Le Québec malade de ses aînés

«Les proches aidants, souvent les femmes, sont là pour pallier le manque criant de services», dit l'autrice.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir «Les proches aidants, souvent les femmes, sont là pour pallier le manque criant de services», dit l'autrice.

Il a fallu l’arrivée d’un nouveau virus, silencieux et invisible à l’œil nu, pour que les projecteurs se braquent sur nos aînés. Peu regardant, le germe infectieux frappe à toutes les portes. L’attaque est indiscriminée, mais la force de la riposte ne l’est pas. Les plus âgés sont particulièrement désarmés et à risque de succomber dans cette lutte impitoyable et de longue haleine. La COVID-19 nous a déclaré la guerre sur le terrain et, en même temps, il nous joue des tours à sa façon. Elle illumine nos failles, nos coins noirs, ce sur quoi nous détournons le regard. Et vlan ! Plein phare sur la situation des aînés dans nos sociétés.

Les chiffres frappent l’esprit : 99 % des personnes décédées au Québec ont plus de 60 ans et proviendraient, pour la moitié d’entre elles, des centres d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD). Autrement dit, le sous-groupe des plus vulnérables, des plus malades, est touché en plein cœur. Devant cette hécatombe, les Québécois s’émeuvent, les décideurs tentent de mettre des mesures en place pour pallier la crise. C’est de l’après-coup, pas de la préparation et encore moins de la prévention. Au fur et à mesure, l’horreur prend forme : des CHSLD privés où les résidents sont laissés à eux-mêmes, affamés et déshydratés, croupissant dans leurs excréments. Comment est-ce possible de nos jours ?

En fait, cela n’est que la pointe de l’iceberg vers lequel nous fonçons depuis des décennies à la manière du Titanic. Ce n’est pas d’aujourd’hui que les services publics aux personnes âgées sont inadéquats et insuffisants. Au fil des années, le secteur privé a comblé des trous en s’emparant d’une large part du marché du vieillir, allant des CHSLD non conventionnés aux résidences privées. Peu importe, au public comme au privé, il y a pénurie endémique de personnel, essentiellement féminin, car les salaires sont bas et la tâche ardue. Les préposées sont dévouées envers les pensionnaires, et elles-mêmes souvent précarisées. Car vieillir dans le manque se décline la plupart du temps au féminin. La formation sur l’hygiène semble insuffisante dans certains cas, des équipements seraient défaillants, sans parler des chambres à quatre lits, séparés par un rideau. Était-ce acceptable même avant la crise pandémique ?

Le parent pauvre

Force est de constater que, depuis des lustres, le financement des services aux personnes âgées n’a jamais été la priorité de nos gouvernements successifs. Peu importe l’orientation politique, la part du lion revient invariablement aux mégaprojets hospitaliers. Les interventions de pointe, les interventions chirurgicales spectaculaires, sont tellement plus glamour que les soins quotidiens de maladies chroniques ou le soutien à domicile ! Alors, les proches aidants, souvent les femmes, sont là pour pallier le manque criant de services. Face à la pandémie, le réflexe est resté le même, donner la priorité aux hôpitaux, renvoyer (ou maintenir) les patients âgés dans les CHSLD sans trop se soucier si ceux-ci étaient aptes à accuser le coup. Malheureusement, contrairement au milieu hospitalier, ils n’étaient pas assez bien équipés pour éviter ou combattre le virus qui, du coup, en a pris à son aise.

Depuis des décennies, les démographes, gérontologues et autres experts jouent les Cassandre : la population vieillit et aura des besoins auxquels le réseau devra s’adapter. De 19 % en 2018, les personnes âgées de 65 et plus passeront, selon les projections, à 25 % en 2030. L’approche hospitalo-centriste, développée dans les années 1960, est axée sur les campagnes de vaccination, les combats contre les maladies et le développement d’interventions chirurgicales de pointe. Cette orientation est loin d’être optimale auprès d’une population vieillissante dont on veut maintenir l’autonomie le plus longtemps possible. Il s’agit plutôt de contrôler les maladies chroniques, de fournir des soins à domicile, ainsi que d’offrir des soins palliatifs adéquats en fin de vie. Beaucoup de personnes âgées demandent que l’on ne fasse pas d’acharnement thérapeutique sur eux lorsque la fin arrive. Ils désirent avoir la possibilité de rester à domicile avec un petit coup de pouce de l’extérieur (soins médicaux et ménagers). Ces services essentiels sont sous-financés et difficiles à obtenir.

Qu’en pensent les baby-boomers ? Que se souhaitent-ils dans les années de maturité ? Vont-ils se plier au système ou forcer les changements ? Cette pandémie, tout effroyable qu’elle soit, est l’occasion de se repositionner, tant dans nos vies personnelles peut-être quelquefois trop axées sur la consommation, que dans notre rapport à la Terre et à sa préservation, et dans la même foulée, pourquoi pas, de reconsidérer notre rapport aux personnes âgées. Plutôt que d’accepter l’âgisme et le sexisme ambiants, valorisons nos aînés. À l’instar des cultures traditionnelles, pour lesquelles les anciens sont précieux de par leur sagesse et leur expérience, respectons et protégeons nos aînés.

5 commentaires
  • Yves Corbeil - Inscrit 20 avril 2020 09 h 53

    Madame

    Qu'est-ce que vous nous dîtes ce matin qu'on ne savait pas déjà. Dites nous qu'est-ce que le peuple devrait faire pour que les inégalités qui sont le lot de son quotidien dans notre société CESSENT. Il y a en trop qui en ont toujours plus pendant que le reste pour ne pas dire les restants en ont de moins en moins.

    L'écoeurante déclaration de celui qui «ronronnait» le Québec pendant quatre ans sur le trône et un autre huit sur la banc d'à côté t'en dit long sur ce qu'il pense de la justice dans société. Le fameux ROSTBEEF pour une famille de quatre personnes pour passer la semaine.

    Ça ne pouvait pas s'inventer une écoeurantrie de la sorte, sortir ailleurs que de la bouche d'un complètement déconnecter de la société dans laquelle il vit en apesanteur au dessus de celle-ci assis sur son coffre rempli de cash qu'il a subtilisé à ceux qu'il prétendait SERVIR. Sont tous là pour se servir ou presque et nous on fait rien pour que ça change. On espère calvère, qui vont retrouvé une humanité qu'ils n'ont plus depuis longtemps. Car des shows à la Barrette dans les CHSLD pour convaincre la plèbe que les vieux yen prends soin avec ses menus, menus pis son bain par semaine, c'est normal pour un vieux qui bouge presque plus, y transpire pas cibole ya pas besoin de s'lavé.

    C'est quoi le plan pour la suite madame la girontojurasique afin que notre société retrouve le gros bon sens de la dignité humaine, des élections aux deux ans avec des ministres sortis de la SPCA au lieu des avocats, medecins ou tout autres hommes d'affaires qui se sentent le besoin de se servir dans le système de cadeaux érigé en place. Y va-tu en avoir un qui va nous proposé des maternelles deux ans dans votre plan pour «sauver » les enfants pis un girontologue qui va proposé des robots maisons pour s'occuper des vieux chez eux.

    Yen aura pas de plan qui tiendra la route tant qu'on enrayera pas les inégalitées sociales ou l'argent se retrouve continuellement dans les mêmes grosse poches sans fond.

  • Robert Bissonnette - Abonné 20 avril 2020 10 h 00

    Les aînés

    Merci pour cet article éclairant sur les priorités de la société de consommation et de la valorisation du spectaculaire. Nous investissons dans de grosses boîtes comme le SChum et on néglige ces centres où nos aînés qui ont travaillé très fort vont finir leur vie. Ces centres devraient représenter l'apothéose de leurs efforta. Ces centres dans lesquels les aînés investissent souvent les économies durement acquises devraient leur offrir des soins exemplaires, de la joie, de la musique et de la communication. Ces aînés ne sont pas des plantes, ce sont des humains dignes d'être traités comme tel.
    Nicole Gagné, abonnée

  • Yves Corbeil - Inscrit 20 avril 2020 11 h 04

    Le monde est dirigé par une bande de planificateur financier

    Je lis des messages comme le vôtre et ma lecture de TOUS ceux-ci revient indéniablement à l'argent. Comment ça va coûter et tous s'applique à faire le maximum pour que ça nous mettent pas en faillite sauf celui qui siège à Ottawa qui lance nos milliards de tout bord tout côté. Surveillez le bien cette semaine nous pondre un autre recette de son cru pour sauver le citoyen pétrole. Connaissez-vous son nom de famille à pétrole vous, faudrait demandé au jason kenny de notre monde eux ils la connaissent intimement la famille pétrole, des bon citoyens corporatifs qui contribuent à l'épanouissement de notre société en prenant soin de son environnement «économique».

    Oui, vous le confirmez avec une autre chronique qui rejoint celles de tous les autres qui ne sont pas dans le giron des planificateurs financiers au pouvoir. Et vous savez quoi madame Pérodeau, tant qu'il n'y aura pas de soulèvement sociale mener par le peuple et des acteurs comme vous qui êtes témoins de l'arnaque financière auquel nous faisons tous face, rien absolument rien n'y changera quoi que ce soit d'autres qu'une lettre qui tombera sur une étagère remplie de tablettes contenant des tonnes des lettres mortes au feuilleton de complainte du fuck en amérique.

  • Claude Bernard - Abonné 20 avril 2020 17 h 30

    Troublant paradoxe

    Si c'est une question d'argent et d'inégalités (financières), quand je vois combien ça coute dans un CHSLD privé je m'explique mal pourquoi les riches sont aussi frappés que les pauvres et même plus dans certains cas.

  • Daniel Gagnon - Abonné 21 avril 2020 15 h 08

    De grands pans de la mémoire de l’humanité

    La redoutable valse de la mort covidienne change le monde. De grands compositeurs meurent, des penseurs s’en vont, d’humbles vieux et d’attachantes vieilles emportent avec eux de grands pans de la mémoire de l’humanité.
    Jamais, comme aujourd’hui, la mort nous a été annoncée d'une façon aussi programmée, nous la suivons du regard comme un cauchemar, comme une torture mentale, on nous offre cette mort à la clé, rapide et brutale, sans funérailles, avec un corps infecté, enveloppé dans un grand sac de plastique!
    Je voudrais dire ceci : ne tuez pas les vieuxt, gardez-les encore un peu, toussez dans votre coude, s’il vous plaît, lavez vos mains, pratiquez la distanciation sociale et succombez plutôt à l’envoûtement de la solitude et de ses suites intimes.