Face au virus, l’apport de la philanthropie

«Il importe de reconnaître actuellement le travail acharné des
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Il importe de reconnaître actuellement le travail acharné des "anges gardiens", mais il faudra aussi que cette reconnaissance symbolique se traduise de façon tangible et pragmatique par des améliorations de leurs conditions de travail après la crise», rappellent les auteurs.

Au Québec comme partout ailleurs, la pandémie de COVID-19 provoque un état d’urgence sans précédent. Fait rassurant, nous observons une multiplication des gestes de solidarité, d’entraide ou de générosité représentant une réponse collective à la hauteur des défis posés par l’apparition du coronavirus SRAS-CoV-2.

La solidarité va aller en s’accentuant avec l’annonce du « Plan de réponse humanitaire mondial » de l’ONU assorti d’un appel à des dons à hauteur de 2 milliards de dollars. Le secrétaire général, Antonio Guterres, qui avait déjà évoqué le « million » de morts à défaut de solidarité, a renchéri le 25 mars dernier sur l’incontournable besoin en solidarité à l’échelle mondiale, car « les réponses individuelles des pays ne vont pas être suffisantes ». Dans ce contexte de pandémie mondiale, quel rôle pour la philanthropie ?

Quatre stratégies

Devant l’ampleur des besoins, quatre stratégies s’ouvrent à la philanthropie. D’abord, il lui faut reconsidérer le geste philanthropique :repenser le don et élargir la solidarité. Ensuite, la philanthropie se doit de se joindre aux efforts de sortie de crise. Troisièmement, elle a un rôle à jouer dans l’accompagnement post-crise en matière de justice sociale. Enfin, avec d’autres acteurs sociaux, la philanthropie aura la lourde tâche de tirer les leçons de cette pandémie afin d’être un acteur incontournable de prévention en participant à la transformation de notre modèle civilisationnel.

Le principal effet de la crise du coronavirus est de nous contraindre au confinement. Toutefois, les besoins courants d’aide aux personnes n’ont pas disparu même si d’autres sont apparus. Le maintien des services aux personnes les plus vulnérables repose sur une solidarité de proximité. Les bénévoles et proches aidants composent ce bassin des premiers répondants de la philanthropie et viennent élargir le geste philanthropique.

Les exemples de cette philanthropie élargie sont nombreux et se multiplient au jour le jour : formation de groupes d’entraide à l’échelle des quartiers à l’aide des plateformes virtuelles et mobilisations de dons en argent grâce à la multiplication de sites de sociofinancement ; regroupement de fondations canadiennes pour générer un pool commun de ressources financières afin de venir en aide directe à des organisations debienfaisance ou communautaires ; regroupement de travailleurs sur une base bénévole ou salariés pour offrir des activités, des services ou pour produire des biens essentiels au maintien de services de qualité en milieu hospitalier.

Sur le plan international, des actions d’envergure sont présentement faites. D’abord l’alliance entre la Fondation des Nations unies, la Swiss Philanthropy Foundation et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) afin de mettre sur pied le COVID-19 Solidarity Response Fund le 13 mars dernier. Maintenant le « Plan de réponse humanitaire » de 2 milliards de dollars de l’ONU. Leur objectif est de recueillir les dons d’argent d’une grande diversité de donateurs à l’échelle mondiale afin d’appuyer les actions déployées dans tous les pays pour endiguer la propagation du virus. La philanthropie vit un moment historique en matière de campagne à grande échelle. Elle dispose de capacités financières pour soutenir le travail des organisations localement et à l’international.

Rappelons que la pandémie engendre des effets différents d’un groupe social à l’autre. Pendant que des personnes bénéficient de conditions particulièrement favorables, d’autres, moins privilégiées, sont au front pour défendre le bien public. Il importe de reconnaître actuellement le travail acharné des « anges gardiens », mais il faudra aussi que cette reconnaissance symbolique se traduise de façon tangible et pragmatique par des améliorations de leurs conditions de travail après la crise. Les dynamiques inégalitaires interpellent l’écosystème philanthropique sur les actions à faire pour imaginer des façons novatrices de s’attaquer aux injustices sociales.

Le présent moment d’arrêt, à l’échelle mondiale, représente une occasion pour réfléchir à la grande fragilité d’un modèle économique axé sur le libre marché et l’interdépendance généralisée des économies nationales. Nous en observons aujourd’hui brutalement les failles. Sur ce point, les fondations peuvent mettre leur capital financier à contribution. Par des stratégies d’investissement d’impact et de finance solidaire, elles peuvent opter pour des formes de financement qui, tout en assurant la viabilité financière des entreprises locales, permettront de générer des services essentiels et durables dans les communautés. Elles seront, si elles le souhaitent, des accompagnatrices majeures de transformation.

Agir vite, mais avec vision

Si nous agissons rapidement et avec diligence, nous serons collectivement responsables du succès dans la gestion de cette crise historique. Comme pour les feux australiens, cette situation de pandémie mondiale exige de la philanthropie une capacité d’adaptation aux défis du siècle tout en dépassant les dimensions caritatives et réactives. Nous encourageons une philanthropie plus préventive en appui aux actions à mener par des décideurs politiques visionnaires et engagés dans les transformations requises au modèle civilisationnel.

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