La COVID-19, un test pour l’avenir

«En Chine, des scientifiques ont observé que les émissions de GES et de polluants ont décru de 25 à 30%, durant l’arrêt temporaire de leurs activités», soulignent les auteurs.
Photo: Peter Parks Agence France-Presse «En Chine, des scientifiques ont observé que les émissions de GES et de polluants ont décru de 25 à 30%, durant l’arrêt temporaire de leurs activités», soulignent les auteurs.

Et si, comme le dit l’adage « À quelque chose malheur est bon », le coronavirus nous donnait l’occasion de réfléchir à notre interdépendance mondiale étroite et à notre grande vulnérabilité, au moment où tous nos systèmes de fonctionnement se trouvent bouleversés. Avec nos modes de vie effrénés, embourbés souvent dans le trafic, poussés à produire et à consommer de façon excessive, nous profitons rarement de moments calmes pour prendre du recul et discerner ce qui importe vraiment. Soulignons heureusement qu’en cette période de crise, de nombreux concitoyens deviennent plus résilients, créatifs, solidaires, portés au partage et à l’entraide, en dépit des consignes de s’isoler chez soi.

En Chine, des scientifiques ont observé que les émissions de GES et de polluants ont décru de 25 à 30 % durant l’arrêt temporaire de leurs activités. L’atmosphère s’est libérée des polluants causés par les combustibles fossiles brûlés pour le chauffage, la climatisation, les transports et la production industrielle. Cette nouvelle positive risque toutefois d’être atténuée par les dépenses énormes qui sont faites pour contrer la pandémie et atténuer ses impacts. Dans ce contexte, restera-t-il des fonds pour l’environnement ?

Loin de nous la pensée que la pandémie est bénéfique ou anodine et qu’elle se réglera aisément en quelques semaines. Au contraire, le problème est sans précédent sur les plans sociosanitaire et économique et nous saluons nos gouvernements qui imposent des mesures draconiennes de prévention pour éviter le pire. Il est tragique de constater que des milliers de personnes contaminées périssent et qu’aucun vaccin n’est encore disponible. En outre, il est affligeant de voir que les populations mondiales les plus affectées sont encore une fois les plus démunies et les plus âgées, avec un nombre croissant de travailleurs qui sont déjà privés de revenus et de moyens de subsistance.

Agir pour le bien commun

Malgré toutes ces appréhensions d’impacts négatifs sur nos collectivités et nos entreprises, voici peut-être l’occasion — vu les strictes consignes et les précautions à prendre — de mettre « sur pause » nos vies trépidantes et de réfléchir à notre condition d’humains partageant les ressources limitées et vulnérables d’une si précieuse planète.

N’est-ce pas le temps de dresser un constat lucide de la manière dont nous maltraitons cette planète nourricière ? Peut-on affliger à ce point la viabilité des écosystèmes et fermer les yeux sur le futur comme il est envisagé par nos mégaentreprises et nos dirigeants politiques obnubilés par une croissance économique illimitée ? Persister à maintenir un tel cap serait une démonstration d’incohérence et d’irresponsabilité.

Pourquoi tant insister ici sur la question écologique à l’heure même où l’humanité vit une angoisse collective très déroutante ? Parce que cette épreuve peut être vue comme un exercice réel apte à mesurer notre capacité collective à affronter des défis encore bien plus graves à l’échelle mondiale. Il faut dire que bien d’autres crises affectant diverses formes de vie, dont la vie humaine, sont sur le point d’éclater.

En ce sens, il faut constater la perte énorme de la biodiversité, tant dans les milieux terrestres que dans les milieux marins, les sécheresses majeures forçant des millions d’occupants à émigrer ainsi que les interminables feux de forêt dévastateurs, qui polluent et détruisent diverses régions du globe. En émergent continuellement des crises économiques, des récessions, des conflits armés et des famines, provoquant autant de migrations de masse. Exacerbée par ces dérèglements, tout en les amplifiant, la problématique gravissime et reconnue scientifiquement du réchauffement climatique menace maintenant et réellement la vie sur terre.

Si l’humanité est capable de se rallier pour combattre cette pandémie, cela ne montre-t-il pas qu’avec une vaste prise de conscience, doublée d’une impérieuse volonté politique, elle peut s’attaquer à des problèmes mondiaux encore plus cruciaux, comme celui des changements climatiques qui menacent la vie sur terre.

Dans la foulée de l’actuelle pandémie, souhaitons que de profondes prises de conscience individuelles, collectives et politiques voient le jour. Chacun de nous ainsi que nos dirigeants d’entreprise et nos édiles politiques doivent réfléchir et s’engager dans une décroissance planifiée pour préserver avec équité la vie de tous. Même si cela implique de modifier des modes de vie privilégiés, de vivre davantage en autarcie et de sacrifier quelque peu notre bien-être.

Ce que nous vivons présentement pourrait être juste un bref aperçu de ce que l’avenir nous réserve. Agissons sans tarder avant que le point de bascule du climat ne soit dépassé.

7 commentaires
  • Yvon Montoya - Inscrit 20 mars 2020 06 h 44

    Excellent texte. Merci.

  • Cyril Dionne - Abonné 20 mars 2020 09 h 07

    Réponses aux questions

    « Dans ce contexte, restera-t-il des fonds pour l’environnement ? »

    Non. Oubliez cela les écoanxieux. En passant, est-ce que vous pratiquez la simplicité volontaire où c’est seulement bon pour les pauvres qui la pratiquent de façon involontaire?

    « N’est-ce pas le temps de dresser un constat lucide de la manière dont nous maltraitons cette planète nourricière ? »

    Oui, il faut répondre aujourd’hui du grave problème de la surpopulation qui est une cause directe de l’épidémie en cours et des changements climatiques.

    « Peut-on affliger à ce point la viabilité des écosystèmes et fermer les yeux sur le futur comme il est envisagé par nos mégaentreprises et nos dirigeants politiques obnubilés par une croissance économique illimitée ? »

    Sans la croissance économique, les sociétés civiles et démocratiques vont tomber en panne et bonjour la dissension sociale. C’est bien beau tous les organismes gouvernementaux, mais ils puisent tous leurs fonds de la croissance économique. Ce sont les produits fossiles qui subventionnent les énergies vertes.

    « Pourquoi tant insister ici sur la question écologique à l’heure même où l’humanité vit une angoisse collective très déroutante ? »

    Excellente question. Et oui pourquoi ? Lorsqu’il n’y aura plus de société, plus de gouvernement, plus de démocratie, eh bien, les écoanxieux deviendront encore plus écoanxieux. Le monde a changé radicalement en 2020, et ceci, pour le meilleur ou pour le pire. On n’est même pas capable de traiter nos malades atteint de ce virus, les marchés boursiers où tous les avoirs et les fonds de pension des gouvernements et privés sont investis, s’effondrent comme des châteaux de carte, bientôt le chômage atteindra des taux inégalités pire que le Krach de 1929, les écoles sont fermées et tout le monde doit rester chez eux. Mais tout va bien madame la marquise puisqu’on devrait être tellement préoccupés par les GES présentement.

  • Claude Bariteau - Abonné 20 mars 2020 09 h 18

    Nous avions planétairement dix ans (2030) pour changer l'état de l'environnement. Avec le COVID-19 et la débandade boursière, nous avons dix mois pour réaligner l'état du monde, changer l'ordre du système-monde qui est entrée en 1990 dans une phase finale et, par tâtonnements, jeter les bases d'un système autre que celui actuel qui percole aux guerres, aux migrations des personnes et à des économies destructives de la biosphère.

    Le temps d'arrêt actuel nourrit une conscience mondiale nouvelle et nourrira des innovations majeures pour définir autrement les liens entre les humains dont les États indépendants, actuels et à venir, car il en naîtra de nouveaux, redeviendront les constructeurs et les opérateurs de ce nouveau système-monde.

    Votre texte va dans cette direction. Merci.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 20 mars 2020 09 h 31

    Une lettre essentielle

    Bravo !

  • Daniel Milot - Abonné 20 mars 2020 09 h 35

    L’insupportable hyperconsommation

    Nous apprenions au baccalauréat en histoire que les grandes épidémies de tous les temps avaient pour fin de réguler la population que la terre ne pouvait plus supporter à un certain stade de développement de l'humanité. Aujourd'hui, quand j'entends monsieur Legault dire qu'on ne pourra pas sauver toutes les entreprises, je me dis que la population n'est pas la seule en cause, mais que les entreprises sont aussi dans le collimateur. Cette course à l'hyperproduction et son corolaire, l'hyperconsommation a peut-être atteint sa limite.