Tirons-en les bonnes leçons

«Si l’OMS qualifie la pandémie actuelle de crise, elle tire aussi l’alarme, depuis de longues années, en raison de la menace que constituent les changements climatiques pour la santé», écrit l'auteure.
Photo: Alice Chiche Le Devoir «Si l’OMS qualifie la pandémie actuelle de crise, elle tire aussi l’alarme, depuis de longues années, en raison de la menace que constituent les changements climatiques pour la santé», écrit l'auteure.

C’est ça que ça fait, une planète à l’arrêt à cause d’un virus. Un mélange de fantasme apocalyptique pour certains, d’excitation confuse pour d’autres. Dans tous les cas, quelque chose se passe. Un freinage forcé, dans un monde qui va à toute allure jusqu’à nous faire croire que c’en est normal, c’est l’occasion rêvée de se remettre en question. Ces périodes de confinement auxquelles nous sommes tous tenus à travers la planète témoignent de notre capacité à inventer des tas d’activités pour faire passer le temps. Ou bien nous invitent à l’utiliser, ce temps interminable, pour réaliser des choses aussi simples que lire ce bouquin qui traîne sur la table de chevet depuis des semaines, jouer avec ses enfants, ses colocs, peindre, cuisiner sans faire autre chose en même temps pour aller plus vite, se reposer. Et moi, dans tout ça, c’est cette question qui m’habite : est-ce normal que notre société ne nous offre pas le temps de réaliser toutes ces activités, pourtant essentielles au bien-être individuel, et ultimement, collectif ?

On l’a constaté : la propagation à l’échelle planétaire du coronavirus nous prouve à quel point notre système basé sur une économie mondialisée n’est pas viable. En ce moment, ce qu’on apprend, c’est à vivre autrement. Enfin !

Une responsabilité collective

À force de devoir aller tout seul, toujours plus vite, la première chose qu’on oublie, c’est soi-même, et ensuite celles et ceux qui nous entourent (les autres). Aujourd’hui se présente à nous l’occasion d’aller fouiller plus loin les racines des problèmes d’envergure que nous devons affronter collectivement. Ici, c’est le mot « collectivement » qui importe : que l’on parle de crise climatique ou de pandémie, la réponse ne peut être que collective. Et les défis inhérents à l’action collective sont nombreux.

Si je suis seule à me confiner, non seulement la diffusion du virus ne se calmera pas, mais je me sentirai perdante pendant que mon entourage continue de socialiser. Sans responsabilisation immédiate à rester chez soi afin d’éviter de participer à la chaîne de transmission du virus, on se prive d’une liberté collective à se mouvoir — quels que soient notre âge et notre état de santé — et ce, pour plusieurs semaines. Car venons-en à l’évidence : si la situation s’aggrave, les mesures de santé publique iront dans le même sens. Ainsi, à la racine de la crise climatique et de la diffusion du coronavirus, le même problème : notre incapacité à penser collectivement, due à une absence de tissu social que nos institutions, et notamment le système de maximisation des capitaux, nous empêchent de nourrir en tant que société. Que cette période de confinement nous aide à répondre à cette question : le profit personnel ou la vie, c’est-à-dire le sourire des enfants, les rencontres et coups de coeur ?

Montrez-nous du doigt

Ces derniers jours, les appels adressés à la jeunesse, plus apte à contrer le virus, ne cessent de se multiplier afin de protéger les personnes les plus vulnérables, qui sont aussi les plus âgées. L’invocation à la responsabilisation est plus que nécessaire, elle est indispensable. Cependant, il est intéressant de constater que, depuis plusieurs mois, ma génération, moi la première, tient ce même discours à l’endroit des décideurs politiques (naturellement plus âgés) quant aux risques que nous entrevoyons vis-à-vis des bouleversements climatiques.

Si l’Organisation mondiale de la santé qualifie la pandémie actuelle de crise, elle tire aussi l’alarme, depuis de longues années, en raison de la menace que constituent les changements climatiques pour la santé. Maintenant que vous comprenez ce que ça fait, de se sentir menacé par quelque chose d’intangible, nous comprendrez-vous ? Comprenez-vous ce que l’on a ressenti en novembre dernier lorsque le journal médical The Lancet nous a annoncé, dans un nouveau rapport, qu’un enfant né aujourd’hui connaîtra un monde plus chaud d’environ 4 °C par rapport à la moyenne préindustrielle, ce qui veut dire des bouleversements dans le système climatique et des menaces par conséquent pour la santé et la vie des populations ?

Aux personnes en position de pouvoir qui nous demandent de nous responsabiliser, nous disons : faites de même au regard des actions à mettre en place pour contrer la crise climatique. Le coronavirus nous prouve qu’il est possible d’instaurer des mesures radicales quand c’est nécessaire. Ce sentiment de peur qui m’habite à l’idée de contaminer nos aînés, vous devriez le ressentir en pensant à la vie de vos enfants.

Aux plus jeunes : restons chez nous, pour elles et eux. À nos aînés : aidez-nous à nous battre contre le dérèglement climatique, pour les enfants et les générations futures.

Plus que jamais, l’état du monde nous appelle à une responsabilisation collective. Parce qu’au bout du compte, le but est de protéger la vie de tout le monde.

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