Les maisons de nos aînés sont-elles notre angle mort?

«Il est plus difficile d’augmenter la capacité de soins en CHSLD, là où les besoins sont désormais les plus criants», croit l'auteur.
Photo: iStock «Il est plus difficile d’augmenter la capacité de soins en CHSLD, là où les besoins sont désormais les plus criants», croit l'auteur.

Dans ce combat contre la COVID-19, les personnes âgées ont été notre angle mort. Littéralement.

Comment expliquer sinon que nous n’avons appris que récemment que plus de 500 établissements où vivent nos aînés sont aux prises avec des cas de COVID-19 ?

Au CHUM, mes collègues et moi sommes prêts à faire face à l’afflux important de patients à venir pour le pic prévu dans les prochaines semaines. Protocoles, ventilateurs, formations, rien n’a été laissé au hasard. Les autorités publiques, et nous avec elles, n’ont pas lésiné. Nous faisons face à la musique et sommes bien préparés pour la suite.

Mais à la lumière (que plusieurs s’affairent à chercher au bout du tunnel) des décès, qui touchent disproportionnellement les 70 ans et plus, avons-nous vraiment tout prévu à l’échelle québécoise ? À part une consigne, justifiée oui, de protéger les plus âgés et vulnérables, quelle énergie et quelles ressources avons-nous collectivement consacrées, jusqu’à tout récemment, à cette tranche de la population plus affectée que toute autre ?

Alors qu’on prévoit cette semaine de redéployer du personnel auprès des CHSLD, comment intégrer efficacement et sans risque de propagation le personnel supplémentaire que nous consacrerons à nos aînés captifs ? Quel pourcentage de l’équipement de protection prévoyons-nous pour les résidences privées pour aînés en plus des CHSLD ? Quelle priorisation pour les tests de dépistage, important pour le triage des patients ? Et quel nombre de lits avons-nous prévu pour les résidents de CHSLD qui désirent des soins aigus, et pour qui cela serait concordant avec leur pronostic ?

Il a été possible de délester et de vider les hôpitaux de soins aigus. Mais il est plus difficile d’augmenter la capacité de soins en CHSLD, là où les besoins sont désormais les plus criants. Plus que toute autre société, le Québec a une grande proportion de personnes âgées en résidence. Or, les maisons actuelles de nos aînés sont les (grands)-parents pauvres de notre action. S’il est malheureusement déjà tard pour certains de nos aînés, il n’est pas trop tard pour tous. Si nous n’agissons pas dans l’urgence, ce virus continuera à faire des siennes.

Qu’aurait-on dit s’il y avait eu 500 garderies affectées ? Ou 500 écoles primaires ? Le taux de mortalité des enfants est 100 fois inférieur à celui de nos plus âgés. Malgré la prise de conscience ces derniers jours de la situation dans les milieux de vie pour aînés, il y a loin de la coupe aux lèvres. Avoir plus de personnel est essentiel. Mais il faut aussi plus d’équipement de protection et surtout une immense flexibilité et de l’inventivité pour réorganiser les soins pour minimiser les contacts, mais garder la qualité des soins. Alors que les choses se corsent pour nos plus vulnérables, on verra de quel bois notre société québécoise se chauffe réellement. C’est le temps de répondre présent et oui.

Les personnes âgées ont pavé la voie et été aux premières lignes pour nous. Il semblerait qu’elles y seront aussi pour le coronavirus. Leurs milieux de vie, résidences et CHSLD, ne devraient pas être vus uniquement comme des milieux qui doivent libérer ou éviter d’engorger les hôpitaux aigus. Ils sont le deuxième front, complexe, ardu, mais obligatoire pour vaincre la pandémie. Il faut déployer plus de ressources et de soins sur le terrain de nos aînés. Dans la bataille québécoise contre la COVID, c’est auprès de nos aînés qu’il faudra aplatir la courbe. Plus tôt nous nous en rendrons compte, plus vite nous nous en sortirons, et plus vite « ça ira bien ».

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