Différentes maladies, mêmes symptômes

Le choix du bouc émissaire dépend avant tout de l’appartenance de certains individus à des catégories sociales particulièrement exposées.
Photo: Andy Wong Associated Press Le choix du bouc émissaire dépend avant tout de l’appartenance de certains individus à des catégories sociales particulièrement exposées.

Les animaux malades de la peste est une fable animalière racontant l’histoire d’un groupe d’animaux accablés par un mal épouvantable, la peste. Pour éradiquer ce mal, ces animaux considèrent le sacrifice d’un innocent n’ayant aucun lien avec ce mal, un bouc émissaire. Malgré les années, cette fable de La Fontaine est encore pertinente afin de comprendre le comportement humain en temps de crise sanitaire. De la peste noire jusqu’au coronavirus, les épidémies sont sources de peurs et d’inquiétudes. Créant un environnement propice à la dispersion de rumeurs, les épidémies créaient un contexte idéal pour la production et la reproduction de discours racistes au sein d’une population à la recherche d’un coupable pour donner une raison au mal qui s’abat sur elle.

Plus concrètement, avec la propagation du coronavirus, ce rôle est assumé aujourd’hui par les personnes asiatiques. On assiste dernièrement à une hausse des propos et des actes racistes à leur égard. En France, un restaurateur d’origine chinoise a été victime de racisme en découvrant les inscriptions « Coronavirus, dégage, virus » sur son établissement. En Australie, un homme, victime d’une crise cardiaque, s’est écroulé sans que les passants proches de lui s’arrêtent pour l’aider par peur qu’il soit contaminé. Au Canada, des parents auraient signé une pétition en demandant que les élèves ayant visité la Chine soient placés en quarantaine. Bien que les personnes ciblées par ces incidents n’aient aucun lien avec le virus, les gens sont convaincus artificiellement de leur responsabilité.

Le rôle du bouc émissaire en temps d’incertitude et de crise est double : il est responsable du désordre et restaurateur de l’ordre. Il doit être rejeté et éliminé dans des cas extrêmes afin d’éviter la propagation. Le choix du bouc émissaire dépend avant tout de l’appartenance de certains individus à des catégories sociales particulièrement exposées. Les minorités ethniques, religieuses ou, plus généralement, tous les groupes mal intégrés peuvent être soumis dans un tel contexte à cette forme de discrimination par la majorité. L’histoire regroupe une panoplie d’exemples de la sorte.

Au Moyen Âge, s’il y avait bien un mal considéré comme absolu, c’était la lèpre. Soupçonnés d’en être porteurs héréditaires, les cagots, population minoritaire vivant entre l’Espagne et la France, se retrouvaient exclus et méprisés par le reste de la société. La crainte de la contagion par les cagots a entraîné toutes sortes d’interdictions auxquelles ils étaient soumis, telles que boire dans les mêmes récipients que le reste de la population ou avoir des rapports sexuels avec des personnes de l’extérieur.

Au temps de la peste noire, l’angoisse de la population durant l’épidémie s’est tournée contre les juifs. Plusieurs rumeurs circulaient à l’époque : ils seraient responsables d’avoir empoisonné la nourriture et les puits d’eau avec la maladie. Ils sont tués, torturés et leurs maisons et lieux de culte, brûlés. Pris dans le piège d’interprétations collectives irrationnelles, les sociétés primitives avaient l’excuse de l’ignorance scientifique pour justifier leur comportement. Aujourd’hui, nous n’avons pas cette excuse.

Malgré tout, en 2009, avec l’épidémie de H1N1, ce sont les Mexicains qui ont été victimes de discrimination. À la vision partagée par certains groupes anti-immigration aux États-Unis à l’égard des Latino-Américains que ceux-ci étaient des citoyens illégaux, des voleurs d’emplois, des profiteurs du système et des criminels s’est ajoutée la peur de l’influenza. Le virus est devenu un motif de persécution de plus parmi plusieurs préjugés déjà partagés par certains individus. Certains présentateurs de télévision ont appelé à une fermeture des frontières avec le Mexique en associant les immigrants au virus et à une possible attaque bioterroriste ciblant les États-Unis. La juxtaposition de ces stéréotypes a mené à l’exclusion et à la discrimination de cette minorité.

Attribuer à certains groupes la responsabilité de ce genre de crises n’a aucunement sa place dans notre société moderne. Si une chose est certaine dans notre monde interconnecté, c’est que les épidémies peuvent surgir de partout, elles ne sont pas propres à une ethnie ni spécifiques à un groupe social. La prudence face au virus est une chose, la discrimination envers des personnes qui n’ont rien à voir avec celui-ci en est une autre. Nous devons affronter la crise actuelle collectivement tout en dénonçant toute forme de racisme et de discrimination associant une minorité à un virus quelconque. #JeNeSuisPasUnVirus

6 commentaires
  • Serge Lamarche - Abonné 5 mars 2020 03 h 54

    Méchants abuseurs

    L'humanité en a du chemin à faire pour arriver à une société parfaite. La planète entière étant abusée, celle-ci va bientôt nous envoyer de bonnes raclées. Le #metoo de la planète.

    • Marcel Vachon - Abonné 5 mars 2020 08 h 53

      ....une société parfaite. C'est ton objectif dans ta vie? Le paradi terreste n'esixte plus mon cher, sauf dans le programme de QS.

    • Serge Lamarche - Abonné 5 mars 2020 13 h 24

      Il ne s'agit pas de paradis. Si on ne cherche pas à améliorer la société, qu'est-ce que l'on cherche alors?
      Même les dictateurs veulent améliorer la société. Ils sont simplement incompétents.

  • Loyola Leroux - Abonné 5 mars 2020 09 h 17

    Monsieur Castro, votre propos me surprend !

    Avez-vous lu les 3 articles suivants parus dans Le Devoir récemment ?

    - Ministère des Épidémies et autres mythes, Le Devoir
    https://www.ledevoir.com/monde/asie/573272/la-medecine-traditionnelle-et-les-croyances-populaires-chinoises-face-aux-epidemies
    - Petite histoire de la quarantaine pour contrer les grandes épidémies
    https://www.ledevoir.com/societe/572349/petite-histoire-de-la-quarantaine-pour-contrer-les-grandes-epidemies#
    La Chine réservoir des souches d’influenza, Le Devoir,
    https://www.ledevoir.com/societe/science/572590/virus-grippe
    (extraits) ‘’Les virus de l’influenza A prospèrent avant tout chez les oiseaux aquatiques. Les canards sauvages, les hérons et les cygnes, qui sont très nombreux en Chine, constituent « un réservoir considérable de différents virus de l’influenza », précise le Dr Tellier qui est également professeur à la Faculté de médecine de l’Université McGill.
    Le filon agricole
    La deuxième raison pour laquelle la Chine a plus que sa part de souches émergentes de grippe est le fait que, traditionnellement, les Chinois pratiquent « une agriculture mixte, où, dans une même ferme, on trouvera un élevage de porcs, un élevage de volailles, ainsi qu’un élevage de canards domestiques sur un petit étang. Or, c’est lorsque des oiseaux aquatiques sauvages côtoient les canards domestiques qu’ils pourront échanger avec eux des virus », fait remarquer le Dr Tellier.’’

  • Michaël Lessard - Abonné 5 mars 2020 15 h 02

    Surtout que d'autres maladies tuent mille fois plus depuis longtemps

    Environ 3000 personnes sont décédées à date, très peu à l'extérieur de la Chine, sur une population chinoise de 1.4 mlliard ...

    Il est estimé que 15,000 enfants meurent chaque jour de maladies facile à prévenir ou soigner dans le monde, dans les pays pauvres évidemment. Sauf que si une maladie est nouvelle et pourrrait toucher l'Occident, tout à coup nos médias nous en parlent sans arrêt!

    La simple grippe habituelle ou saisonnière tue entre 350,000 et 600,000 par année mondialement !

    Imaginez si on nommait ici toutes les autres maladies mortelles qui ravagent le monde, mais dont les pays plus riches se sentent assez protégés maintenant.

    Le H1N1 a tué à peine 100 personnes au Québec et les expert-es en santé ont indiqué que ces personnes souffraient déjà de troubles de santé les ayant rendu vulnérables. Je me souviens comment les médias nous en parlaient matin, midi et soir, sans arrêt (!), pendant des mois! Tellement que j'ai cessé d'écouter les nouvelles plusieurs semaines!

    Je comprends que c'est une pandémie potentielle et que les systèmes de santé craignent que le virus mute, etc. Sauf que le niveau de peur et des perturbation économique est absurde et irrationnelle en comparaison aux maladies mortelles avec lesquelles nous vivons déjà et que nous ignorons.

    Imaginons si les pays riches et leurs médias, dont le Canada/Québec, capotaient autant sur les maladies qui tuent bien plus de personnes dans ledit tiers-monde...

    • Michaël Lessard - Abonné 5 mars 2020 16 h 45

      En complément ...

      - Infections respiratoires : 3 millions de décès annuellement dans le monde
      - Eau non portable (diarrhée) : 1.5 million dont 500,000 *enfants* de moins de cinq ans par année (c'est une nette amélioration en fait)
      - Grippe saisonnière : entre 350 000 et 600 000 par année.
      - Foudre (éclairs) : environ 2000 personnes (surtout dans les pays chauds ayant de forts mouvements d'air).

      Si on ignore les malades cardiaques (env. 20 millions) et le diabètes (env. 1.3 million), ou les accidents et les guerres, qui tuent des millions chaque année, mais ne sont pas des virus ni infections.