Réglons la discrimination salariale envers les préposés aux bénéficiaires

«Selon le premier ministre, la responsabilité des problèmes de recrutement des préposés aux bénéficiaires incomberait aux syndicats en raison de leurs refus de consentir à des augmentations salariales particulières pour ce titre d’emploi», écrit Jacques Létourneau.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Selon le premier ministre, la responsabilité des problèmes de recrutement des préposés aux bénéficiaires incomberait aux syndicats en raison de leurs refus de consentir à des augmentations salariales particulières pour ce titre d’emploi», écrit Jacques Létourneau.

Les responsabilités qui incombent au titulaire du poste de premier ministre du Québec sont lourdes. Néanmoins, personne au Québec ne tient François Legault personnellement responsable de notre désengagement collectif des trente dernières années envers nos aînés.

Il est certes louable de sa part de vouloir assumer une partie du blâme au regard de la crise qui sévit actuellement dans les CHSLD. Mais lorsque cet acte de contrition ne sert de prétexte qu’à mieux renvoyer la balle aux organisations syndicales, on me permettra de réagir.

Ainsi, selon le premier ministre, la responsabilité des problèmes de recrutement des préposés aux bénéficiaires incomberait aux syndicats en raison de leurs refus de consentir à des augmentations salariales particulières pour ce titre d’emploi. Quand vous voulez tuer votre chien, vous dites qu’il a la rage.

J’aimerais rappeler au premier ministre que nous avons demandé, dès 2009, des mesures spécifiques pour répondre aux besoins de main-d’œuvre dans les CHSLD, et ce, même si les problèmes d’attraction et de rétention touchaient déjà l’ensemble de nos services publics. Une enveloppe budgétaire a finalement été consentie par le gouvernement lors des négociations de 2015 : une « prime CHSLD » d’environ 450 $ par année par employé. Une somme nettement insuffisante, j’en conviens avec M. Legault.

C’est aussi en 2015, lors de l’exercice obligatoire du maintien de l’équité salariale, que nous avons déposé une plainte, comme prévu à la Loi sur l’équité salariale, visant à corriger la discrimination salariale envers les préposés aux bénéficiaires. Cette plainte était semblable à celle qui avait été déposée en 2010 à l’endroit des auxiliaires de santé et de services sociaux, responsables des soins à domicile pour les aînés. Environ 80 % de ces salariés sont des femmes. L’évaluation des tâches et des fonctions de ces titres d’emploi ne correspond plus à la réalité. Ceux-ci doivent être repositionnés dans la structure salariale du secteur public et se voir attribuer les corrections salariales adéquates.

La question peut paraître complexe pour le commun des mortels, mais il s’agit pour nous de la façon appropriée pour rehausser le salaire des préposés aux bénéficiaires.

Or, depuis cinq ans, le gouvernement n’a rien fait pour donner suite à cette demande. Un gouvernement dirigé par M. Legault depuis bientôt deux ans.

Le premier ministre clame haut et fort que, depuis son accession au pouvoir, il s’acharne à vouloir octroyer des augmentations particulières aux préposés. C’est ainsi que son gouvernement a proposé, au cours de l’actuelle négociation du secteur public, de créer un « forum de discussion » pour aborder la question. Loin de refuser l’objectif recherché, les organisations syndicales lui ont simplement répondu qu’on avait assez jasé de la question ; le moment était venu de trouver les solutions appropriées à l’endroit tout désigné : celui de la table de négociation.

M. Legault répète que les organisations syndicales sont allergiques aux augmentations différenciées. J’aimerais lui rappeler que nous avons convenu, lors de la dernière négociation, de revoir l’ensemble de la structure salariale du secteur public et d’ainsi remanier plus de 135 échelles salariales. Les augmentations différenciées entraînées par ces travaux de relativité salariale se comptent par centaines.

Nous avons également démontré, au cours des dernières années, notre préoccupation à l’endroit des problèmes d’attraction et de rétention de la main-d’œuvre pour certains titres d’emploi. Nous avons ainsi négocié, à notre demande, des primes particulières pour les ouvriers spécialisés, pour le personnel intervenant auprès d’usagers qui présentent des troubles graves de comportement, pour les psychologues du réseau de la santé et des services sociaux, et bien d’autres. Les équipes de négociation du Conseil du trésor pourront le confirmer au premier ministre.

Depuis plus de dix ans, nous réclamons des mesures particulières pour augmenter le salaire des préposés aux bénéficiaires. Aucun gouvernement, y compris celui de M. Legault, n’a voulu répondre à nos demandes de façon adéquate.

Enfin, le premier ministre déclarait vendredi dernier que, si c’était à refaire, il imposerait des augmentations particulières pour les préposés aux bénéficiaires sans l’accord des organisations syndicales. Or, rien ne l’a empêché, par la voie d’un arrêté ministériel, de décréter des « primes COVID-19 » de 8 % à certains, de 4 % à d’autres et de 0 % à plusieurs. Il a fallu se battre pour que les paramédicaux obtiennent pareil traitement. Pourquoi le premier ministre n’en a-t-il pas profité pour augmenter plus significativement le salaire des préposés ? Pourquoi n’a-t-il pas donné le mandat à ses équipes de négociation de régler nos plaintes pour discrimination salariale à leur endroit ? Lui seul le sait.

Mais s’il y a une chose sur laquelle je suis entièrement d’accord avec le premier ministre, c’est la nécessité de revoir l’ensemble des conditions d’hébergement de nos aînés. Une fois la crise derrière nous, une commission publique, semblable à la commission portant sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, sera plus que nécessaire. M. Legault pourra compter sur notre pleine collaboration en ce sens.


 
26 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 21 avril 2020 01 h 52

    Régions?

    Réglons ça : j'aime bien ce lapsus!

  • Nadia Alexan - Abonnée 21 avril 2020 07 h 37

    Les inégalités sociales nuisent au bon fonctionnement de la société.

    Je suis tout à fait d'accord avec monsieur Letourneau que les gouvernements libéraux successifs ont délaissé croupir le secteur public. C'est une question de priorités et d'une idéologie néolibérale défaillante chez le PLQ. La justice sociale et l'équité salariale ne sont pas des priorités pour les libéraux qui ont imposé "le déficit zéro" et «l'austérité» comme politique provinciale pendant des siècles.
    C'est le tour de monsieur Legault de mettre ses belles paroles en action et de mettre les fonds nécessaires pour corriger ces lacunes criantes dans les services publics.
    Comme l'explique bien l'économiste célèbre Thomas Piketty: «Les inégalités, et ce qu’elles provoquent sont au cœur de notre destin. Et de notre possible autodestruction».

  • Marie Nobert - Abonnée 21 avril 2020 08 h 47

    «[...] La question peut paraître complexe pour le commun des mortels, [...]» (au texte de l'auteur)

    @M. Jacques Létourneau. Le «commun» des mortels meurt. Point barre. La question n'est pas complexe. J'accuse... Misère!

    JHS Baril

  • Yves Corbeil - Inscrit 21 avril 2020 09 h 47

    Cher syndicaliste en chef

    Expliquez moi donc c'est quoi la mission d'une ORGANISATION syndicale en 2020. On pourrait juste commencer par ça à matin pis après ça on s'attardera peut-être ou peut-être pas ensemble aux milliers de problèmes qui font défaut dans notre société.

    • René Bolduc - Abonné 21 avril 2020 11 h 12

      Il faudrait développer un peu, sinon ce commentaire demeure tout à fait non pertinent.

    • Bernard Dupuis - Abonné 21 avril 2020 11 h 47

      Demandez d’abord aux milliers de préposés et de travailleurs que représente démocratiquement « le syndicaliste en chef ». Est-ce que l’idéologie antisyndicale a réglé le moindre problème de la société depuis quarante ans?

    • André Labelle - Abonné 21 avril 2020 13 h 04

      Belle façon de noyer le poisson M. Corbeil !
      «L'idéologie, c'est ce qui pense à votre place.»
      [Jean-François Revel]

  • Yves Corbeil - Inscrit 21 avril 2020 11 h 11

    Un autre pour toi mon Jacques

    Si le confinement continue jusqu'à tard dans l'année. Tu va avoir des problèmes à trouver des factures de toutes sortes pour sauver de l'impôts sur ton rapport 2020. T'es mieux d'en acheter en ta de REER de la CSN pis de la FTQ ton rival en planifaction financière, votre mission première depuis des décennies.

    • Denis Falardeau - Inscrit 21 avril 2020 20 h 36

      Cher Monsieur Corbeil
      Plutôt que de vous en prendre aux rapports d'impôts de M. Létourneau et de nous débiter un tas d'insanités sur ce dont vous n'avez aucune idée, il serait appréciable de vous voir commenter le fond de la question, ce qui aurait pour avantage de faire avancer la discussion.