Des charges salariales moindres pour des entreprises plus compétitives

«Pour un même salaire versé en 2020 par une entreprise québécoise et une entreprise ontarienne, il y a aura près de 4,5% de plus en charges salariales au Québec», indique l'auteur.
Photo: Getty Images «Pour un même salaire versé en 2020 par une entreprise québécoise et une entreprise ontarienne, il y a aura près de 4,5% de plus en charges salariales au Québec», indique l'auteur.

Dans le cadre des consultations prébudgétaires que mène le ministre des Finances du Québec, Eric Girard, il nous apparaît important d’aborder la question cruciale des conditions de succès menant à la création d’emploi. Le gouvernement du Québec souhaite que les entreprises québécoises continuent à créer des emplois dans toutes les régions, surtout des emplois plus payants.

La Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) et les 50 000 entreprises de tous les secteurs d’affaires qu’elle représente sont évidemment d’accord avec cet objectif. Le gouvernement doit cependant mettre la main à la pâte afin de créer un environnement d’affaires où les entreprises pourront réaliser cet objectif.

Au cours des dernières années, de nombreuses mesures sociales ont été mises en place par les différents gouvernements et les employeurs ont fièrement appuyé une majorité d’entre elles. Prises une à une, ces initiatives visant à réduire les écarts sociaux sont toutes louables, mais leur accumulation provoque un phénomène de « sédimentation », alors que s’additionnent les responsabilités financières des employeurs face aux coûts de main-d’oeuvre, qu’on estime à plus de 13 milliards de dollars sur cinq ans.

Soyons concrets : pour un même salaire versé en 2020 par une entreprise québécoise et une entreprise ontarienne, il y aura près de 4,5 % de plus en charges salariales au Québec. Ainsi, pour chaque tranche de 100 $ de rémunération, une entreprise d’ici déboursera réellement 115,25 $, comparativement à 110,78 $ de l’autre côté de la rivière des Outaouais.

Parmi les charges salariales qui creusent cet écart, notons la contribution de l’employeur au Fonds des services de santé du Québec (FSS), à 4,26 %, comparativement à celle sur l’Impôt-santé en Ontario, à 1,95 %. Il s’agit de la principale source de déséquilibre entre le Québec et les autres provinces, et donc un important frein à la capacité des entreprises québécoises à créer les emplois payants tant espérés par notre premier ministre !

Au total, c’est donc une « taxe » de 15,252 % que doivent ajouter les employeurs québécois sur chaque nouvel emploi, comparativement à 10,78 % en Ontario. Les entrepreneurs qui lisent ce texte comprennent bien comment cet écart peut, finalement, tout changer.

À cela s’ajoutent d’autres charges propres au Québec, dont la « loi du 1 % » visant à encourager la formation des travailleurs en emploi. Bien qu’elle soutienne, avec l’ensemble de l’écosystème du milieu du travail, la pertinence et la nécessité d’une main-d’oeuvre correctement formée, la FCCQ recommande, depuis plusieurs années déjà, de réfléchir à l’efficience de ce programme et de considérer la transformation du financement des programmes qui en découlent.

Formation continue

Ainsi, nous mettons sur la table l’idée d’un Régime volontaire d’épargne pour la formation continue. À l’image du Régime enregistré d’épargne-étude (REEE), mais qui se perpétuerait tout au long de la vie active, cet outil permettrait au travailleur de contribuer de manière fiscalement avantageuse à sa formation continue, dans un fonds auquel l’employeur pourrait aussi contribuer — un bel attrait pour des candidats devant la rareté de main-d’oeuvre ! Les sommes appartenant au cotisant, le travailleur verrait son régime le suivre tout au long de sa vie professionnelle, pour favoriser le perfectionnement à tout âge. Voilà donc une idée qui tient compte du désir de liberté et d’un certain affranchissement corporatif de la nouvelle génération de travailleurs.

Lors du budget 2018-2019, le gouvernement du Québec annonçait des mesures fiscales permettant de réduire le fardeau des entreprises. Il faut aller plus loin, poursuivre les efforts pour contribuer à un environnement d’affaires plus compétitif. Le gouvernement doit avoir comme objectif clair de réduire le fardeau global des entreprises ou, à tout le moins, s’engager à ne plus l’augmenter au-delà du niveau de 2019.

Comme le gouvernement québécois vise aussi à attirer des entreprises étrangères, tout en soutenant la compétitivité des entreprises québécoises, la FCCQ est convaincue que des mesures supplémentaires pour alléger les obligations des employeurs liées aux charges salariales doivent apparaître au prochain budget et qu’une attention particulière doit être portée à d’éventuels changements législatifs, notamment à notre régime de santé et sécurité du travail. Elle veillera au grain pour contribuer à l’atteinte de l’objectif de créer davantage d’emplois et de favoriser la croissance économique partout au Québec. Qu’ils soient employeurs ou employés, les citoyens québécois ont tout intérêt à s’intéresser à cette question.

7 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 30 janvier 2020 00 h 39

    Frein?

    «un important frein à la capacité des entreprises québécoises à créer les emplois payants tant espérés par notre premier ministre !»

    En fait, le Québec sort de trois années renversantes de création d'emplois, justement avec le cadre réglementaire que M. Milliard considère comme un «important frein» à la création d'emplois. En plus, les employeurs se plaignent, avec raison, bien plus souvent du manque de travailleurs et du taux élevé de postes vacants que de cette réglementation. Pourtant, M. Milliard n'en parle pas, pas plus qu'il ne mentionne la baisse des cibles d'immigration de ce gouvernement, baisses qui contribuent à l'augmentation de ces postes vacants. C'est cela qui arrive quand on se base plus sur son idéologie que sur les faits pour influencer le gouvernement et son ministre des Finances.

    • Nadia Alexan - Abonnée 31 janvier 2020 10 h 21

      Une fois de plus, c'est la même rengaine de la part des entreprises privées. Il ne faut pas augmenter leur fardeau fiscal si l'on veut qu'elles demeurent compétitives et créer de l'emploi. Contrairement à ce qu'avance les chambres du commerce, plusieurs économistes, incluant la célèbre, Brigitte Alepin, dans son livre: «Ces riches qui ne paient pas d'impôts», ont démenti cette thèse.
      Rappelons, que l'ex-gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, a déploré la performance lamentable des entreprises» en matière, notamment, d'investissements dans les équipements de production, les nouvelles technologies, la recherche et le développement, ou encore la formation des travailleurs. Aujourd'hui, «malgré le capital disponible, des bilans relativement solides et l'amélioration des conditions économiques, les entreprises canadiennes ne semblent toujours pas prêtes à investir. Les fameuses mesures fiscales facilitatrices dont parle Mark Carney, comme l'abolition de la taxe sur le capital n'ont pas amélioré la performance des entreprises.
      Le Congrès du travail du Canada (CTC) a rendu publique une étude à ce sujet dont on peut lire les conclusions, de l’économiste en chef du CTC, Sylvain Schetagne, qui nous y apprend que les profits augmentent d’année en année, soit plus de 200 % en 10 ans. Connaissez-vous bien des gens qui ont vu leurs avoirs augmenter de 200 % en une décennie? Surtout quand on apprend dans l’étude que les impôts des entreprises ne représentent que 8,3 % de tous les revenus des gouvernements fédéral et provincial. L’étude du CTC répond à ces questions: «Où vont et à quoi servent les profits?»
      Les profits servent d’abord à payer les salaires des dirigeants et à rémunérer les actionnaires. Une fois cela fait, il reste la somme astronomique de 575 milliards $ en liquidités inutilisés! Pendant ce temps, le gouvernement fédéral se privait, pour l’année 2011 seulement, de 3 milliards $ par suite des réductions d’impôts aux entreprises. Car, chaque point de po

    • Nadia Alexan - Abonnée 31 janvier 2020 12 h 50

      Pour la suite de mon commentaire: Car, chaque point de pourcentage de baisse d’impôt coûte au fédéral un milliard $ par année en entrées fiscales. Et après, l'on nous dit qu'il faut couper les services publics parce que les coffres de l'état sont vides!
      Entre temps, les entreprises essayent de priver les retraités d'une pension bien méritée, après une vie de travail et de dévotion à ses mêmes compagnies. Honte aux entreprises qui veulent tout accaparer et qui s'en foutent du bien commun.

  • Jean-Guy Aubé - Abonné 30 janvier 2020 10 h 19

    un nouveau système de patronage pour les entreprises

    Par ces primes fiscales à la performance des entreprises, la CAQ veut rendre les entreprises dépendantes des largesses de l'Etat et s'assurer de l'adhésion inconditionnelle des milieux d'affaires à ses politiques pour une très longue durée.

  • Francis Laliberté - Abonné 30 janvier 2020 12 h 59

    novlangue

    Le nouveau P.D.G. de la FCCQ invite tous les citoyens a voir le futur avec ses vieilles lorgnettes. Selon lui, les contributions imposees aux employeurs au FSS, les cotisations au regime de securite au travail, ainsi que l'obligation faite aux entreprises de reinvestir 1% en formation, sont des charges excessives et autant de frein a la competitivite. M. Milliard propose plutot la creation d'un regime volontaire d'epargne pour la formation continue, finance par les salaries mais "auquel l'employeur pourrait aussi contribuer". Quelle hypocrisie ! A l'instar du regime volontaire d'epargne retraite, le salarie se retrouve seul a cotiser. Il faudrait pourtant y voir un progres, une necessite pour s'adapter a la modernite. Il feint d'ignorer que les taux anemique de syndicalisation, les dereglementations deja consenties, les salaires stagnants, la precarisation des emplois et socialisation des degats environnementaux temoigne que nous suivons ce programme depuis longtemps deja. M. Milliard y voit un "desir de liberte et d'un certain affranchissement corporatif de la nouvelle generation de travailleurs". Ces idees ne sont pas nouvelles, elle trahissent la conviction d'etre une classe a part. Le plus deplorable c'est le manque d'imagination, si elle veut etre innovante, la gente entrepreneuriale devrait peut etre s'interesser au recyclage ou a l'electrification des transport.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 30 janvier 2020 15 h 32

    «Il faut aller plus loin, poursuivre les efforts pour contribuer à un environnement d’affaires plus compétitif» (La Chambre de commerce de la Belle province)

    .
    À la lecture de la vôtre, il est devenu évident que l'obligation de payer l'employé est un frein à la compétitivité de l'entreprise.

    Et en définitive, à quoi sert donc le salaire versé, si ce n'est pour que le travailleur puisse se loger et se nourrir.

    Le progrès social réside dans la libération du travailleur des contingences de la vie quotidienne, en autorisant l'entreprise à nourrir et à longer elle-même sur son lieu de travail le travailleur qu'elle emploie.

    Ce progressisme contribuera à stimuler la compétitivité de l'entreprise, si le gouvernement s'inspire des maquiladoras pour implanter par chez-nous des grappes de zones franches industrielles qui échapperaient à toute forme de règlementations et de lois, sauf celle du marché.

    Ainsi, les travailleurs auraient le loisir de résider librement dans leur automobile tandis que l'employeur aurait la liberté d'engager l'ouvrier en contrepartie d'un bol de riz.

    C'est dans cet affranchissement réglementaire que réside le succès commercial de l'entreprise.

    Il est temps que le Québec entre dans la modernité en abrogeant la loi qui contraint l'employeur à payer ses employés et il est temps que l'on cesse d'infantiliser la population en lui versant un salaire.

    Le travail est un devoir et le versement d'un salaire au travailleur le rabaisse au rang de prostitué; il est temps que le travailleur s'affranchisse de cette image infamante.

    En effet, il est grand temps d'afficher collectivement sa fierté en refusant d'être payé.

    C'est à ce prix-là que nos entreprises seront véritablement compétitives sur le marché international et même au-delà.

  • François Guay - Abonné 30 janvier 2020 20 h 17

    Des conditions de profitabilité

    Advenant que votre opinion soit digne de notre considération, j'aimerais vous rappeler que «la bisniss» consiste en un moyen concerté, stratégique et coordonné de dégager une marge (plus-value) sur un travail que l'employeur s'accapare de façon systémique. Ainsi, lorsque l'on constate les bonus, les primes, les avantages, les options, les salaires importans que s'octroie la caste des gestionnaires, il va sans dire que se faire sermonner de la sorte par le papatronat n'est pas bienvenu.

    Ce que le gouvernement a déjà la largesse de faire, c'est de créer des conditions de profitabilité minimales. En d'autres mots, en formant la main d'oeuvre du CPE à l'université (si l'on désire y aller), en soignant la population, en mettant à la disposition du public et de leurs entreprises des réseau d'infrastructures communes, le gouvernement PERMET que des individus se coalisent pour développer, produire et offrir des biens et des services qui répondent aux besoins de la population. Et ce devrait être là leur intention première, servir le public en lui rendant la vie, cette ressource limitée que nous partageons tous, meilleure. Le rôle du décideur public n'est certainement pas d'offrir en pâture à l'appétit des nantis le porte-feuille des individus isolés, des familles occupées avec une mission prioritaire et primordiale, ou celui, collectif celui-là, de l'État. Ça ressemble à ça depuis quelques années, j'en conviens.

    Qu'on se le dise, les années grasses ont porté au pouvoir des générations de parvenus qui tranquillement ont usurpé le fondement de la société par leur avidité sans borne ou leur vision étriquée de la collectivité. Et ce fondement, c'est le partage des communs.

    Que M. Milliard et les «culs cousus d'or» qu'il représente se le tiennent pour dit: le profit (privé, individuel ou corporatif) est un objectif souhaitable QUE s'il ne se fait pas au détriment de l'ensemble du corps social.

    Même dans une province comme le Québec, est-ce bien le cas? Je vous le dema