Nos commerçants ont besoin de plus d’oxygène

«Nos rues animées par les commerces forgent l’identité sociale de nos quartiers et donnent de la richesse et de l’authenticité à toutes les villes du Québec», affirment les auteurs.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Nos rues animées par les commerces forgent l’identité sociale de nos quartiers et donnent de la richesse et de l’authenticité à toutes les villes du Québec», affirment les auteurs.

Nos commerçants ont besoin de plus d’oxygène. Parfois, il arrive qu’un patient soit placé en coma artificiel afin de faciliter sa guérison d’une quelconque maladie. Mis dans cet état d’inconscience, il est alimenté par un respirateur qui lui assure de l’oxygène durant toute cette période d’arrêt nécessaire. Sans ce soutien crucial, il ne pourrait pas survivre aux soins qui lui sont prodigués. C’est ce qui se passe pour certaines personnes qui sont malheureusement aux prises avec la COVID-19.

Au Québec, ce sont nos commerçants qui ont été placés en arrêt obligatoire ou en marche très lente. Ils ont répondu présents et ont obtempéré pour limiter la propagation du virus. En même temps, ils ont vu leurs ventes fondre radicalement. Selon les données du sondage datant du 13 avril de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), la moitié des PME québécoises (53 %) a vu ses ventes diminuer de plus de 75 % depuis le début de cette crise. Les petits commerces ont aujourd’hui besoin d’oxygène car, sinon, ils ne survivront pas.

Les gouvernements saisissent l’ampleur de la situation. En quelques semaines, ils ont dévoilé plusieurs programmes pour soutenir financièrement nos commerçants. Nous les en remercions. Seulement, au Québec surtout, cet oxygène est principalement apporté sous forme de prêts. Sonnés par la crise sanitaire et par les pertes de revenus, les commerçants doivent donc rembourser cette aide financière plus tard, sans oublier les intérêts.

Accorder des prêts est l’une des façons d’aider les entreprises, mais pour les plus petites, cela peut creuser davantage le gouffre financier dans lequel leurs affaires sont plongées depuis le début de la crise. Un prêt, c’est un poids supplémentaire qui ferait céder même les bonnes structures organisationnelles. Pourquoi ? Parce qu’à la suite de cette crise, qui les a plongées dans un coma artificiel, les mesures sanitaires résiduaires continueront d’imposer des limites à la consommation et à l’achalandage dans les commerces, les bars et les restaurants. De plus, les coûts augmenteront pour ces commerces qui devront mettre en place toutes les mesures nécessaires pour éviter que les employés et les clients attrapent le virus.

C’est dans ce contexte que les petits commerçants devront assumer la charge de prêts supplémentaires, avec une clientèle qui sera deux ou trois fois moins nombreuse qu’avant la crise. N’oublions pas non plus que ce sont les entreprises qui seront défavorisées quant à l’accès restrictif du taux d’impôt réduit pour les petites entreprises qui est en fonction d’heures rémunérées (5500).

Ce calcul, tous les commerçants le font. Deux fois plus de prêts et deux fois moins d’achalandage pourraient bien signifier la fin de leur aventure entrepreneuriale (souvent familiale). Elles sont d’ailleurs près des deux tiers (63 %) de PME qui estiment qu’elles ne seront pas en mesure de récupérer les pertes de revenus subies une fois la crise passée.

Aujourd’hui, nous sommes plusieurs organisations à unir nos voix pour demander plus aux gouvernements, notamment à celui du Québec, pour mettre en place rapidement une mesure d’aide directe aux entreprises pour leur permettre d’affronter les frais fixes toujours bien présents.

Plusieurs pays et provinces le font : la Saskatchewan offre 5000 $ par entreprise et par mois pour assumer les frais fixes tels que le loyer. Le Danemark pour sa part offre aux petites entreprises obligées de fermer à cause de la crise de payer les charges comme le loyer, l’hypothèque, les frais d’assurance, l’électricité et le téléphone. Rappelons que les plus récentes données de la FCEI démontrent que plus de la moitié des PME ne pourront pas honorer leur loyer du mois de mai.

La mise en place d’une aide d’urgence assurera la survie du poumon économique de nos villes et protégera l’ensemble de notre écosystème. Nos rues animées par les commerces forgent l’identité sociale de nos quartiers et donnent de la richesse et de l’authenticité à toutes les villes du Québec.

Qui voudra se balader sur les rues commerciales pour faire leurs achats si ces dernières ont été désertées par la perte de ces petites entreprises ? Agissons maintenant pour conserver cet environnement d’affaires durable et prospère pour nos commerçants d’ici, et travaillons activement à la sauvegarde de nos cœurs de nos villes et villages.

* Ce texte est cosigné par Jean-Pierre Bédard, président du Regroupement des sociétés de développement commercial du Québec (RSDCQ), Pierre-Alexandre Blouin, président-directeur général de l’Association des détaillants en alimentation du Québec (ADAQ), Stéphane Drouin, directeur général, Conseil québécois du commerce de détail (CQCD), Alain Mailhot, président-directeur général de l’Association Restauration Québec (ARQ), Caroline Tessier, directrice générale de l’Association des sociétés de développement commercial de Montréal (ASDCM) et François Vincent, vice-président Québec de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI)

3 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 22 avril 2020 09 h 04

    On préfère la vie à l’argent

    Misère. On compatit avec les PME, mais pardieu, la santé prime sur le commerce. Les morts ne consomment pas grand chose.

    Ceci dit, maintenant, on voudrait qu’on subventionne toutes les PME sous forme de bourses et non pas de prêts. Nous ne sommes pas plus riches qu’on le pense. Lorsque qu’on invoque les gouvernements, ces entités artificielles, c’est aux contribuables que vous vous adressez. Au Québec, ils sont deja saturés d’impôts et plusieurs autres plaident déjà qu’on bonifie le filet social une fois que nous serons sortis de cette crise. Le budget de la santé accapare déjà 50% et plus et on veut l’améliorer pour être mieux préparé à faire face à des crises. L’argent viendra d’où? On pourrait se poser aussi la question suivante : est-ce que nous allons avoir de besoin de tous ces restaurants et ces commerces lorsque la crise disparaîtra et que les consommateurs seront sans le sou et endettés? Qui voudra fréquenter ces lieux publics? Enfin, pour les petits commerces, pardieu, les ventes en ligne augmentent exponentiellement à toutes les années. Le futur est déjà annoncé.

    La Saskatchewan et le Danemark sont deux entités gouvernementales riches et presque sans dette. Ils ont peut-être le loisir d’être plus généreux que les autres, mais ils atteindront leur limite très rapidement. Le Québec n’est certainement pas là.

    La solution passe par le régionalisme et l’achat local, panier québécois oblige. C’est ce que nous ferons.

    En passant, cette crise durera au moins 12 mois et la 2e vague à l’automne ou au début de l’hiver risque d'être très virulente selon la CDC. Disons poliment que nous avons d'autres chats à fouetter présentement.

    • Cyril Dionne - Abonné 22 avril 2020 11 h 34

      Addendum:

      La Saskatchewan et le Danemark sont deux entités gouvernementales riches, presque sans dette et avec une population très petite.

      La Saskatchewan, 1,1 million et 3e au au Canada pour le revenu total brut des ménages (88 000$).
      Le Danemark, 5,8 millions et 5e au monde pour le revenu total brut des ménages.

  • Marc Davignon - Abonné 22 avril 2020 09 h 42

    Ce qui peut rendre malade est de comparer l'économie à un malade.

    Comment dire? L'économie n'est pas un être vivant malgré le fait que le désigne une entreprise : <personne morale>.
    Cela ne crée pas un être vivant !

    Donc, les entreprises n'ont pas besoin d'oxygène pour survivre (même si cela est utilisé comme métaphore). Ce qu'ils ont de besoins, ce sont des gens qui y travaille pour que d'autres gens viennent y faire des achats si ceux-ci (les entreprises, les commerces, les boutiques ...) offre la meilleure qualité pour le meilleur prix (ici, nous faisons référence au principe théorique de la concurrence qui devrait faire émerger le meilleur(?!?!?)).

    Or, ceux qui ont besoin, réellement, d'oxygène sont ces gens qui <créé> ce que l'on nomme <économie>. Faut-il le rappeler, il n'y a pas de <système économique> s'il n'y a pas de gens qui y participe! Et l'entreprise n'existe que s’il y a suffisent de <demande>.

    Alors, ce que vous demandé, c'est de faire <vivre(!) artificiellement> ... l'économie ?

    Vous, les <entrepreneurs>, n'avez-vous pas fait des <économies> pour les jours plus difficiles? Non!

    Comme la majorité des gens (qui travaille pour vous), vous vivez d'un <revenu à l'autre>?

    Non! Votre Crie d'aide est affligent quand on songe aux millions de gens qui doivent se poser la question : payer le loyer ou la nourriture? Qui se résigne à faire la file à moisson Montréal.

    Vous savez, ces gens qui vivent d'une paie à l'autre! Vous vous rappeler, c'est gens qui, au moment ou ils ont réclamé une augmentation à 15$/h, vous (les associations <patronales>), avez (encore une fois) crier à la perte de milliers de commerces qui seront incapables de payer autant!

    Vous savez, c'est gens qui eux, les frais fixes c'est leurs lieux de vie, pas de commerce!

    Vous qui regardez le <B.S.> de haut, mais, quand ça ne va pas, en réclamer plus qu'eux. Pathétique!

    Allez réclamer cet argent de tous ceux qui ont pignon sur rue dans les paradis fiscaux. Ou, à toutes ces fondations privées, comme <One Drop>.