires en plus grand nombre avec une perte d’autonomie plus avancée. Des solutions s’imposent, mais lesquelles ? Augmenter les salaires des préposés aux bénéficiaires ? Revoir les ratios ? Construire des « maisons des aînés », avec de grandes fenêtres ? Ce sont des solutions intéressantes, mais qui ne règlent pas le cœur du problème.

Le vrai problème, c’est que, comme société, nous voyons les aînés comme un « bloc monolithique ». Il y a les aînés actifs et en santé, qui restent à domicile ou en résidence, et il y a les aînés en perte d’autonomie en CHSLD.

Or, le vieillissement est une continuité et non une fatalité. Une partie de la solution est connue de plusieurs experts au Québec, et elle est appliquée concrètement dans plusieurs pays à travers le monde, comme le Japon et le Danemark : investir dans les soins à domicile.

Lorsqu’on parle de soins à domicile, le premier réflexe est souvent de mettre ceux-ci en opposition avec les CHSLD. Oui, mais il arrive un moment où les gens ont besoin des CHSLD, car leur niveau de soins est trop exigeant ! Les soins à domicile ne peuvent pas maintenir les gens chez eux éternellement ! Effectivement, mais l’un ne va pas sans l’autre.

Les soins aux aînés sont un continuum qui doit être pris en compte sérieusement tout au long du processus pour en arriver à finir nos jours dans la dignité. C’est un équilibre, actuellement « déséquilibré ».

Depuis plusieurs années, les gouvernements ont négligé les soins à domicile. Non seulement nous n’avons pas investi les sommes et les ressources nécessaires en fonction des besoins grandissants, mais ce secteur névralgique de la santé a subi compressions par-dessus compressions budgétaires, au profit d’un système hospitalo-centrique.

Or, investir dans les soins à domicile et dans le maintien de l’autonomie des aînés retarde l’éventualité d’une hospitalisation critique et l’aggravation d’une perte d’autonomie pouvant mener à l’hébergement en CHSLD. De plus, cela permet de répondre au souhait de la vaste majorité des gens de pouvoir rester dans leur communauté le plus longtemps possible, près des leurs.

Accroître les soins à domicile réduirait ainsi la pression que vivent actuellement nos CHSLD au Québec. Ce n’est pas nouveau. Déjà, la commission Clair le mentionnait en 2000, il y a 20 ans.

La pandémie de COVID-19 n’a qu’exacerbé les problèmes d’un réseau défaillant, que nous sommes nombreux à dénoncer depuis des dizaines d’années. C’est le temps de réviser l’offre de services aux aînés.

Assurons des services adéquats en fonction des besoins de la personne. Il faut arrêter de déplacer les gens vers les services. Cette méthode est plus coûteuse et moins efficace pour le maintien de l’autonomie d’une personne.

Inspirons-nous des succès ailleurs dans le monde ! Au Québec, 14 % du budget des soins de longue durée va aux soins à domicile et 86 %, aux CHSLD. Or, dans des pays comme le Danemark, c’est pratiquement l’inverse avec 75 % du budget pour les soins à domicile et 25 % pour l’hébergement en CHSLD.

Enfin, le CHSLD doit être repensé pour devenir un dernier recours, tout en assurant une véritable dignité aux personnes hébergées.

Voilà autant de réflexions qui pourront être menées collectivement et qui montrent la nécessité de tenir des états généraux sur les soins aux personnes âgées !


 
14 commentaires
  • Alain Girard - Abonné 24 avril 2020 07 h 09

    Depuis des décennies ont le dit , le crie à quand l'écoute et l'action !

    • Gilles Théberge - Abonné 24 avril 2020 10 h 17

      Peut-être cette fois sera la bonne. Mais quand le premier ministre continue de balancer des «budgets supplémentaires», ça n'augure rien de bon pour l'avenir.

      Il faut repenser les services aux aînés. Cela passe par une revalorisation des services à domisile... C'est clair et limpde pour vous comme pour moi. Ça ne semble pas l'être pour les politiciens qui ne voient comme solutions que les maudits budgets supplémentaires...

      Ce qui fera sourire l'insipide Marguerite!

  • Marc Fortin - Inscrite 24 avril 2020 09 h 12

    Aidé les aînés

    Aidés les aînés à demeurer dans leur résidence privée
    Est la meilleure solution
    Pour se faire les gens de 60 ans et plus devraient avoir droit à des services médicaux à domicile , également un soutient financier
    Genre déneigement payé , taxes déductibles , entretient déductibles
    Le coût serait moins élevé qu'un lit en CHSLD

  • Pierre Desautels - Abonné 24 avril 2020 09 h 40

    Un choix de société?


    Vous avez raison, Madame Lapointe. Mais comment expliquer, qu'au Québec, il y a 18% de plus de personnes âgées qui quittent leur appartement ou leur maison, même ceux en bonne santé? Il y a ici une pression sociale, venant d'amis, de voisins, et même souvent de la famille pour les pousser dans des maisons pour "ainés", souvent à fort prix. Il y a une mode, un engouement, avec des publicités, parfois racoleuses, parfois même trompeuses.

    Le summum, ce sont les cas de femmes qui ont perdu leur conjoint et qui vivent seules dans leur maison unifamiliale, qui se font dire : Mon Dieu, une femme seule à la maison? C'est effrayant! Des gens en parfaite santé, autonomes, que l'on veut pousser dehors. Nous sommes rendus là. On infantilise des gens âgés, mais parfaitement capables de se débrouiller. Nous avons du chemin à faire au Québec pour changer certaines mentalités.

  • Jean Jacques Roy - Abonné 24 avril 2020 10 h 06

    « Il faut arrêter de déplacer les gens vers les services. »

    Inverser le processus actuel, voudrait dire de RAMENER les médecins et le suivi des soins de santé vers les gens. Cette révolution serait bénifique pour les personnes de toutes âges, pas uniquement pour les personnes de 85 et plus. Bénifique pour les parents qui ont de jeunes enfants et pour les aidants naturels.

    La croissance de la population des personnes de 85 ans est exponentielle. De 70,000 qu’elle était en l’an 2000, elle est maintenant de 200,000. En réponse à ce phénomène démographique, les gouvernements et les « entreprises privées » ont « construit » des résidences et des systèmes de gestion actuellement en pleine crise!

    Continuer la recette d’ajouter des hôpitaux et de multiplier les institutions (privées et publiques) pour les personnes âgées et pour prodiguer de soins prolongés.... c’est poursuivre la politique d’inviter les gens d’ALLER vers les services. Politique doublement questionnable lorsque ces institutions, comme c’est le cas actuel, sont en crise.

  • Yvon Bureau - Abonné 24 avril 2020 10 h 25

    Vive le Danemark

    +++ «Inspirons-nous des succès ailleurs dans le monde ! Au Québec, 14 % du budget des soins de longue durée va aux soins à domicile et 86 %, aux CHSLD. Or, dans des pays comme le Danemark, c’est pratiquement l’inverse avec 75 % du budget pour les soins à domicile et 25 % pour l’hébergement en CHSLD.»

    Que ces chiffres sont PARLANTS! Madame Blais, voici l'important à faire ! Vous voulez en faire une PRIORITÉ, madame la ministre Blais?

    Merci Madame Lapointe. À votre question (le titre), ma réponse est OUI OUI OUI. Et en 2020, une Commission parlementaire là-dessus, avec une présidence qui y croit à 100%.