Comment endiguer les infodémies?

«Le gouvernement se doit de rester transparent et d’informer davantage la population afin d’éviter cette fois-ci l’éclosion de rumeurs et de fausses nouvelles dans l’espace public», dit l'auteur.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne «Le gouvernement se doit de rester transparent et d’informer davantage la population afin d’éviter cette fois-ci l’éclosion de rumeurs et de fausses nouvelles dans l’espace public», dit l'auteur.

Depuis le début de la crise sanitaire mondiale, des rumeurs, des théories du complot et des canulars se propagent sur les réseaux sociaux à une vitesse qui défie le virus lui-même. La COVID-19 aurait été créée en laboratoire (en Chine, aux États-Unis ou même au Canada selon les versions) ; les gouvernements procéderaient à des exterminations de masse ; l’armée américaine aurait introduit cette arme biologique à Wuhan, l’épicentre de la pandémie.

Il y a également un déferlement de faux remèdes miracles : boire de la tisane, de l’alcool, de l’eau glacée ou salée protégerait contre la contamination, peut-on lire sur le Web. Ces fausses nouvelles sont loin d’être un phénomène marginal. Selon un sondage de l’Institut français d’opinion publique, plus du quart des Français et des Américains croiraient par exemple la thèse de la création du virus en laboratoire. L’Organisation mondiale de la santé parle même d’« infodémie massive » pour évoquer cette vague de désinformation.

Aussi surprenantes que puissent l’être ces rumeurs, le phénomène n’est pas nouveau pour autant. Il est bien documenté par les spécialistes en sciences sociales. En période de grande crise (révolutions, crises économiques, attentats terroristes), génératrice d’angoisse et d’inquiétude, ces informations particulières ont pour fonction de donner un sens à des événements qui tendent à échapper à la compréhension normale par leur aspect spectaculaire et extraordinaire. Elles répondent à un besoin social : expliquer l’inexplicable, rendre intelligible son environnement, puis mobiliser les individus interpellés pour contrer la menace.

Bien qu’elle réponde à des préoccupations populaires légitimes, cette prolifération des rumeurs pose un problème important aux efforts menés par les gouvernements pour endiguer la pandémie. Elle sème la confusion sur les informations transmises par les autorités sanitaires et gouvernementales, alimente l’anxiété dans la société, favorise l’adoption de comportements contre-productifs, voire nocifs pour la santé, et peut même provoquer des paniques et des tensions sociales.

C’est pour cette raison que plusieurs initiatives ont été mises en place pour contrer les effets nuisibles et dangereux de ces fausses informations. Des médias et des sites Internet consacrent leur énergie à vérifier rigoureusement les faits. Au Québec, des journalistes comme Jeff Yates de Radio-Canada ou des sites comme Le détecteur de rumeurs, animé par l’Agence Science-Presse, ont comme mission de déconstruire les fake news.

Tout cet effort journalistique demeure néanmoins insuffisant pour épauler le travail pédagogique des experts de la santé. Les citoyens vont respecter les mesures mises en place s’ils ont confiance en leur gouvernement. C’est la clé de la lutte actuelle. Les gouvernements ont un devoir de vérité. Un citoyen n’est pas seulement un acteur rationnel, capable de réfléchir, de débattre et de décider, il appartient aussi à une communauté politique émotionnelle. Il a besoin de croire en son gouvernement, d’être écouté et rassuré, surtout en temps de crise, marqué par le doute, l’incertitude et la peur. Ce lien affectif, qui nous unit, suppose la confiance, qui passe elle-même par la transparence publique.

Les points de presse quotidiens du premier ministre François Legault, flanqué du directeur national de la santé publique, Horacio Arruda, se veulent justement un espace de vérité sur l’état de la situation. La simplicité du message, le ton direct et vrai, l’attitude empathique ont réussi à convaincre une vaste majorité de Québécois. Or, depuis la semaine dernière, on sent un certain décalage entre les autorités, qui martèlent un discours rassurant d’un côté, puis les journalistes et les gens sur le terrain, de l’autre côté, qui tirent la sonnette d’alarme sur la pénurie du matériel médical, sur la santé des « anges gardiens » et la propagation du virus dans les résidences pour personnes âgées.

Alors que le pic de l’épidémie se profile à l’horizon, le gouvernement se doit de rester transparent et d’informer davantage la population afin d’éviter cette fois-ci l’éclosion de rumeurs et de fausses nouvelles dans l’espace public, éclosion qui viendrait saper tous les efforts collectifs consentis depuis maintenant des semaines.

3 commentaires
  • Jean Duchesneau - Inscrit 7 avril 2020 08 h 22

    L’humain ne peut que rêver l’avenir !

    "Il (le citoyen) a besoin de croire en son gouvernement, d’être écouté et rassuré, surtout en temps de crise, marqué par le doute, l’incertitude et la peur. Ce lien affectif, qui nous unit, suppose la confiance, qui passe elle-même par la transparence publique." Philippe Munch

    L'histoire des civilisations démontre que le lien "confiance-transparence" qu'évoque l'auteur est totalement faux. Les peuples, depuis toujours, se sont plutôt engagés dans des aventures idéologiques et des guerres fondées sur des illusions, voir des rêves. Le nazisme, le stalinisme et actuellement le mondialisme ont entraîné et entraînent toujours des populations sur la base d'énormes mensonges. Jour après jours, le président des États-Unis qui ment comme il respire est encore supporté par une majorité d'Américains qui a une confiance totale en lui. Le culte de sa personne est si fort qu'il pourrait convaincre sa base que le bleu du ciel n'est que "fake news". Malgré La science, une grande partie de la population ne croient pas en la vaccination. Les religions sont d'ailleurs fondées sur un lien de confiance sans transparence. La transparence ne peut s'appuyer que sur la science. Mais, quand en situation de crise, la science s'avouant dépassée, la transparence devient une stratégie elle-même fondée sur l'illusion. Celle que le leader a le pouvoir sur la situation. Si cette illusion tombe au regard d'une majorité de citoyens, un nouveau vendeur de rêve gagnera la faveur du bon peuple.

  • Cyril Dionne - Abonné 7 avril 2020 08 h 50

    Arrêtons de semer la confusion chez les gens

    Alors, pourquoi ne pas mettre tout cet effort journalistique à profit en dénonçant le port du masque maison? C’est une supercherie tout simplement qui placent les gens dans un faux sentiment de sécurité et ils oublient les autres mesures qui sont efficaces, comme se laver les mains souvent ou ne pas toucher son visage pour réajuster son masque. Les masques maisons portés par les gens n’offre pas de protection contre la transmission des virus en aérosol lors d’un éternuement. Aucune. En plus, cela ne fait aucun sens. Si vous êtes contaminés ou bien vous pensez que vous avez les symptômes, vous devez demeurer à la maison en quarantaine. Même pour les gens dit asymptomatiques, ils ressentent les symptômes du coronavirus même s’ils ne sont visibles aux autres. Si le port du masque maison est pour protéger les autres, il n’y a pas de meilleur moyen de le faire que de rester à la maison. Le masque maison fait office d’un placebo psychologique tout comme pour les religions aux amis imaginaires. Priez contre le méchants COVID-19 est aussi efficace qu’un masque maison. Misère. Arrêtons de semer la confusion chez les gens.

  • François Laplante - Abonné 7 avril 2020 12 h 56

    Le contrôle de l'information au centre des fake news

    Merci pour cet article : ça fait du bien de lire des textes bien écrits.

    Si je peux cependant me permettre d'ajouter une point qui est rarement considéré dans tous ces articles sur la gestion de crise au temps de la COVID-19 : on assume toujours que les autorités sont blanches comme neige parce qu'elles agissent - apparemment - de bonne foi dans leur gestion de la crise. Pensons aux liens entre la Direction de l'OMS et la Chine en ce qui a trait au délai d'alerte mondiale. Pensons aux tergiversations quant au port du masque au Québec (pour conserver les ressources au personnel médical, ce qui représente une excellente raison compréhensible, mais pourquoi alors cacher la véritable raison ?). Le phénomène de la désinformation (incluant les fake news) n'est plus nouveau et origine aussi des grandes entreprises et des institutions publiques : qui n'a jamais vécu une situation où de l'information privée est fournie délibérément biaisée au médias, public, car contrôlée par un groupe sélect qui interdit toute fuite interne ? Ce phénomène a lancé l'ère des sonneurs d'alarme...Souvenez-vous aussi de la fin de la Commission Charbonneau et des activités de l'UPAC au temps des Libéraux (désolé, je ne pouvais me permettre de ne pas les mentionner), pensez-vous vraiment que la confiance du public envers les institutions s'est galvanisée ou plutôt déteriorée ?

    Les théories du complot existent parce que ces situations existent aussi : la ligne éthique est mince quand il s'agit de cacher de l'information à la Population et cette ligne a souvent été franchie par la gouvernement dans les dernières années.

    Nous assistons maintenant à la montée de l'État policier : Attention aux conséquences et aux précédents, cette crise n'est pas une justification pour perdre nos acquis démocratiques, d'autant plus que toute critique est muselée ces temps-ci (Parlement ne siège plus).

    Cette situation m'inquiète davantage que la crise elle-même.