Royalmount, lieu de luxe, d’écoblanchiment et d’exclusion

Carbonleo vient de présenter son nouveau complexe Royalmount, pour répondre à la forte opposition que ce projet a entraînée. Tout est maintenant prévu pour faire avaler l’inacceptable. Dans ses publicités, on voit des images dégoulinantes de verdure, un véritable paradis terrestre qu’il fera bon de fréquenter à pied ou à vélo. Curieusement, on y observe très peu de magasins, alors qu’il s’agit avant tout d’un centre commercial.

La compagnie a appliqué avec zèle les principes élémentaires de son petit manuel de l’acceptabilité sociale. Ce qui ne règle en rien les problèmes de base de ce projet monstrueux.

On voit sur les images une vingtaine de tours, dont certaines comportent 50 étages de haut, parmi les plus élevées en ville. On cache un stationnement « réduit » à 8180 places (un stationnement souterrain ? Ce serait alors l’un des plus gigantesques au monde…) Tout ressemble à une belle oasis de verdure, mais entourée d’autoroutes bondées, congestionnées, avec des voitures crachant leur part de monoxyde de carbone.

Il sera nécessaire d’absorber un important flux de circulation engendré par ces tours de bureaux, commerces, appartements, hôtels. Les efforts prévus pour implanter des mesures d’atténuation routière semblent insuffisants, alors que Carbonleo demande de nouvelles bretelles aux autoroutes 520 Ouest et 40 Est et un élargissement du chemin de la Côte-de-Liesse. Tous ne viendront pas en métro ou à bicyclette, contrairement à ce qu’on voit sur les publicités de la compagnie, surtout pas les consommateurs qui auront les bras remplis des colis qu’ils se seront procurés dans les boutiques luxueuses du nouveau centre commercial.

Parce que c’est bien de luxe dont il s’agit ici. En suivant la piste de l’argent, on se lance dans un parcours révélateur. Carbonleo s’associe à L. Catterton Real Estate (LCRE), basé au Connecticut, « la plus grande entreprise de placements privés orientés vers les biens de consommation au monde ». L. Catterton est partie prenante de l’une des plus grandes firmes internationales du luxe, LVMH (Louis Vuitton Moët Hennessy), dont l’actionnaire majoritaire est celui qui serait en ce moment l’homme le plus riche du monde, Bernard Arnault. Parfums chics, champagne, vêtements griffés, produits pour le 1 % les plus fortunés, voilà ce qui a fait la fortune de ce milliardaire.

Bernard Arnault n’est certes pas reconnu pour sa contribution à la répartition de la richesse. Il a été mêlé au scandale des Paradise Papers, qui ont révélé quelques-uns de ses montages financiers pour éviter de payer de l’impôt. Il a aussi largement profité des cadeaux fiscaux du gouvernement Macron qui lui ont permis de faire croître sa fortune de façon exponentielle. Sa tendance à délocaliser la fabrication de ses produits pour aller là où la main-d’oeuvre est la moins chère a été dénoncée entre autres dans le documentaire Merci patron ! de François Ruffin.

Logements sociaux

Pas étonnant qu’aucun logement social ne soit prévu dans le projet Royalmount. Que pourraient y faire d’ailleurs les pauvres dans ce nid de richesses et devant les produits chers qui seront en magasin ? Parce qu’il s’agit ici d’un quartier conçu entièrement par un promoteur privé, une sorte de quartier privé, planifié par des spécialistes du luxe, comme il n’en existe nulle part ailleurs au Québec, avec comme barrières un lacis d’autoroutes et les prix élevés qui y auront cours. Cela prévu sans l’accord des autorités municipales, à l’exception de la petite Ville de Mont-Royal, avec son maire Philippe Roy qui ne fait qu’approuver béatement l’ensemble. Tout peinturé en vert soit-il, est-ce bien le type de développement urbain que nous souhaitons et dont nous avons besoin ?

Il semble de plus en plus clair que ce projet nuisible, mégalomane, torpillant l’offre commerciale de la région de Montréal, servira principalement à stimuler la spéculation sur l’immobilier et à enrichir de prospères investisseurs peu portés à payer de l’impôt, dont le richissime Bernard Arnault.

Déjà, plusieurs grues s’activent sur le chantier de Royalmount, pour nous placer devant le fait accompli, même si tous les permis n’ont pas été accordés. Il ne faut surtout pas se laisser impressionner par la campagne d’écoblanchiment de l’entreprise. Le projet de Royalmount est toujours aussi inacceptable. Il faut souhaiter que tout soit fait pour le bloquer, malgré la difficulté de la tâche, devant un entrepreneur manipulateur et assoiffé de profits.

12 commentaires
  • Jean Duchesneau - Abonné 4 mars 2020 08 h 29

    Un moratoire devrait être imposé...

    ... jusqu'à ce qu'une Politique nationale d'aménagement du territoire soit légiférée. Un tel projet fondé sur "l'apartheid" ne peut être laissé au seul pouvoir décisionnel de Town of Mount-Royal. Loin de créer de la richesse, un tel projet créera un vortex économique qui appauvrira sa périphérie !

    Vivement un référendum d'initiative populaire afin de de débattre "at large" de l'intérêt publique de cette initiative d'intérêt privé !

  • Yves Corbeil - Inscrit 4 mars 2020 08 h 51

    Et la mairesse s'inquiète du traffic autour, j'ai une suggestion pour elle

    Afin d'équilibrer le septième chakra soit celui de la «couronne» (de Montréal), je lui suggère un «Royalmont Pointe aux Trembles» juste à l'embouchure du tunnel Hippolyte Lafontaine de cette manière l'équilibre routier sera mieux réparti entre les centres d'achats «nécessaire» à notre épanouissement économique mais surtout émotionnel en ces temps tellement difficile pour les plus sensibles émotivement de nos concitoyens. Au moins ça on l'a, pour le reste on travaille là-dessus, une société ça ne se défait pas en seulement une journée.

  • Yvon Turcotte - Abonné 4 mars 2020 14 h 36

    L'art de planifier

    Je ne pense pas qu'il faille pointer du doigt un seul des promoteurs en particulier (ils sont multiples sans doute et on ne retrouvera pas à Royal Mount que des produits pour hyper-riches) mais ce projet, amélioré ou non, est effectivement insensé à cet endroit. Bonjour les dégâts pour la circulation Nord-Sud à Montréal quand, en plus, la rue Saint-Denis ne sera plus bientôt qu'à une voie dans chaque sens.

  • Roch Godard - Abonné 4 mars 2020 15 h 15

    Royalmount

    Pourquoi la ville tolère-t-elle que des promoteurs millionnaires puissent bâtir sans permis ? L'emplacement choisi est aussi insensé. Ça prend un moratoire !

    • Brigitte Garneau - Abonnée 5 mars 2020 01 h 29

      Vous avez la réponse à même votre question M. Godard: parce que ces promoteurs sont millionnaires! J'ai parfois l'impression, surtout en observant nos voisins du Sud, que plus on est riche, plus on est bête. Comme quoi richesse matérielle équivaut trop souvent à pauvreté intellectuelle. Je pourrais continuer en disant que plus on est riche, plus on veut s'enrichir...

  • Jean-Charles Morin - Abonné 4 mars 2020 18 h 48

    Une raison de plus...

    Si le projet du Royalmount se concrétise à l'endroit prévu et en regard des énormes problèmes de circulation que cet ovni va engendrer sur le réseau routier actuel, cela constituera une raison de plus, pour tous ceux qui ont la chance de ne pas habiter sur l'île de Montréal, de ne plus venir y mettre les pieds.

    • Brigitte Garneau - Abonnée 5 mars 2020 01 h 45

      "...pour tous ceux qui ont la chance de ne pas habiter sur l'île de Montréal..." Et bien, cher Monsieur, j'ai eu cette CHANCE pendant vingt ans et laissez moi vous dire que ce fut plutôt un CAUCHEMAR! Je devais me taper 100 kilomètres par jour, en solo, pour mon boulot. Depuis mon retour à Montréal, je fais du rattrapage écologique: je n'ai plus d'auto, ça ne me prend jamais plus d'une demi-heure me rendre au travail. Là, on peut parler de chance!