Le ministère de l’Éducation doit faire plus confiance aux futurs enseignants

Dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre, le fait qu'une ou un stagiaire ne puisse être appelé à faire de la suppléance durant son stage est absurde, déplore l'auteur.
Photo: Manon Allard Getty Images Dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre, le fait qu'une ou un stagiaire ne puisse être appelé à faire de la suppléance durant son stage est absurde, déplore l'auteur.

Vendredi dernier, le journaliste Marco Fortier faisait état des enjeux troublants que vit la plus grande commission scolaire du Québec (« Pénurie dans 40 métiers à la CSDM »). Le constat à la Commission scolaire de Montréal est alarmant : pénurie dans 40 métiers et professions, rareté des suppléants (qualifiés ou non), difficultés de recrutement, refus des demandes d’horaire allégé, etc.

Étant moi-même étudiant en éducation préscolaire et enseignement primaire, je me suis senti interpellé par l’aspect de la rareté des suppléants dans nos écoles. En fait, depuis mon embauche comme suppléant, le nombre élevé d’appels que je reçois par semaine du centre de répartition de la CSDM me permet d’attester cette triste réalité.

Soyez sans crainte, mon but ici n’est pas de me plaindre d’avoir la chance de combattre la précarité financière que vivent de nombreux étudiants universitaires partout au Québec. En fait, je ne cracherai jamais sur des journées de suppléance, puisque ces dernières me permettent de mettre à profit les savoirs et les connaissances qui m’ont été transmis et contribuent ainsi à la maîtrise de mes douze compétences professionnelles.

La réalité des étudiants en stage est toutefois différente. Voyez-vous, mercredi prochain, mon enseignante associée sera absente, mais je ne serai pas seul en classe avec mes élèves. En effet, l’entente québécoise encadrant les stagiaires qui a été signée en 2016 par les commissions scolaires francophones, la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) et la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) stipule qu’« une ou un stagiaire ne peut être appelé à faire de la suppléance [durant son stage] ».

En d’autres mots, lorsque l’enseignante associée d’un stagiaire manque une journée lors d’un stage, celle-ci doit s’assurer de se faire remplacer par un suppléant, qualifié ou non légalement qualifié, qui sera rémunéré pour sa journée alors que le stagiaire sera celui qui assumera la charge complète de la classe durant l’absence de son maître associé. Bref, même si mes compétences sont plus que suffisantes pour répondre à la tâche, il y aura tout de même une autre personne dont les services ne sont pas essentiellement requis qui « m’assistera » pour la journée.

Dans le contexte actuel de la pénurie de main-d’oeuvre, il me semble absurde d’être obligé de remplacer l’enseignante associée d’un stagiaire qui pourrait lui-même effectuer la suppléance de son enseignante. Pourquoi s’entêter à trouver un remplaçant alors que la solution logique au problème est déjà en classe et connaît la routine des élèves ? À vrai dire, offrir une plus grande marge de manoeuvre aux stagiaires permettrait aussi aux classes sans enseignant fixe d’en avoir un pour la journée !

Il n’y a aucun doute que cela serait bénéfique aux commissions scolaires et à leurs écoles, ainsi qu’aux étudiants en situation de précarité financière qui tentent tant bien que mal d’arrondir leurs fins de mois. Il y a un peu moins d’un an, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, annonçait la mise en place du Programme de bourses de soutien à la persévérance et à la réussite des stagiaires. Cette compensation financière de 3900 $ est octroyée, sous forme de bourse, aux étudiants lors de leur stage final d’enseignement.

Toutefois, les étudiants réalisant un stage en situation d’emploi ou un stage probatoire ne sont pas admissibles à la compensation, à l’exception du stage final en enseignement où un maximum de cinq jours de suppléance rémunérés pendant le stage est accepté. M. Roberge a montré une certaine ouverture en permettant aux étudiants de quatrième année d’effectuer de la suppléance durant leur stage final, mais cela n’est pas suffisant. Si le ministère de l’Éducation se permet de modifier ses règles en embauchant du personnel non légalement qualifié, il doit aussi se montrer plus cohérent en faisant confiance aux futurs enseignants.

Parce qu’après tout, la valorisation de la formation à l’enseignement et de la profession enseignante ne se limite pas à la distribution de bourses d’excellence par programme. Elle implique des gestes concrets qui permettront aux étudiants d’avoir eu la fierté de s’être dépassés dans le cadre de leurs fonctions.