À l’école du coronavirus

«D’abord, pour apprendre efficacement, les élèves doivent se sentir en sécurité, être détendus et confiants», dit l'autrice.
Photo: Getty Images / iStockphoto «D’abord, pour apprendre efficacement, les élèves doivent se sentir en sécurité, être détendus et confiants», dit l'autrice.

Cela fait une dizaine de jours que le gouvernement m’a sommée de rester à la maison avec mes enfants, loin de mes élèves de 4e et de 5e année du secondaire. Mes beaux jeunes me manquent, surtout parce que je ne sais pas quand je les retrouverai ; lors du point de presse de vendredi dernier, M. Legault a repoussé le retour en classe au début du mois de mai. Il a aussi ajouté qu’il serait difficile de dispenser l’enseignement à distance pour les plus jeunes, notamment les élèves en difficulté.

Depuis le début du confinement, j’ai ouï dire que certains parents déplorent que les écoles, enfin, celles qui respectent les consignes du ministère de l’Éducation, n’aient pas fourni de contenu scolaire aux élèves à la maison depuis la suspension des cours. Et si la crise actuelle prenait le relais des enseignants pour quelques jours ? Comment et quoi apprendre à l’ère du coronavirus ?

D’abord, pour apprendre efficacement, les élèves doivent se sentir en sécurité, être détendus et confiants. Vos enfants le sont-ils à l’heure actuelle ? L’êtes-vous ? Comme adultes, rassurons-les d’abord et montrons-leur que nous avons confiance que les politiciens, les directions, les syndicats et tout le personnel qui œuvre dans les écoles trouveront des solutions pour leur permettre de reprendre le plus tôt possible la route du savoir. Quelques jours de concertation dans cette situation jamais vécue auparavant sont une nécessité. Être patients, compréhensifs et confiants : voilà une première leçon qu’ils pourront en tirer.

La route du savoir que je viens de mentionner n’est pourtant pas interrompue depuis qu’ils sont à la maison, bien au contraire. Maintenant qu’ils ont rattrapé les heures de sommeil qui leur faisaient défaut — un réel fléau chez les jeunes par les temps qui courent — que leur charge mentale s’est inévitablement allégée, que les examens, les projets et les exposés ont été annulés, que les pratiques de soccer, de violon, de théâtre, de danse, de natation, d’athlétisme ne sont plus au programme, les jeunes seront peut-être enfin disposés à apprendre.

Encouragez-les d’abord à lire plusieurs articles provenant de différentes sources ; en travaillant leur compétence à lire des textes courants, ils y trouveront des leçons de sciences, de mathématiques, d’univers social et d’éthique leur permettant de mieux comprendre les différents enjeux de la crise sanitaire et de se sentir un peu moins vulnérables en demeurant informés.

Échangez ensuite avec eux sur ce qu’ils auront lu. Demandez-leur de vous résumer les articles en question, puis de se prononcer sur ce qu’ils viennent d’apprendre. Que pensent-ils des mesures adoptées par le gouvernement, de ce qui se passe outre-mer, de cette nouvelle façon de vivre provoquée par la propagation du virus ? Les occasions de déployer leur jugement critique ne manquent pas ces jours-ci…

Suggérez-leur également de rédiger un journal en y consignant leurs observations, leurs émotions, leurs réflexions sur le virage qu’a pris notre société depuis le début de la pandémie. En plus de s’exercer à élaborer leurs idées par écrit, ils pourront démêler les sentiments qui les habitent durant ces temps difficiles et anxiogènes pour plusieurs.

Pour éviter de nourrir cette anxiété en ne pensant qu’à l’augmentation des cas de COVID-19 recensés, invitez-les à lire des œuvres de fiction aussi, et pas nécessairement La peste de Camus, question de se changer les idées. Les jeunes vous le diront : lire sans avoir de document d’accompagnement à remplir est bien plus motivant. Qu’ils créent aussi ! Écrire, chanter, dessiner, photographier, danser, jouer d’un instrument, apprendre des poèmes, les réciter : la créativité et la beauté sont de parfaits remèdes contre l’anxiété.

J’espère que l’école a su doter vos enfants, au fil de leur parcours, d’outils qui les aideront à traverser cette période difficile et que ceux-ci auront l’occasion de mettre à profit plusieurs enseignements reçus jusqu’à présent. D’un point de vue strictement pédagogique, on pourrait même dire que la propagation du coronavirus constitue une excellente situation d’apprentissage, dont on se serait volontiers passés, j’en conviens.

J’entends mes enfants de cinq et sept ans parler de l’expérience qu’ils s’apprêtent à réaliser dans le salon. À l’aide de pots vides, de fonds de tubes de crème à mains, de pinces à épiler et de beaucoup d’imagination, ils tenteront peut-être de trouver un remède à la pandémie. Alerte aux dégâts !

Enfants comme adultes, nous apprendrons beaucoup au cours des prochaines semaines. Peut-être pas ce qui était au programme, peut-être pas ce qui était prévu, mais nous en connaîtrons certainement plus sur nous-mêmes, sur les gens et sur le monde qui nous entourent, c’est garanti.

2 commentaires
  • Claude Saint-Jarre - Abonné 25 mars 2020 09 h 33

    Bravo

    Bravo pour cet article. L'idée du journal est bonne pour les adultes aussi.

  • Yves Corbeil - Inscrit 25 mars 2020 18 h 58

    Quel belle lettre

    Mais ce n'est pas pour les enfants dont vous parlez mais tout ceux-là pour qui l'école est un refuge, un repas, un ami, des soins et la sécurité, c'est pour ceux-là qu'il faut s'inquiété du prolongement des vacances scolaires forcées par un maudit virus qui ressemble à leur situation familiale ou il y en a qui en meurt..