#musiquebleue

Les radios commerciales devraient augmenter leur quota de musique québécoise durant la crise, selon l'auteur.
Photo: iStock Les radios commerciales devraient augmenter leur quota de musique québécoise durant la crise, selon l'auteur.

Je m’adresse principalement aux artisans de la chanson et de la musique québécoises, mais aussi à tout le monde que ça intéresse. Je vous invite à utiliser le mot-clic #musiquebleue. Ça s’inscrit dans la lignée de l’initiative du gouvernement québécois d’encourager le commerce local, #lepanierbleu.

Le but, c’est que les radios commerciales augmentent leur quota de contenu québécois pour la durée de la crise. Juste la durée de la crise, ce serait une sorte de laboratoire. Si toutes les radios commerciales le font en même temps, aucune ne pourrait se considérer comme désavantagée, on sortirait de l’idée de la compétition pour entrer dans celle de la solidarité.

Ça serait même un bon coup de marketing pour les radios commerciales, elles auraient l’air d’être des héroïnes de la crise, ce qu’elles seraient, et ce serait pour elles une belle façon de participer à l’effort collectif, d’une manière qui leur est accessible. Après la crise, elles pourraient retourner à leur quota habituel. Mais qui sait si ça ne créerait pas un précédent positif. Qui sait si, à force d’entendre des artistes qu’ils n’entendaient jamais avant, les gens ne se mettraient pas à s’intéresser à ces artistes, de la même façon qu’on s’intéresse à peu près à n’importe quoi si quelqu’un nous casse les oreilles avec ça.

Mais justement, je ne pense pas qu’en ces temps de crise la musique québécoise casserait les oreilles tant que ça, au contraire. Y’a quelque chose de très réconfortant dans la proximité qu’offre la musique québécoise, et je ne sais pas pour vous, mais moi, j’ai l’impression qu’en ce moment un peu de réconfort ne ferait de mal à personne. Même que je dirais que ça f’rait du bien.

Bien sûr, je préférerais que cette musique québécoise soit aussi principalement francophone, mais pas exclusivement, parce qu’y a pas juste des francophones au Québec, y’a même plusieurs bons artistes pas francophones pantoute, et je crois qu’ils ont leur place sur les radios commerciales. Ils sont même très importants.

Je rêve en tabarnouche (s’cusez, je me suis gardé une p’tite gêne) d’entendre des artistes innus, pis des Mohawks (Kanien’kehá:ka), des Cris (Eeyous), des Inuits, etc., à la radio commerciale. En ce qui me concerne, Kashtin était un de mes groupes préférés quand j’étais petit. La visite de Claude McKenzie à mon école secondaire a été un événement marquant dans ma vie. Pis, y’a évidemment plein de bons groupes anglophones, pis créolophones, etc., je commencerai pas à nommer toutes les langues que je connais. Cela dit, je trouve que ça ferait pas de mal que le pourcentage de musique francophone soit à peu près équivalent au pourcentage francophone de la population. Y’a quand même pas juste une mission économique là-dedans, y’en a aussi une culturelle. Cela dit, on devrait faire une exception pour les artistes des Premières Nations. Là, y’a un rattrapage monstrueux à faire.

La méthode et les conséquences de la colonisation de ce qu’on appelle aujourd’hui l’Amérique est un des plus grands drames de l’humanité, sinon le plus grand. Faut aller revisiter notre histoire, c’est juste une horreur. Les épidémies, les Premières Nations, elles, elles connaissent ça ! Pis, j’vas dire une autre affaire: si, à la place d’essayer d’en faire de bons petits catholiques capitalistes déracinés, on avait simplement essayé d’écouter les Premières Nations et tenté d’apprendre et de découvrir quelque chose d’elles, on n’en serait pas là en ce moment. Pis, les « changements climatiques » aussi iraient pas mal mieux. Mais là, on en est là, on peut pas changer le passé, mais on peut certainement changer le présent. Pis pour ça, connaître son passé, ça nuit pas.

Bon, je parle beaucoup, je pense que ça vaudrait juste la peine de changer nos habitudes radiophoniques. C’est un bon moment pour le faire, je pense que ça peut faire du bien à tout le monde, pis je dis pas ça juste pour moi. En ce moment, je serais pas contre, mais je m’en fous qu’une de mes tounes se fraie un chemin sur les radios commerciales. Ce que je souhaite, c’est que plus de musique québécoise se rende là, c’est tout.

C’est une histoire de collectif, de culture et de solidarité. Comme je l’ai dit, si tout le monde haït ça, on arrêtera après la crise. Fait que, si ça vous intéresse, utilisez le #musiquebleue. Ça peut nous aider à unir nos paroles. (Dernière affaire: les francophones ailleurs au Canada, je pense que ça compte aussi.)