Nous sommes tous des héros

«La mobilisation à laquelle nous assistons présentement dans notre réseau est absolument extraordinaire et sans précédent», estime l'auteur.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «La mobilisation à laquelle nous assistons présentement dans notre réseau est absolument extraordinaire et sans précédent», estime l'auteur.

Je suis gérontopsychiatre à l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal (IUGM) et présidente du Conseil des médecins, dentistes et pharmaciens (CMDP) du CIUSSS-Centre-Sud-de-l’île-de-Montréal. Avec tous les membres du personnel et du CMDP, avec tous les gestionnaires de mon établissement, je suis impliquée dans la réorganisation des services et des soins contre le coronavirus. Je lis, quand je le peux, les nouvelles. Et cela m’amène à partager avec vous ces réflexions.

Depuis quelques semaines, à l’échelle mondiale, nous sommes engagés dans une lutte contre un ennemi puissant, ultrarapide, invisible et sournois. Nous prenons au fur et à mesure conscience de l’ampleur dévastatrice de cette pandémie. Nous devons nous ajuster. Il faut rendre disponibles des lits d’hospitalisation et de soins intensifs (qui étaient déjà débordés avant la pandémie). Il faut réaffecter les médecins, infirmières, professionnels et soignants pour continuer de prendre soin des gens qui ont des maladies chroniques (parce qu’ils ont encore besoin de leur suivi) et pour prendre soin des personnes durement touchées par le virus, cela alors que nous vivions une pénurie de personnel et que nous n’arrivions pas à pourvoir tous les postes, depuis des mois. Nous devons protéger la population et le personnel de la santé alors que l’équipement de protection est obtenu au compte-gouttes et qu’on se demande chaque jour jusqu’à quand nous allons pouvoir tenir. Cela, dans un réseau de la santé qui commençait à peine à se relever d’une énorme transformation commencée en 2015.

La mobilisation à laquelle nous assistons présentement dans notre réseau est absolument extraordinaire et sans précédent. Nous avons, en l’espace de quelques jours, amorcé une réorganisation majeure, à un rythme d’enfer, qui exige des heures de travail que plus personne ne compte. Cela pour nous adapter à une nouvelle réalité dont on ne sait même pas combien de temps elle va durer. Il est clair que nous étions prêts à certains points de vue, mais non à d’autres. Chaque jour, nous apprenons comment nous défendre, quelles mesures de salubrité, d’hygiène, de contrôle des infections nous devons mettre en place, et ces mesures doivent être continuellement adaptées à ce que nous apprenons de ce virus qui comporte encore des mystères.

Je refuse absolument et catégoriquement de blâmer qui que ce soit pour avoir mal prévu, mal compris, mal appliqué, mal préparé quoi que ce soit. Ce que je vois et entends, ce sont des exemples innombrables de courage, d’abnégation, de dévouement, d’altruisme chez tous ceux qui entrent courageusement au travail, chaque jour, la peur au ventre, pour prendre soin de la population.

Mais nous apprenons, à la dure, au fur et à mesure, et nous nous ajustons. Comme soignants, nous faisons tout en notre pouvoir et en nos moyens pour contrer cet ennemi. Il y a eu des erreurs, il y en a, et il y en aura. L’erreur est humaine. Nos patients sont malades et certains meurent. Nos collègues aussi. Nous souffrons, tous. Nous sommes tous humains. Dans cette lutte, nous sommes tous des héros. Point à la ligne.

5 commentaires
  • Danielle Dufresne - Abonnée 3 avril 2020 09 h 26

    Merci!

    Merci Docteure de nous le répéter. Merci d'y être en première ligne pour que cet pandémie sortent de nos vies. Car quand ce sera terminé, rien ne sera fini. Il nous faudra ensuite pleurer nos morts en changer le monde.

  • Gilles Delisle - Abonné 3 avril 2020 13 h 46

    Vous avez entiêrement raison, Madame!

    Tous les décideurs et les travailleurs de nos institutions de santé et centres de personnes agées font un travail extraordinaire, au péril de leur santé. Il faut que tous les Québécois prennent conscience de cet effort collectif de travailleurs et travailleuses de la santé, qui méritent notre admiration. Je vous remercie et je vous dis '' Bravo!''

  • Michel Pasquier - Abonné 3 avril 2020 14 h 05

    Doctoresse,

    Je suis vieux (pas toujours drôle par les temps qui courent), c’est pourquoi je me permet de vous appeler Doctoresse.
    Merci, dans un texte concis, clair, sans fioriture, sans tous ces ``y a qu’à``, sans toutes ces élucubrations rédigées en 200 mots pour tenter d’expliquer ce qui s’écrit en 20 mots vous apportez un vent de fraîcheur.
    Merci Madame la Doctoresse et bonne santé à Vous, à votre famille et à vos collègues.

  • Claude Saint-Jarre - Abonné 3 avril 2020 16 h 48

    Merci

    Merci pour votre belle énergie et intelligence de la compréhension.
    Mais de mon point de vue de citoyen, ça fait depuis Lucien Bouchard avec le virage ambulatoire mal préparé et l'équipe de Monsieur Couillard que le système de santé est magané par de multiples coupures de toutes sortes, au nom de prétendu déficit zéro, aujourd'hui un concept surrrané.

    Il faudrait, post crise, prendre en compte l'épidémie de maladies chroniques, non déclarée, sauf par l'OMS, causée par l'environnement dégradé, nous dit le livre Toxique Planète... et passer une sorte de Loi santé-environnement.

  • Khaouis Jouha - Abonnée 4 avril 2020 10 h 15

    Encore merci

    Merci encore à vous tous.
    Oui, nos anges gardiens!