La table de négociation, chemin le plus court pour rebâtir la santé et l’éducation

Denis Bolduc, secrétaire général de la FTQ
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Denis Bolduc, secrétaire général de la FTQ

Lundi, par voie de lettre ouverte, le président du Conseil du trésor, Christian Dubé, a fait le point sur les offres patronales dans le cadre de la négociation des conventions collectives des employés du secteur public québécois.

En particulier, il a critiqué le refus généralisé des syndicats de participer à des « forums de discussion » portant sur les thèmes suivants : « la réussite éducative, l’accessibilité aux soins de santé pour les gens en hébergement de longue durée ou recevant des soins à domicile, ainsi que la santé globale des salariés du secteur public ».

Le ministre peut se rassurer une bonne fois pour toutes : ces thèmes font et feront partie de la négociation en cours. Faut-il le rappeler, les membres de la FTQ sont au service de la population dans les réseaux de l’éducation, de la santé et des services sociaux, animés par leur sens du devoir et hantés par la peur d’abandonner des personnes en détresse. Alors, oui, bien évidemment, ces thèmes sont aussi les nôtres.

Alors, pourquoi ne pas en parler en forum ? La réponse est une évidence : en négociation de convention collective, si on veut agir efficacement en vue d’un règlement rapide, c’est à la table de négociation que ça se passe. Ce sont les propres lois du gouvernement du Québec qui en ont décidé ainsi.

Le processus de négociation a d’ailleurs commencé officiellement le 2 novembre dernier. Les forums, eux, ne seraient que des vitrines, des opérations de relations publiques où le gouvernement braquerait les projecteurs sur ses approches, ses mots et surtout ses conclusions. L’exercice serait un appui chorégraphié aux propositions patronales : le contraire d’une négociation.

Le ministre se plaint aussi de notre soi-disant refus d’augmentations salariales différenciées et nous accuse de réclamer des augmentations « mur à mur », égales pour tous les employés du secteur public. S’il relit nos propositions déposées le 11 décembre dernier, il y trouvera d’importants ajustements à la structure salariale qui rehausseraient le salaire des bas salariés ainsi que les salaires d’entrée des autres salariés, de manière à corriger les problèmes les plus criants.

Quant à la volonté du gouvernement d’accorder une attention toute particulière aux enseignants et à certains préposés aux bénéficiaires, elle tend à confondre innovation et simplisme. Car au-delà de ces deux professions très visibles et très connues, une multitude d’autres sont également en grave pénurie de main-d’oeuvre.

Par exemple : les agentes administratives, les éducatrices en service de garde, les électriciens, les cuisiniers, les techniciens en informatique, les concierges, etc. Même s’il est invisible et pernicieux, ce manque de personnel prive bel et bien la population de services vitaux. S’attaquer aux aspects oubliés ou méconnus de la pénurie de main-d’oeuvre, ça demande courage, rigueur et patience.

Finalement, nous tenons à rassurer M. Dubé en lui réitérant notre foi dans le processus de négociation en cours. Gouvernement ou syndicats, nous sommes à la croisée des chemins pour l’éducation, la santé et les services sociaux.

Ces réseaux ont été gravement endommagés par les compressions et les restructurations du gouvernement Couillard, pour être ensuite abîmés par la concurrence des autres employeurs. La détérioration des conditions de travail et la rareté de la main-d’oeuvre ont depuis longtemps dépassé les seuils critiques pour les services à la population. Pour attirer et garder cette main-d’oeuvre indispensable, le secteur public doit redevenir l’employeur de choix qu’il n’est plus. Cela est absolument incompatible avec des offres salariales en deçà de l’inflation.

Pour répondre au désir de changement et aux priorités des Québécois, il faut rebâtir notre capacité comme société de prendre soin de nos aînés, de nos enfants et de nos personnes malades. La responsabilité du gouvernement et des syndicats est gigantesque et c’est pourquoi il faut travailler d’arrache-pied là où ça se passe : à la table de négociation.