Des anges aux ailes brisées

«Il aura fallu quelques semaines à ce virus pour faire réaliser à la société au grand complet, sans bruit, ce que nous, du réseau de la santé, crions depuis des lunes», écrit la préposée aux bénéficiaires Véronique Desrochers.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne «Il aura fallu quelques semaines à ce virus pour faire réaliser à la société au grand complet, sans bruit, ce que nous, du réseau de la santé, crions depuis des lunes», écrit la préposée aux bénéficiaires Véronique Desrochers.

Le virus inodore et incolore a débarqué telle une bombe dans nos vies. Prises au piège d’un métier qui nous passionne, nous menons un combat en gardant un sourire rassurant, mais derrière se cache une peur indescriptible.

Il aura fallu quelques semaines à ce virus pour faire réaliser à la société au grand complet, sans bruit, ce que nous, du réseau de la santé, crions depuis des lunes. Des années que nous essayons de faire valoir la dignité, la fragilité et l’importance que représentent nos aînés. Triste réalité qui perdure depuis déjà beaucoup trop d’années. Le manque de personnel ne date pas d’hier ; nous voulons plus de bras afin d’assurer des soins de qualité pour ceux et celles qui méritent ce qu’il y a de mieux. Ceux qui ont construit ce que nous possédons aujourd’hui.

Nous avons toujours agi avec des effectifs en moins, nous avons adopté le système D. Cette crise nous démontre seulement en transparence totale ce que nous vivons en silence régulièrement. Nous sommes des travailleurs acharnés sur le terrain ; nous sommes la voix d’êtres humains vulnérables et qui, depuis trop longtemps, semblent incompris. Nous avons sonné l’alerte bien avant la COVID-19, pourtant le virus semble à lui seul être plus puissant.

Pour être un ange, on doit posséder des ailes bien déployées, mais les nôtres portent quelques écorchures, ce qui fait que l’envol est moins facile. Quelle tristesse de voir qu’un virus alarme toute une population et fait de nous des héros. Des gens meurent seuls depuis des années, mais la situation semble maintenant irréelle puisqu’elle est criée sur la place publique. C’est cauchemardesque de faire une telle constatation.

Crier dans une foule sans se faire entendre est le sentiment qui habite nos cœurs depuis beaucoup trop longtemps. La crise, ça fait longtemps qu’on la vit, seulement avant, elle n’était pas diffusée 24 heures sur 24. Nous n’étions pas aussi reconnus parce que la détresse était plus silencieuse, mais elle était pourtant aussi désastreuse. La vocation : un mot utilisé trop souvent pour nous faire avaler et faire taire l’injustice que l’on accepte amèrement depuis de trop nombreuses années.

Pour exercer ce métier, vous devez posséder plusieurs aptitudes, mais surtout le désir profond d’aider. Vous devez donner le meilleur de vous-même, pour faire la différence dans le quotidien de personnes qui dépendent complètement de vous et de votre passion pour le métier.

On nous demande d’agir pour sauver la situation, celle qui est dramatique et alarmante ; c’est avec la peur au ventre et l’âme un peu confuse que l’on se lève le matin. Nous avons toujours le désir d’aider et de rassurer ceux qui comptent sur nous et nous entrons, fiers, sur le terrain en guerriers… sans savoir si notre équipe sera complète, sans savoir si quelqu’un sera touché, non par une balle, mais bien par le virus. Nous sommes, comme vous, avant tout des humains.

J’espère qu’après la crise, on pourra dire, comme sur nos plaques d’immatriculation, je me souviens… de ceux qui depuis toujours n’ont pas de casques ni d’armes, mais sont munis d’espoir et ont le cœur plus gros que la pandémie de coronavirus.

9 commentaires
  • Denise Ouellet - Abonnée 20 avril 2020 06 h 01

    Bravo!

    Depuis des années nous crions haut et fort que les services aux aînés sont problématiques, mais c'est "0" écoute de la part des décideurs. Les chefs ne se sont jamais préoccupés des problèmes dénoncés... Voilà le résultat! Je suis triste pour nos aînés.

  • Hélène Paulette - Abonnée 20 avril 2020 11 h 51

    Excellent réquisitoire.


    Et il faudra vous battre encore, madame Desrocher, car la pandémie passée, les mauvaises habitudes reviendront selon les régles de la sacro-sainte économie...

  • Yves Corbeil - Inscrit 20 avril 2020 12 h 46

    Madame j'ai mal avec vous assis chez nous

    Mais qu'est-ce que je peux faire d'autres que d'espérer que les coupables de ce démantèlement de nos fières institutions soient mis en prison en attendant que le peuple se réveille et se soulève contre toutes ces injustices qui sont notre pain quotidien depuis des générations et des générations. On va-tu finir par la prendre la mesure de notre aveuglement qui conduit à toujours plus de pertes humaines et de dignité. Je ne sais pas pour vous madame mais ça devient de plus en plus dur de se regarder dans un mirroir chaque matin comme citoyen qui fait rien pour que ça change. Je sais bien que seul je pourrai rien faire d'autre que me faire arrêter pour avoir troublé la paix, la sainte paix de la répression politique ambiante mais si mon voisin sortait avec moi pis son voisin à lui pis le voisin de l'autre aussi puis ainsi de suite, on arait même pas besoin d'une pancarte, on aurait juste à s'assoir bien tranquille sur le trottoir en quart de repos bien établit pendant que plus rien fonctionne dans leur système ou ils nous tiennent tous en otage. Et cela pas pour un plus gros salaire ou n'importe quel autres bonbons qui peuvent nous donné quand y sentent qu'on est à boutte. Non, non juste réclamé la dignité que chaque humain qui vient au monde mérite tout au long de son parcours ou par sa contribution est sensé amlioré le sort de l'humanité pas celui de certains qui sont-là comme des vautours autour des proies qu'on ne doit plus être si la justice, la vraie existe sur cette terre.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 20 avril 2020 16 h 04

    « certains qui sont-là comme des vautours autour des proies» (Yves Corbeil)



    Les vautours n'ont que faire des proies; ils mangent des cadavres.

  • Yves Corbeil - Inscrit 21 avril 2020 11 h 24

    « certains qui sont-là comme des vautours autour des proies» (Yves Corbeil)


    Les vautours n'ont que faire des proies; ils mangent des cadavres.


    J'avais écrit politiciens mais ce fut refusé alors j'ai sauté su'l premier synonyme qui m'es venu, s'cusez monsieur le professeur Lacote.