COVID-19: la solution est éducative

«S’il faut éviter les poignées de main et laver fréquemment ces dernières, c’est surtout pour assurer la sécurité d’autrui», affirment les auteurs.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir «S’il faut éviter les poignées de main et laver fréquemment ces dernières, c’est surtout pour assurer la sécurité d’autrui», affirment les auteurs.

Il faut parfois une crise pour apprécier l’importance d’une éducation de qualité. Dans le quotidien, ses effets positifs ne paraissent pas nécessairement beaucoup. C’est probablement parce que nous y sommes, justement, habitués. Mais ils sont bien là, comme nous le démontre l’arrivée du coronavirus, qui bouscule l’ordinaire et révèle ainsi l’importance de comprendre.

Le rôle des actions individuelles

Apparemment, la meilleure solution disponible n’est pas technologique : un vaccin n’est pas pour demain ; le meilleur remède pour la plupart des contaminés est le banal repos, etc. Restent la propagation et sa vitesse. Pour éviter d’engorger les hôpitaux, la cascade de problèmes qui pourrait s’ensuivre et surtout pour réduire le nombre de décès évitables, la meilleure solution est le repli. Mais si les éventuelles conséquences positives d’une stratégie défensive seront sociales, la solution, elle, repose sur les personnes. On en arrive ainsi à l’importance de leurs actions et décisions individuelles. Or, la qualité de ces dernières résultera de l’intensité de leurs réactions émotives (craintes, confiance, etc.) mais surtout, en définitive, de leur bonne ou mauvaise compréhension du phénomène et des événements.

Les enjeux de l’alphabétisation scientifique

Les autorités ont fourni une formidable image de la stratégie à adopter : « aplatir la courbe ». Celle-ci nous est présentée à répétition. Elle est aussi accompagnée d’excellentes explications et de graphiques évocateurs et utiles. Mais de telles images sont malgré tout susceptibles de générer des peurs irrationnelles auprès des personnes qui ne savent pas bien lire les graphiques. Les bosses colorées de rouge et l’identification de seuils critiques peuvent suffire à engendrer des mécompréhensions et des inquiétudes déraisonnables. Le concept de « pandémie » peut lui aussi affoler indûment, surtout lorsqu’il est brandi par les autorités internationales et que ces dernières évoquent l’atteinte d’un seuil de gravité. Et que dire des confusions micro-organisme-virus que les médecins s’évertuent à démystifier auprès des patients qui, ces jours-ci, leur réclament des antibiotiques « préventifs ». On voit qu’en définitive, et malgré la qualité des intentions et des argumentaires déployés, les problèmes comme le coronavirus trouvent leur solution dans l’alphabétisation scientifique de base de la population, assurée principalement par l’école et dans une moindre mesure par les autres moyens non formels : musées, loisirs et littérature scientifiques, etc. Mais la solution se trouve aussi dans la prise en charge par les citoyens de leur propre éducation : s’informer activement auprès de sources crédibles, contre-vérifier les informations sensationnelles, etc.

Lorsqu’on prend le temps de bien faire ces choses-là, on découvre inévitablement que le sentiment de peur décline et se change instantanément en responsabilité. Comprendre les raisons précises pour lesquelles les quarantaines durent quatorze longues journées nous rend plus résilients quand il faut soi-même les vivre ou encourager ses pairs à les mener jusqu’au bout. Une personne qui apprend que, s’il faut éviter les poignées de main et laver fréquemment ces dernières, c’est surtout pour assurer la sécurité d’autrui — des aînés, des personnes immunosupprimées et autres personnes prédisposées —, cette personne est alors susceptible de trouver une motivation nouvelle à réaliser ces actions assidûment. Sur la base de ses connaissances nouvelles, elle saura aussi les réussir plus efficacement. Quand elles apprennent, il vient spontanément aux personnes bien intentionnées de nouvelles envies altruistes et plus profitables à la collectivité, et donc en définitive à chacun.

Un effort éducatif à grande échelle

En tant qu’Équipe de recherche en éducation scientifique et technologique (EREST), et pour une suite heureuse des événements relatifs à l’évolution du virus, il nous apparaît crucial que toutes les personnes impliquées dans les efforts informatifs et éducatifs assument leurs responsabilités et leur autorité, mais aussi qu’elles s’assurent de l’exactitude scientifique, de la qualité didactique et de l’humanité des messages qu’elles adressent. Nous pensons évidemment aux autorités scientifiques ou élues, mais aussi aux éducateurs des écoles qui oeuvrent en éducation scientifique. Eh oui, les enseignants sauvent des vies tous les jours. Mais cette fois, on s’en rend compte.

* Ce texte est signé par Patrice Potvin, Pierre Chastenay, Patrick Charland, Martin Riopel, Steve Masson, Frédéric Fournier, Michel Bélanger, Anastassis Kozanitis et Stéphane Cyr, des professeurs d’université en didactique et des membres de l’Équipe de recherche en éducation scientifique et technologique de l’UQAM.

14 commentaires
  • Hermel Cyr - Abonné 18 mars 2020 07 h 24

    Tuer la rumeur

    Certes, une partie importante de la solution est éducative. Et la formation est la solution sur le long terme. Mais pour le moment, le principal danger à cet égard est l’information. Dans les périodes de crises appréhendées, la guerre est psychologique. Et l’ennemie principale est la rumeur qui se propage en fonction d’un manque d’esprit critique élémentaire. Et l’on sait que plus que jamais, la rumeur se nourrit par ces formidables propagateurs que sont les réseaux sociaux.

    C’est pourquoi il importe que le message des autorités qui s’impose maintenant et s’imposera de plus en plus soit de dire à la population de s’informer aux sources fiables : les scientifiques, les médias ayant des journalistes sérieux qui vérifient leurs informations (les journaux établis, réseaux d’information principaux).

    La rumeur se propage plus rapidement qu’un virus et ses dommages peuvent être néfastes, c’est pourquoi il importe de la tuer d’emblée.

  • Claude Saint-Jarre - Abonné 18 mars 2020 08 h 03

    Merci

    Merci pour le texte,pour la recherche , pour l'enseignement.

    On peut l'appliquer aussi, probablement, pour les crises environnementales, dont la climatique.

    • Claude Saint-Jarre - Abonné 18 mars 2020 08 h 58

      un article d'un magazine Étatsunien souligne un bon point: en ces temps difficiles, nous avons besoin de solidarité, donc pas de distanciation sociale... mais de distanciation physique.

      C'est un bon point. "Over the past two weeks, a new term has erupted in everyday speech. Social Distancing. That’s what we are all supposed to do. But that’s exactly what we should NOT do. What we should do is practice physical distancing. Yes, we should not shake hands, gather in crowds, hug, or go to work when sick. But socially, now is the time to be close. And with our technology, we can do it.

  • Bernard LEIFFET - Abonné 18 mars 2020 08 h 06

    Oui à l'Éducation, non à la médiocrité et l'ignorance!

    L'interprétation des données scientifiques n'est malheureusement pas accessible à toutes les personnes, dont plusieurs sont handicappées et nécessitent une aide particulière en ce moment. Il y a beaucoup à apprendre en mathématique et de là en physique, électronique, mécanique, etc., matières qui rebutent bien des étudiant(e)s! Valoriser la connaissance par l'apprentissage et la lecture n'est pas à la mode, mais il faut reconnaître que la courbe de propagation u virus peut être facilement interprétée grâce à l'information sur Internet. Belle initiative que ce texte collaboratif qui met en relief l'importance de la Didactique si utile pour l'enseignement!

  • Cyril Dionne - Abonné 18 mars 2020 09 h 08

    Enfin, des lumières qui nous éclairent

    Bravo aux auteurs de ce texte collectif. Rien ne remplace la peur comme une culture scientifique. Lorsqu’on comprend les mécanismes, nous pouvons contrôler jusqu’à certain point les effets du virus qui attaque la planète présentement. Au lieu de sombrer dans des superstitions et demander une intervention divine, l’éducation a bien meilleur goût et les gens vont enfin apprendre la différence entre un virus et une bactérie.

    • Christian Montmarquette - Abonné 18 mars 2020 13 h 01

      Il faut dire que certains répendent la peur du coronavirus, comme d'autres répendent la peur des musulmans ou la peur des communistes.

    • Jeannine Laporte - Abonnée 18 mars 2020 16 h 59

      M. Montbourquette,
      Le coronavirus, ce n'est pas une peur, c'est une réalité et, si on est rendus là, c'est que l'information n'a pas fait son travail, la peur non plus.
      Les endroits de culte catholiques sont fermés sur recommandations du Premier Ministre du Québec. Mais qui donc, quelles communautés ne respectent pas ces directives? C'est une question, pas une accusation mais que les personnes, communautés à qui va le chapeau se l'approprient et agissent en conséquence.

      Vous pouvez lire mon commentaire plus bas. Pouvez-vous me donner des réponses?

    • Cyril Dionne - Abonné 18 mars 2020 17 h 24

      Cher M. Montmarquette,

      Il y a un monde de différence entre une épidémie dont seuls les critères scientifiques sont viables pour la solution ou notre survie. On imagine aussi qu’il faut avoir fait des études postsecondaires pour comprendre cette équation. Pour les musulmans, ils croient en des superstitions créationnistes. Pour eux, la Terre ne date de seulement 6 000 ans alors qu’il existe des arbres qui sont plus vieux de 10 000 ans. Et pour tous ceux qui ne croient dans leurs contes pour enfants, ils les considèrent comme des mécréants ou des sous-hommes. Ailleurs dans le monde, la plupart d’entre eux ne croient pas que la femme est l’égale de l’homme, et ceci, à 99% au Pakistan, un pays musulman. Cela fait peur.

      Pour les communistes et leur monde des licornes, cette idéologie a été essayée à maintes reprises partout sur la planète et celle-ci a été un échec complet. Pire encore, avec les Mao, les Staline, les Hitler (le chef du parti national-socialiste des travailleurs allemands - NAZI) et compagnie, ils sont responsables des pires génocides de l’histoire humaine. Seulement pour ces trois illuminés, ils ont assassiné plus de 80 millions de personnes.

      C’est naturel et préférable d’avoir une certaine peur du COVID-19 qui diminue d’intensité lorsqu’on a une culture scientifique. Pour les écoanxieux de ce monde, c’est une peur qui n’est pas crédible puisque que nous savons ce que nous devons faire et nous avons le temps de nous y préparer.

    • Marc Therrien - Abonné 18 mars 2020 18 h 12

      Et je ne sais pas si les gens vont apprendre pour mieux les comprendre le calcul des probabilités et la mathématique des proportions afin de mieux raisonner le risque qui n'est jamais à zéro d'attraper le COVID-19 et d'en mourir. C'était presque touchant d'entendre François Legault aujourd'hui vanter les vertus de l'isolement et de la solitude: « il n'y a aucun risque d'attraper le COVID-19 si vous restez seuls à la maison » afin de rassurer les personnes qui commencent à souffrir d’anxiété et d’une humeur dépressive alors qu’en temps normal on sait que l’isolement social est nuisible à la santé globale des personnes exclues. La crise sociale qui pourrait suivre cette crise sanitaire pourrait avoir des conséquences aussi néfastes que le COVID-19.

      Marc Therrien

    • Christian Montmarquette - Abonné 18 mars 2020 21 h 39

      "Les musulmans, ils croient en des superstitions créationnistes..." - Cyril Dionne

      Et les xénophobes se croient envahis par la musulmanie. lol!

    • Dominique Boucher - Abonné 18 mars 2020 21 h 49

      @ Monsieur Christian Montmarquette

      Le «communisme réel» (Zinoviev) et lʼislamisme radical ont tué et continuent à le faire.

      Jean-Marc Gélineau, Montréal

    • Christian Montmarquette - Abonné 19 mars 2020 07 h 03

      @Jean-Marc Gélineau

      Les capitalistes et les catholiques ont tués et continuent de le faire.

      « Quand on pointe quelqu'un du doigt, il y a trois doigts qui pointent vers soi. » - Proverbe africain

    • Dominique Boucher - Abonné 19 mars 2020 09 h 28

      Monsieur Christian Montmarquette écrit: «Les capitalistes et les catholiques ont tués et continuent de le faire.»

      JMG répond: en effet.

      Jean-Marc Gélineau, Montréal

  • Jeannine Laporte - Abonnée 18 mars 2020 09 h 36

    Texte à publier à grande échelle

    Le gouvernement du Canada ne faisant pas sa «job» à l'aéroport...

    La Ville de Montréal a dépêché des agents d'information avec une documentation très bien faite qu'ils distribuent aux personnes qui arrivent de l'étranger.

    Consignes très claires au niveau de la nécessité de se mettre en isolement pendant au moins 14 jours,
    de garder une distance d'au moins un mètre avec ses voisins...

    Hier matin, j'ai vu à la télé des personnes, pas seulement 1, plusieurs, c'était même la norme, après avoir reçu le dépliant, avoir reçu les consignes desdits agents, sortir et sauter dans les bras des personnes venues les accueillir. De toute évidence, des directives, ça ne suffit pas. Qu'est-ce qui n'est pas clair dans: isolement, distance??? Votre texte explique peut-être la source du problème.

    En attendant que votre texte soit compris et assumé, je crois qu'une patrouille, peu importe la catégorie, devrait surveiller ces arrivants et les aviser et pas seulement gentiment, si cela n'est pas suffisant.

    Ça presse!!