Proportionnelle et souveraineté

Frédéric Bastien, auteur, professeur d'histoire et candidat à la direction du Parti québécois
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Frédéric Bastien, auteur, professeur d'histoire et candidat à la direction du Parti québécois

Lire Michel David est un exercice toujours stimulant. Le chroniqueur du Devoir me permettra en tout respect toutefois d’être en désaccord avec ce qu’il exprime dans son texte du 25 janvier (« Chercher l’erreur ») sur la question du mode de scrutin de même que, plus généralement, sur la façon dont les indépendantistes doivent mener le combat dans l’avenir.

Sur la réforme du mode de scrutin tout d’abord, M. David affirme que le scénario proposé par le gouvernement n’est pas si grave puisqu’il permettrait à un parti de former un gouvernement majoritaire avec environ 41 % des votes. Notons que, même avec ce pourcentage, la CAQ se serait retrouvée en situation minoritaire lors de la dernière élection, dans une position vraisemblablement trop faible pour faire adopter une législation aussi controversée que celle sur la laïcité.

Cela dit, ce n’est pas de 41 % des votes mais bien de 44-45 % que la ministre de la Justice Sonia LeBel — bien placée pour connaître les effets de son projet de loi — a parlé le mercredi 22 janvier pour qu’un parti puisse constituer un gouvernement majoritaire. Avec un tel pourcentage, ce dernier deviendra clairement l’exception à la règle de gouvernements minoritaires ou de coalition, sans oublier qu’il sera facile de modifier rapidement le nouveau système, une fois adopté, vers davantage de proportionnalité, comme des voix le demandent déjà.

Michel David doute par ailleurs que le PQ puisse, comme autrefois, rassembler les nationalistes de différents horizons. Il semble penser que la montée de QS et de la CAQ s’explique par des causes profondes, une évolution de notre population qui ne s’intéresse plus aux chicanes d’antan.

Cette situation s’explique en fait par l’incapacité du PQ de contester le régime fédéral et de concevoir une politique concrète qui lui permette d’incarner ce combat. En ce sens, la situation actuelle est en fait le résultat des circonstances. Pour avoir mal joué ses cartes, le PQ a échappé la question nationale et la CAQ s’en est emparée.

Mes propositions tiennent précisément compte de cela. Il faut forcer une négociation constitutionnelle avec Ottawa dans un premier mandat et reporter le référendum dans un deuxième mandat. En particulier il importe de s’attaquer à la constitution de 1982, à laquelle nous n’avons jamais consenti, et qui a permis aux juges fédéraux d’invalider la loi 101 et qui pourrait leur permettre d’invalider la loi 21. Cet objectif ralliera un grand nombre de Québécois. Je fais des conférences depuis des mois pour en parler à des militants nationalistes de différents horizons et la réception a été très bonne.

Convaincu que le PQ seul ne peut porter la souveraineté, Michel David propose d’adopter un scrutin proportionnel qui forcerait la mise en place d’une coalition souverainiste. Je n’ai pour ma part aucune confiance en QS dans un tel scénario. Les solidaires sont les imposteurs de l’indépendance. Par exemple, ils appuient depuis plusieurs années le NPD lors des élections fédérales. Pire, ils sont même prêts à appuyer Ottawa contre le Québec comme l’a fait Gabriel Nadeau-Dubois en 2018 quand il a demandé aux fédéraux de saboter les efforts du Québec pour réduire l’immigration. Tout cela sans parler du double jeu de QS lors des négociations sur la convergence.

Ce parti ne se compare pas à l’ADQ de 1995, qui avait négocié de bonne foi et s’était rallié au Bloc et au PQ dans la coalition du changement. Michel David utilise cet exemple pour montrer qu’une alliance peut fonctionner. Effectivement, ce rassemblement des souverainistes était nécessaire. Toutefois le référendum n’aurait jamais eu lieu sans un PQ majoritaire à l’Assemblée nationale, ce qui n’aurait pas été le cas si on avait eu un scrutin proportionnel.

Les péquistes avaient gagné l’élection de 1994 avec un faible avantage des voix sur les libéraux. Le changement de mode de scrutin risque de nous priver de la possibilité de tenir un référendum dans l’avenir, ce qui serait désastreux pour notre rapport de force dans le Canada.

Contrairement à ce qu’écrit Michel David, je suis loin d’être le seul au PQ et dans les milieux nationalistes qui pense de la sorte. Et même si je l’étais, mes convictions me commanderaient de critiquer une réforme qui ne peut qu’affaiblir notre nation.

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