Une destinée planétaire commune

«Il sera sage d’assurer une plus grande autonomie du Québec en ce qui concerne certains biens essentiels, en particulier dans les domaines de la santé, de l’alimentation et de l’énergie», estime l'auteur.
Photo: Nathan Denette La Presse canadienne «Il sera sage d’assurer une plus grande autonomie du Québec en ce qui concerne certains biens essentiels, en particulier dans les domaines de la santé, de l’alimentation et de l’énergie», estime l'auteur.

Quelle que soit notre situation dans la lutte contre le virus, le contexte actuel nous donne de la matière à penser. Devant une menace partagée par la population mondiale, nous prenons conscience concrètement de notre appartenance à une communauté planétaire.

Au Québec, notre confinement collectif survient au moment de la halte printanière des oies blanches dans la vallée du Saint-Laurent. Dans un livre à paraître (et dont la parution est retardée en raison de la pandémie), j’ai voulu suggérer entre autres que l’idéalisation du comportement des oies sauvages constitue, en réalité, un message que nous nous adressons à nous-mêmes.

« Les oies vivent en groupe, elles sont dépendantes les unes des autres, vouées à la solidarité. Leur vie est une route seméed’embûches, au sens littéral du terme. Et lorsque les humains établis sur leur passage se prennent à célébrer la vaillance de ces grandes migratrices, ils alimentent à la source un bassin d’imaginaire dans lequel ils puisent volonté et ferveur. »

Si, en d’autres temps, l’observation de la multitude des oies en migration pouvait nous inciter à réfléchir à la notion de communauté, les rappels de notre appartenance à une même collectivité humaine sont maintenant omniprésents dans l’actualité et dans nos vies au quotidien.

Ce que nous vivons en ce moment nous démontre la possibilité d’un virage de l’entière communauté planétaire dans une direction commune. En même temps, l’efficacité globale des mesures prises repose sur des décisions et des réseaux organisationnels à l’échelle de communautés intermédiaires : nationales, régionales et municipales, entre autres. Il n’y a là aucune contradiction. Tout comme les forts caractères individuels n’empêchent pas le travail d’équipe, l’autonomie des États-nations n’est pas un obstacle à l’action concertée pour sauvegarder notre avenir sur cette terre.

Tout en mettant en relief une destinée planétaire commune, la crise actuelle exacerbe les effets pervers de la mondialisation économique sous l’empire du capitalisme avancé. Soudainement, certains qui avaient chanté hier les vertus de la mondialisation se mettent à parler de « démondialisation ». Cela me semble tenir d’un confinement de la pensée. Dès lors que l’on se heurte à un mur, il ne sert à rien de se précipiter dans la direction opposée, vers l’autre paroi de la même logique fermée.

Bien sûr, à court terme, il sera bien avisé de réduire notre dépendance aux moyens de production délocalisés. Il sera sage d’assurer une plus grande autonomie du Québec en ce qui concerne certains biens essentiels, en particulier dans les domaines de la santé, de l’alimentation et de l’énergie. Même dans le cadre économique actuel, on pourrait établir un revenu minimum garanti pour tous, de façon à amoindrir les effets des prochaines crises chez les personnes au statut économique précaire, ou précarisé par les événements. Mais il serait gravement inconséquent de s’arrêter là.

Si nous savions qu’un autre monde est possible, que nous pouvons habiter la Terre autrement, nous en avons maintenant une conscience nouvelle. En temps de crise, il est bon de pouvoir compter sur un gouvernement compétent pour organiser l’état de siège, pour gérer judicieusement les ressources et faire preuve de créativité à l’intérieur du cadre des possibles à court terme. Mais, une fois cette crise passée, il faudra dire non à ceux qui appelleront au repli sur soi. Au contraire, nous devrions, collectivement, nous permettre de voir plus loin et oser renforcer nos solidarités, y compris sur le plan international.

Il est possible d’envisager, au-delà de la crise, des décisions et des gestes à faire dès maintenant, des investissements conséquents pour inventer et planifier une sortie du système socioéconomique mondialisé fondé sur les inégalités et la surconsommation. Mondialité plutôt que mondialisation. Chaque communauté politique a un rôle à jouer, des gestes à faire pour que, étape par étape, le monde se refonde sur des bases plus équitables et plus viables.

13 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 14 avril 2020 03 h 01

    Remplacer le virus de l'idéologie néolibérale par la solidarité et la fraternité internationale.

    Nous devrions sortir du capitalisme débridé qui enrichit quelques oligarques au détriment de la majorité. Le capitalisme est, par nature, incompatible avec l’épanouissement humain et un monde socialement et écologiquement durable. La croissance infinie est impossible dans un monde fini. Le capitalisme est foncièrement inapte à confronter les enjeux climatiques et environnementaux de notre époque.
    Aujourd'hui, avec la crise sanitaire causée par le virus Corona, le système économique néolibéral n'est plus viable. Il présentent un grand risque de déstabilisation de notre société. Il est impératif de changer ce système et de placer l'être humain au centre des sociétés, au lieu des actionnaires . Tant pour des raisons éthiques que pour des raisons de durabilité, les pouvoirs politiques doivent agir pour l'intérêt public.
    Il est temps de financer adéquatement les services publics. L'État doit se renforcer pour répondre aux défis de la crise structurelle laissée par l'idéologie néolibérale. Cette pandémie révèle la nécessité de restaurer l'État providence face à la crise humanitaire que nous traversons aujourd'hui.

    • Serge Turmel - Abonné 14 avril 2020 11 h 43

      Tout à fait d'accord, Mme Alexan, la poursuite effrénée à la croissance, sans aucun égard aux ressources finies de notre planète, le profit à court terme et à courte vue, ce modèle du néolibéralisme qui repose sur le capitalisme sauvage n'ont plus lieu d'être. Les chantres du développement économique à tout prix, peu importe le prix ont tort. Il faudrait davantage oeuvrer à des activités économiques fondées sur l'humain, le respect du monde dans lequel on vit, une économie citoyenne où toutes et tous peuvent avoir accès au logement, à l'éducation et à la santé qui ne doivent jamais être des privilèges. Le bien commun est bien plus souhaitable que le bien pour quelques-uns.

    • Serge Turmel - Abonné 14 avril 2020 11 h 55

      Une autre petite réflexion soulevée par l'article de M. Baril,

      Sans verser dans l'antiaméricanisme primaire, nous avons sous les yeux, aux États-Unis un exemple de ce qu''il ne faut pas faire. Les États-Unis sont l'une des sociétés occidentales parm les plus inégalitaires qui soient, où l'individualisme forcéné qui confine littéralement au fanatisme produit les pires injustices sociales. Des gens tombent littéralement comme des mouches dans l'État de New-York, les États ruraux républicains émules de Trump refusent obstinément de prendre des mesures de confinement. Ils préfèrent s'en remettre à Dieu, peu importe ce que recouvre ce concept, et dans ces États le droit du libre choix enregistre un recul. Ce modèle de société est manifestement un cul-de-sac. Aux États-Unis, l'interventionisme de l'État a très mauvaise presse et est encore largement perçu comme du communisme, ces gens ont un jugement lapidaire sur la question. Aux États-Unis, les mécènes du néolibéralisme dévoyé ne jurent que par l'éducation et la santé privées... C'est d'une tristesse....

  • Yvon Montoya - Inscrit 14 avril 2020 06 h 17

    On le voit avec les considérables aides du Federal pour les Provinces. Oui le destin planétaire nécessite une réponse planétaire puisque c’est le sort de l'humanité d'être solidaire. C’est une belle lecon que beaucoup devront apprendre. Merci pour cette excellente, vous n'êtes pas le seul, réflexion.

    • Bernard Plante - Abonné 15 avril 2020 10 h 02

      Les aides fédérales ne sont que notre propre argent qui avait été placé dans des fonds d'urgence et qui maintenant nous est retourné. Pas très glorieux.

  • André Leclerc - Abonné 14 avril 2020 08 h 52

    Vers une mondialisation équitable?

    Tout à fait d’accord avec votre vision qui ne s’arrête pas au sentiment immédiat d’inquiétude et de repli. La COVID-19 aura certainement été l’occasion de réfléchir aux effets de la mondialisation. En examinant les données du PIB per capita et des échanges commerciaux, on s’aperçoit assez vite que la mondialisation a eu, depuis 30 ans, des effets positifs pour les pays en développement mais aussi qu’une certaine forme de capitalisme égoïste a amplifié les inégalités entre les plus riches et les plus pauvres de ces sociétés. La Chine dont le PIB per capita vaut environ le tiers de celui du Canada ou des États-Unis, a certes profité de la mondialisation mais ses inégalités sont accablantes avec la richesse concentrée dans le décile supérieur et un ratio de 106 par rapport au décile inférieur (chiffres de 2016 rapportés par le Panorama de la Société, OCDE, 2019). La mondialisation a un besoin urgent de modernisation afin de revenir aux buts de redistribution équitable de la richesse. On doit sûrement revoir la sécurité qui ne s’arrête pas uniquement à l’aspect militaire. Elle doit inclure l’alimentation, l’éducation et la santé.
    On s’interroge depuis déjà un certain temps sur l’étique de l’industrie touristique. Bien plus que les échanges commerciaux, celle-ci semble avoir joué un rôle prépondérant dans le développement de la pandémie. Depuis septembre 2001, dans les pays occidentaux la sécurité aérienne s’est surtout concentrée sur le combat au terrorisme. Peu a été fait sur l’aspect prévention sanitaire quand on compare les moyens mis en place par les pays asiatiques en particulier. Mais au bout du compte, quand les voyageurs ne paient pas la valeur entière de la pollution générée, l’équilibre n’est pas respecté. L’industrie du voyage doit revenir à une échelle soutenable. Le commerce entre les nations qui a toujours existé, doit pour sa part permettre le partage équitable de la richesse.

  • Yves Corbeil - Inscrit 14 avril 2020 09 h 09

    La sous-traitance en temps de prospérités

    Quand le malheur frappe, c'est à ce moment-là que tu réalise que tu aurais due le lire au complet le maudit contrat avant de la signé de plein gré. Tu ne peux certainement pas dire que tu n'étais pas au courant des conditions auquel tu t'exposais car les termes sont écrit noir sur blanc. Le prix a payé pour se défaire des choses qui nous pèse dans notre quotidien viennent avec des conséquences qui sont indéfendable devant la justice. Le contrat était bien clair au sujet des risques dans les couvertures choisis. Tu peux chialer bien fort mais ça ne changera pas ta responsabilité face à la justice quand on t'exposera chacune des clauses de l'engagement que tu as signé.

    Mon grand-père n'aurait jamais laissé le fruit de toute une vie de travail dans les mains d'un conseiller en placement au lieu de sa banque même si le taux est bas, ma grand-mère n'aurait jamais laissé la responsabilité d'élever ses enfants à qui que ce soit d'autres pour un petit salaire. Un moment donné dans l'évolution de notre société, on a commencé à copier les riches qui eux ont les moyens de sous-traités leurs responsabilités à des serviteurs mais aussi les moyens de supervisés et corrigés au besoin. Nous en s'en remet au gouvernement en place car en tant que payeurs de taxes, on est en droit d'exiger des comptes. Bien, c'est bien mince comme garantie de résultat et trop facile de blâmer les autres quand les dégats nous éclatent en pleine face.

    Y changera-t-on quelque chose dans nos façons de faire, j'en doute, le prix à payer au niveau des «libertés individuelles» sera trop élever mais dans quelques générations, sûrement, car le gros bon sens les protègera de l'aveuglement de nos sirènes à nous.

    La répartition de la richesse qui éléminerait les inégalités je n'y crois plus car le soulèvement que ça prendrait est impossible avec 190 quelques nations. Alors ce qu'il nous reste ce sont les mesures sociales qui garantissent une certaine sécurité à chacun par l'impôt juste.

  • Jean-François Trottier - Abonné 14 avril 2020 09 h 12

    Entraide plutôt que compétition...

    Difficile de trouver des avenues qui permettront de vraies alternatives.

    Tant que le loi sur les corporations publique forcera icelles aux plus hauts profits possibles pour retourner des dividendes, il y aura un os, et tout un.
    Tant que la loi sur les brevets et droits de copie sera la même pour tous les cas, il y aura sclérose dans nos sociétés.
    La responsabilité sociale plutôt que quelques interdits, comme celui de polluer ou de réduire des employés en esclavage, devrait être la norme dans tout pays le moindrement organisés. Mais... qui la définira?
    Créer des emplois et ne pas les fermer à la moindre baisse d'activité? Voire! Et le travail saisonnier lui?
    Faire des profits "raisonnables seulement"? Qui fixe le maximum, et comment?
    Je serais ravi que Bill Gates cesse d'amasser des milliards pour un travail (mal) fait dans les années '80. Mais il reste à la rédiger, cette loi! Ouch!
    Payer de vrais impôts, bien sûr. Enfin une facile!
    Publier toute déclaration de revenus et de contribution à l'État sera bienvenue, certainement! Une autre facile!
    Ne pas retirer de profits directs de succursales à l'étranger, mais les laisser sur place pour permettre au pays de se développer? Ça oui!

    C'est le principe de compétition, presque aussi malsain que celui du monopole, qui crée problème.
    Deux compagnies rivales dont l'une se fournit à prix réduit là où des enfants travaillent... l'autre est condamnée à agir de même.
    Tout ceci avec la bénédiction de politiciens convaincus que le commerce avec lesdits pays doit continuer pour "les aider à avoir une meilleure justice sociale", comme on a dit au sujet de la Chine il y a 30 ans.
    Ou "le marché se régule lui-même"...

    Pour cette boulechite, ce ne sont pas des "méchants riches" qui nous leurrent, c'est chacun d'entre nous. À nous de combattre ces idées ridicules et assassines d'abord, en nous et surtout pas en assemblées-ecclesias.