À quand une politique nationale d’accueil et d’intégration?

«Les nouveaux arrivants sont des citoyens à part entière qui ont choisi le Québec et qui sont prêts à travailler à son développement sur tous les plans», souligne l'auteur.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Les nouveaux arrivants sont des citoyens à part entière qui ont choisi le Québec et qui sont prêts à travailler à son développement sur tous les plans», souligne l'auteur.

Comme partout en Occident, l’immigration suscite des débats au Québec depuis plusieurs années. Ce débat porte plus souvent sur les seuils d’immigration et parfois sur la francisation, la régionalisation et l’intégration.

Bien que je sois d’accord qu’il faut fixer un nombre d’immigrants à accueillir par année au Québec, en fonction de notre capacité d’accueil, je crois par contre qu’insister sur ce seul point occulte d’autres débats sur l’immigration qui sont à mon sens tout aussi essentiels.

Le premier concerne la qualité des emplois occupés par les immigrants de première et même de deuxième génération. Il est vrai que l’on observe une tendance à la baisse du taux de chômage général des Québécois issus de l’immigration, mais ces chiffres cachent une réalité : beaucoup de nouveaux Québécois occupent encore des emplois pour lesquels ils sont surqualifiés.

Pour s’en rendre compte, il suffit de participer aux nombreux événements de réseautage qui sont organisés à l’intention des communautés immigrantes du Grand Montréal. À long terme, un tel écart entre le potentiel de contribution à la société québécoise de ces citoyens et leur apport réel ne peut être qu’un désavantage pour le Québec. Le débat sur l’immigration doit donc se pencher sur cette question fondamentale qui traduit aussi dans une certaine mesure notre incapacité à mieux sélectionner les immigrants économiques.

Il y a ensuite la fameuse capacité d’accueil qu’on semble avoir du mal à mesurer concrètement. En se basant sur un rapport de la Vérificatrice générale du Québec qui conclut à un échec de la francisation, on peut légitimement conclure que la capacité d’accueil était dépassée. Depuis lors, il y a eu des annonces d’investissement en francisation du gouvernement dont on ne connaît pas encore l’impact.

À mon avis, faire reposer la capacité d’accueil et d’intégration exclusivement sur les actions du gouvernement est une erreur car, malgré les millions de dollars qui peuvent être investis, il demeure que cette capacité est intimement liée aux actions des organismes, des gouvernements de proximité et des citoyens.

Le temps est venu de jeter les bases d’une véritable implication de toutes ces parties prenantes afin de définir ensemble une politique nationale d’accueil et d’intégration des immigrants. Celle-ci doit répondre à plusieurs questions, dont celles-ci :

1. Quelle immigration souhaitons-nous ?

2. Comment accélérer la reconnaissance des diplômes étrangers et des compétences ?

3. Quelles mesures peuvent être mises en place pour intégrer plus rapidement les nouveaux arrivants au marché du travail aussi bien dans le secteur public que dans le secteur privé ?

4. Dans les domaines régis par des ordres professionnels, comment réduire les délais en amont de l’embauche des personnes ayant accumulé de l’expérience hors Québec ?

5. Comment mieux organiser le système de soutien à l’accueil et à l’intégration dans toutes les régions du Québec ?

Finalement, on entend souvent que la régionalisation est un échec. C’est vrai lorsqu’on sait qu’une forte proportion des nouveaux arrivants s’installe à Montréal. Toutefois, je crois que ce constat est dur pour certaines régions du Québec qui se démarquent par des gestes qu’elles posent pour bien accueillir leurs nouveaux citoyens.

Une visite récente dans le Bas-Saint-Laurent m’a permis de constater à quel point les Bas-Laurentiens de toutes origines multiplient les occasions de partage pour mieux se connaître et faire avancer ensemble leur communauté.

On ne le dira jamais assez, les nouveaux arrivants ne sont pas seulement des travailleurs, ce sont des citoyens à part entière qui ont choisi le Québec et qui sont prêts à travailler à son développement sur tous les plans. Ceci étant dit, nous devons outiller convenablement toutes nos régions afin qu’elles jouent un rôle de premier plan dans l’accueil et l’intégration par l’emploi, l’entrepreneuriat et toutes autres mesures permettant la rétention dans nos villes et nos villages des citoyens issus de l’immigration.

C’est en s’attaquant à ces défis que nous réussirons à changer la perception parfois négative vis-à-vis des immigrants.

Des enjeux sur lesquels le Québec a peu ou pas d’influence continueront à forcer les gens à quitter leurs pays et nous pouvons contribuer à en faire des citoyens à part entière par notre générosité, nos efforts collectifs et notre capacité à les traiter avec dignité et considération.

2 commentaires
  • Denis Drapeau - Abonné 6 mars 2020 09 h 21

    Seuil d’immigration et niveau d’intégration souhaité

    En matière d’immigration, un constat planétaire s’impose : moins l’intégration à la société d’accueil est réussi, plus celle-ci est réticente face à l‘immigration. Cela est encore plus vrai si la culture de la société d’accueil est elle-même fragilisée comme au Québec car l’acceptation de l’autre ne saurait se faire au péril de sa culture.

    En sociologie, l'intégration est le processus ethnologique qui permet à une personne ou à un groupe de personnes de se rapprocher et de devenir membre d'un autre groupe plus vaste par l'adoption de ses valeurs et des normes de son système social. Cela pose la question du niveau d’intégration désiré. Ce que les populations des sociétés d’accueil désirent, ce n’est pas l’assimilation des immigrants à toutes les valeurs mais l’adoption des principales valeurs, essentielles au maintien de la culture d’accueil. Mais ce minimum c’est beaucoup plus que n’exige le multiculturalisme; d’où la farouche bataille de ses adeptes contre la charte des valeurs.

    On voudrait que les immigrant s’intègrent, mais à quoi ? On refuse de définir et affirmer ce que sont nos valeurs fondamentales et par le fait même le niveau d’intégration attendu, on y ajoute le multiculturalisme qui encourage le communautarisme, et pour être sûr que le gâteau ne lève pas, on y ajoute une pincée de discours anti blanc, occidentale, colonisateur, racistes, xénophobe; etc. Après ça on se demande pourquoi les nouveaux arrivant n’ont pas vraiment le désire de s’intégrer.

    Avant de se demander «Quelle immigration souhaitons-nous ?» commençons par faire consensus sur ce qu’est la culture québécoise, l’intégration et le niveau requis. Après on parlera des moyens d’y parvenir.

  • Jacques Patenaude - Abonné 6 mars 2020 10 h 11

    Une nécessité

    Oui une telle politique est nécessaire et un élément vital pour la progression du Québec. On l'a vu tout se fait présentement à l 'aveuglette par un ministre qui ne brille pas par sa compétence en ce domaine. Les 5 points énumérés par l'auteur de cet article devraient être la base de cette politique. C'est à ces conditions que les droits des nouveaux arrivants et le droit collectif à une immigration réussie se fera.
    Mais compte tenu des besoins actuels si cette politique doit voir le jour ça ne doit pas être un moyen de fermer les portes à l'immigration sous prétexte que cette politique est en élaboration.
    Il me semble qu'un tel dossier devrait intéresser au plus au point les tenants des droits de la personne et les inciter à revendiquer une telle politique.