Bombardier, l’aléa moral et vous

«Bombardier risque d’aller cogner aux portes des ministères pour obtenir encore plus de notre argent», mentionne l'auteur.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne «Bombardier risque d’aller cogner aux portes des ministères pour obtenir encore plus de notre argent», mentionne l'auteur.

Aussi sûrement que les hirondelles reviennent au printemps, il semble que Bombardier revient quêter l’argent des contribuables avec une régularité chronique. Tous les signes sont là : Bombardier se trouve en mauvaise posture financière et a dû revoir ses prévisions pour le quatrième trimestre, s’attendant aujourd’hui à un bénéfice de 400 millions de dollars au lieu des 700 millions anticipés par les analystes. L’entreprise se cherche aujourd’hui un partenaire pour intégrer sa division Transport, jugeant qu’elle ne peut plus faire face seule à la concurrence étrangère.

Depuis quelques semaines, les journalistes multiplient les questions quant à un éventuel plan de sauvetage de Bombardier, si bien que le premier ministre François Legault a réagi, affirmant qu’il n’était pas question de réinvestir dans la CSeries, mais qu’il songeait à répéter les erreurs de ses prédécesseurs en mettant notre argent par millions dans les coffres de Bombardier.

Si nos politiciens renflouent Bombardier après chacune de ses mauvaises décisions, ils ne devraient pas être surpris si l’entreprise continue d’en faire autant. Gérer une entreprise, c’est notamment tenter de trouver l’équilibre entre les opportunités et le risque. Dans un contexte normal, une entreprise mature, telle Bombardier par exemple, ne prend pas de risques pouvant compromettre sa pérennité. La valeur de l’entreprise est trop élevée pour se permettre de tout risquer dans un seul projet.

Lorsque l’on vient à la rescousse d’une entreprise à chaque signe de difficulté cependant, ce que l’on envoie comme message aux dirigeants est qu’ils peuvent se permettre tout risque puisque les contribuables couvriront les pertes. Et plus on vient souvent renflouer une entreprise, plus cette attente de renflouement devient forte. C’est ce cercle vicieux qu’Adam Smith a qualifié « d’aléa moral. »

Cette relation pervertie avec le risque s’est d’ailleurs manifestée dans le projet de CSeries de l’entreprise (aujourd’hui nommé A220). En allant de l’avant avec ce projet risqué, les dirigeants de Bombardier se sont comportés comme un joueur de roulette qui mise tout sur le vert : si tout allait exactement comme prévu, ils s’enrichiraient rapidement, mais si le moindre aspect tournait mal, ils risquaient de perdre la maison au complet.

Dès 2003, la dégringolade a commencé. L’entreprise s’est trouvée en manque de liquidités pour financer son projet aéronautique et a vendu sa lucrative division de produits récréatifs, connue aujourd’hui sous le nom de BRP. Au fil des ans, tandis que chaque dollar allait au développement de la CSeries, ses programmes phares de jets régionaux, comme les séries Q et CRJ, ont perdu du galon alors que son principal compétiteur, Embraer, investissait dans l’amélioration de ses produits concurrents.

Alors que les retards s’accumulaient, l’entreprise a aboli des milliers d’emplois, toujours dans l’espoir de voir son nouveau produit payer. Malheureusement, les déboires ont eu raison du projet, dont l’entreprise a finalement cédé le contrôle au compétiteur européen Airbus, et ce, malgré près d’un milliard et demi de dollars dépensés par Québec et Ottawa pour aider l’entreprise. La bille ne s’est pas arrêtée sur le vert, Bombardier a perdu la maison.

Ce genre de prise de risque, pour une entreprise mature comme Bombardier évoluant dans un contexte compétitif, est anormal. Pour un constructeur de matériel de transport tel que Bombardier cependant, qui avait un historique de subventions assez chargé (4 milliards de dollars depuis 1966) et l’habitude de voir les gouvernements plier à chaque menace pour lui accorder des contrats, la relation avec le risque avait été pervertie depuis fort longtemps.

Tous les signes sont là : Bombardier risque d’aller cogner aux portes des ministères pour obtenir encore plus de notre argent. Et qui pourrait les blâmer ? L’entreprise est habituée de recevoir des centaines de millions de dollars chaque fois qu’elle vient quêter. Cette fois-ci, par contre, le premier ministre devrait leur couper le cathéter de fonds publics. Ce n’est pas aux contribuables québécois de payer pour les mauvaises décisions de Bombardier.

3 commentaires
  • Michel Carrier - Abonné 1 février 2020 09 h 16

    Vous oubliez délibérément de reconnaître la contribution exceptionnelle de Bombardier à la collectivité québécoise en terme d'emplois et de développement technologique. Vous oubliez aussi l'absence de contribution du Canada à Bombardier alors que pour l'industrie de l'automobile, on peut y ajouter des milliards du gouvernement canadien (bay Street déteste Bombardier). De plus regardez les milliards de déficit du gouv canadien, vous avez là un plus grand problème que celui de Bombardier.

  • Pierre Larouche - Inscrit 1 février 2020 10 h 10

    Bof

    Un autre fleuron du Québec.........

  • Clermont Domingue - Abonné 1 février 2020 16 h 06

    Des jobs payantes...

    Vous avez raison,Bombardier est mal géré. De plus, j'ajouterais que ses dirigeants sont beaucoup trop payés. Trop payés pour s'intéresser sérieusement à leur tâche.

    Cependant, François Legault veut des jobs bien payés.Je recommande donc que nos gouvernements dépannent encore Bombardier.Québec mettra une partie de ses surplus au lieu de les investir en éducation et en santé. Quant au Fédéral, il peut grossir sa dette davantage.

    Je vous invite à voir ces subventions à Bombardier comme de l'assistance sociale pour les plus riches.Pensez que des manoeuvres comme celles-là finiront par appauvrir le Québec et permettront à notre province de toucher la péréquation.

    Le Gouvernement du Canada,lui, peut toujours s'appuyer sur la Banque du Canada afin d'avoir les liquidités nécessaires pour faire face à la musique jusqu'à la décote par les agences de crédit ou jusqu'à la dévaluation de notre dollar par les marchés.