Attentat de Québec: je me souviens?

«Il y a trois ans, le vivre ensemble au Québec a été considérablement
Photo: Alice Chiche Agence France-Presse «Il y a trois ans, le vivre ensemble au Québec a été considérablement "blessé" par le passage à l’acte de l’un des nôtres», écrit l'étudiant à la maîtrise en théologie Marco Veilleux.

Ce 29 janvier marquera le troisième anniversaire du tragique attentat à la mosquée de Québec. Six de nos concitoyens y ont été froidement assassinés, d’autres y ont été gravement blessés, sans compter les «victimes collatérales». Que la mémoire des disparus soit ici honorée et la résilience des survivants, chaleureusement saluée.

Trois ans après le drame, avons-nous pris la mesure, individuellement et collectivement, de ce qui s’est passé en cette sinistre soirée de 2017? Bien sûr, après l’effroi initial, il y a eu de nombreuses déclarations, un élan de solidarité, des rassemblements civiques et des funérailles publiques. Toutefois, l’événement a vite été refoulé dans nos mémoires. Et sa portée, pour nos débats et notre devenir commun, a été déniée. 

Alors que cet acte terroriste et haineux d’une violence inouïe marquait pourtant un «avant» et un «après» dans l’histoire du Québec, on s’est empressé de le renvoyer aux catégories de «triste fait divers» et de «geste isolé d’un désaxé». L’examen de conscience collectif qui s’imposait n’a donc pas été fait. Comment et pourquoi une telle horreur avait-elle pu se produire dans une société soi-disant pacifique, accueillante et tolérante comme la nôtre? Nous avons majoritairement refusé d’aller au bout de cette douloureuse interrogation. Le retour au business as usual n’a pas tardé.

Or, ce retour a largement consisté à reprendre en choeur les mêmes obsessions identitaires qui nous occupent jusqu’au délire depuis plus de deux décennies. Nombre de chroniqueurs, de commentateurs, d’animateurs de radio et d’agitateurs sur les réseaux sociaux ont tout bonnement continué à déverser leurs opinions xénophobes, islamophobes et religiophobes à pleins tuyaux. Et une part de notre classe intellectuelle et politique, abdiquant tout sens du droit et de la justice, s’est enfoncée dans le gouffre de la paranoïa envers les signes religieux, du mépris des minorités, de l’instrumentalisation de la laïcité et des fantasmes sur l’immigration

C’est ainsi entre autres qu’aux dernières élections fédérales, nous nous sommes retrouvés avec une flopée de candidats québécois épinglés pour leurs commentaires anti-islam sur les réseaux sociaux ou pour leurs affinités avec des groupes extrémistes comme La Meute. Une bloquiste ayant déjà clamé son admiration pour la leader française d’extrême droite Marine Le Pen a même pu être élue sans difficulté dans une circonscription de la région de Québec. On croit cauchemarder! Imaginez les sentiments que cela peut générer chez les survivants de l’attentat.

Comment pouvons-nous à ce point n’avoir rien compris à ce 29 janvier 2017? Combien de temps nous faudra-t-il encore avant d’affronter nos démons et de tirer les conséquences qui s’imposent en matière d’éthique de nos discours sociaux, médiatiques et politiques? Il y a trois ans, le vivre ensemble au Québec a été considérablement « blessé » par le passage à l’acte de l’un des nôtres. Pour guérir, il faudrait oser regarder en quoi ce geste funeste peut être lu comme le symptôme extrême d’un mal sournois couvant dans notre corps social. 

Malheureusement, nous semblons loin d’une telle introspection. Si bien qu’autant dans l’espace public que dans le privé, nombreux sont celles et ceux qui continuent de se complaire — comme si de rien n’était — dans la répétition compulsive de stéréotypes aussi mortifères qu’obscènes.

Ibrahima Barry, Mamadou Tanou Barry, Khaled Belkacemi, Abdelkrim Hassane, Azzedine Soufiane et Aboubaker Thabti, sachez malgré tout que vos noms sont gravés en nous pour toujours.


 
48 commentaires
  • Raymond Labelle - Abonné 29 janvier 2020 03 h 04

    Et aussi une grande leçon à retenir sur l'intimidation.

    AB avait été victime d'intimidation quotidiennement au primaire et au secondaire de façon intense, sans que les autorités scolaires n'agissent de façon efficace. Il est certain que cela a été un facteur déterminant dans la perpétration des actes d'AB - qui avait failli passer à l'acte dans un centre d'achats et a plutôt choisi plus tard la mosquée. Bien entendu, cela ne l'excuse pas, et les victimes sont parfaitement innocentes des sévices subis par AB, mais sans ce laissez-faire face à l'intimidation, ces gens n'auraient sans doute pas été tués. Sans compter les souffrances des intimidé.es qui ne deviennent pas des assassins et dont certain.es même se suicident.

    Ceci tout en reconnaissant qu'un parfum d'hostilité envers les musulman.es flottant dans la société dans une partie de la population a été un facteur déterminant dans le choix de ses victimes.

    • Marc Therrien - Abonné 29 janvier 2020 09 h 33

      Comme disait Jacques Lacan : «Ça parle là où Ça souffre». Cette fois, ce tueur de masse était "des nôtres" et est devenu le patient (ou fou) désigné de notre société, le symptôme exacerbé que «Ça ne va plus» pour certains hommes. Il est facile d’interpréter qu’un grand sentiment d’impuissance voire de virilité réduite à zéro s’est transmuté dans le geste de la plus grande puissance que l’on puisse imaginer, c’est-à-dire le meurtre d’une masse de personnes par mitraillage, un véritable retour du refoulé qui atteint un paroxysme de jouissance. Il est devenu quelqu'un qui laissera sa trace dans "notre" histoire.

      Il est certes tentant de s'en remettre à la maladie mentale individuelle pour se donner une explication rassurante. Cependant, la psychiatrie n’est pas encore une science aussi précise et exacte que l’est (peut-être) la médecine physique. En s’aventurant dans la sociologie, la psychiatrie sociale créera du sens en y allant d’interprétation du réel comme le faisait la psychanalyse qui compte parmi ses ancêtres. Le déterminisme multifactoriel des troubles psychiques se confirme de plus en plus et il manque encore une théorie générale des rapports entre troubles mentaux et société. Ceci dit, en attendant, votre interprétation sensible et intuitive de l’affaire Bissonnette me convient.

      Marc Therrien

    • Raymond Labelle - Abonné 29 janvier 2020 11 h 07

      "Le déterminisme multifactoriel des troubles psychiques se confirme de plus en plus et il manque encore une théorie générale des rapports entre troubles mentaux et société." MT. C'est vrai - bon de le mentionner. Et même la notion de déterminisme, et son degré, pose question. AB aurait pu ne pas commettre cet acte mais, comment dirais-je, il y aurait eu moins de chance qu'il le fasse s'il avait grandi dans d'autres conditions.

      N'empêche, dans ce cas précis, il est raisonnable de croire que ce facteur a eu beaucoup de poids: une intimidation et de l'humiliation constante et quotidienne pendant des années cruciales de croissance, de celles où on se forme - de l'âge de 6 ans jusqu'à l'âge de seize ans. J'ai compris que vous étiez d'accord avec moi pour ce cas particulier M. Therrien.

      Mon message: prendre l'intimidation au sérieux - il y a eu ici négligence des autorités scolaires. Et pas seulement pour ne pas former des assassins, aussi pour la souffrance de celles et ceux qui n'en deviendront pas.

      Et des éléments sociaux y sont certainement pour quelque chose dans le choix de ses victimes, j'en conviens aussi.

    • Raymond Labelle - Abonné 29 janvier 2020 11 h 54

      Et toutes les influences de AB, qui suivait l'actualité de près, ne sont pas si québécoises - comme par exemple cet esprit d'avoir une arme semi-automatique... Merci à Mme Françoise Labelle de cette précision (plus détaillée et avec d'autres, voir ci-dessous pour l'intégrale).

  • Gilbert Troutet - Abonné 29 janvier 2020 04 h 12

    Un peu de retenue

    Si l'on vous suit sur ce sentier dangereux, c'est toute la société québécoise qui serait devenue raciste. Et votre allusion à la loi 21 sur la laïcité ne fait que confirmer mon interprétation de vos propos.
    Cet attentat était le fait d'un désaxé, comme l'était la tentative d'assassinat de Pauline Marois à Montréal. Comme l'était aussi le massacre de Polytechnique. De là à mettre en cause toute une société, il y a quelques pas que n'hésitent pas à franchir certains groupes de propagande et de médias anti-Québec.
    La leçon à tirer de ce genre d'événement, c'est qu'il ne faut pas tolérer l'intolérance. Or, on rapportait dernièrement les propos d'imams prônant un islam rigoriste au Québec (en contravention flagrante avec nos droits civils et sociaux), ce qui n'est pas pour contribuer à ce « devenir commun » que vous appelez de vos voeux.

    • Raymond Labelle - Abonné 29 janvier 2020 08 h 42

      "Et une part de notre classe intellectuelle et politique, abdiquant tout sens du droit et de la justice, s’est enfoncée dans le gouffre de la paranoïa envers les signes religieux, du mépris des minorités, de l’instrumentalisation de la laïcité et des fantasmes sur l’immigration." L'auteur.

      La distinction entre classe intellectuelle et la classe politique mériterait d'être faite. On ne peut pas accuser d'office la classe intellectuelle des errements de la classe politique.

      L'auteur devrait préciser qu'on peut être pour l'interdiction de signes religieux dans les circonstances limitées prévues à la L21 pour des raisons qui n'ont rien à voir avec l'hostilité envers quelque religion que ça soit et seulement à cause de la façon dont on croit que l'État devrait manifester sa neutralité religieuse.

      On peut ne pas être d'accord avec Guy Rocher ou Nadia el-Mabrouk, ou M. Legault, mais on ne peut pas les accuser, même moralement, d'inciter au meurtre.

      Je le dis tout en reconnaissant que des gens appuient cette loi aussi pour de mauvaises raisons, ce qui est une instrumentalisation de la laïcité, il est vrai - ce qui ne veut pas dire en soi que cette loi est mauvaise. Elle ne doit être examinée qu'à son mérite. L'auteur ne dit peut-être pas le contraire, il ne parle que d’une « part » (laquelle?) de la classe « intellectuelle et politique », mais il y a un flou qui sème le doute.

      Par ailleurs, les mots "fantasmes sur l'immigration" sont très vagues et il n'est pas clair ce que l'auteur veut dire dans une matière complexe où le diable se cache dans les détails et quant à laquelle une discussion sereine pourrait se tenir. On ne sait pas quel intellectuel il accuse de quoi précisément (je ne mettrais pas le gouvernement caquiste dans la catégorie "intellectuel"), mais on sait que l'accusation est grave.

      L'invitation de l'auteur à mesurer ses propos est pertinente et bienvenue. Surtout lorsque la matière est incendiaire. On doit aussi pratiquer ce qu'on prêc

    • Nadia Alexan - Abonnée 29 janvier 2020 09 h 59

      Vous avez raison, monsieur Gilbert Troutet. Les propos de l'auteur qui accuse la société québécoise de racisme démontrent sa démagogie. Il essaye d'associer les meurtres de Québec avec la loi 21, qu'il qualifie d'identitaire et de xénophobe.
      Une fois de plus, l'auteur, Marco Veilleux, n'a rien compris. C'est effectivement la loi 21 qui assure que toutes les religions sont respectées dans un état laïque. C'est la neutralité de l'état qui assure que tous les groupes ethniques et religieux reçoivent le même traitement et les mêmes services que tous les citoyens, sans l'imposition d'une religion sur les autres.
      La tolérance se pratique des deux côtés, monsieur Veilleux. Il me semble que vous n'êtes pas au courant de la haine contre les mécréants que quelques imams islamistes prêchent. Êtes-vous au courant qu'ils considèrent un pêché de tendre la main à une femme en guise de salutation? De décourager les croyants de souhaiter le bonheur à un mécréant pour une fête religieuse? Informez-vous de ces pratiques barbares avant de calomnier toute une société, la plus accueillante en Amérique du Nord. L'on a le droit de critiquer toutes les religions et toutes les idéologies sans se faire accuser de racisme, d'islamophobie et d'intolérance.

    • Pierre Desautels - Abonné 29 janvier 2020 10 h 59



      @ Gilbert Troutet

      "Si l'on vous suit sur ce sentier dangereux, c'est toute la société québécoise qui serait devenue raciste."

      Vous êtes de mauvaise foi. Nulle part dans son texte, Marco Veilleux n'écrit cela. Ce sont vos propres interprétations, pour soutenir votre idéologie. Pas fort.

    • Gilles Théberge - Abonné 29 janvier 2020 13 h 55

      @Pierre Désautels

      C'est curieux tout même vous trouvez pas? Moi, après avoir lu l'article de monsieur Veilleux, c'est ce que j'ai compris... Battons notre coulpe à coups redoublés et demandons à notre gouvernement de répudier sa loi 21. C'est à peu près ça et ça vole pas plus haut que ça. On se croirait à un congrès de QS...

      Je me demande bien qui est de « mauvaise foi ».

      Misère, comme dirait l'autre !

    • Pierre Desautels - Abonné 29 janvier 2020 16 h 13


      @Gilles Théberge

      C'est ce que vous avez compris? Justement, comme Gilbert Troutet, vous n'avez rien compris. Il faudrait mieux relire le texte de Marco Veillleux.

    • Cyril Dionne - Abonné 29 janvier 2020 17 h 14

      Non seulement M. Troutet a raison Mme Alexan, mais Marco Veilleux a un parti pris dans toute cette affaire. C’est un religieux aux accents jésuites tout comme notre fossoyeur multiculturaliste des Canadien français, Joseph Philippe Pierre Yves Elliott Trudeau, qui ne voit pas d’un bon œil que l’État devienne completement laïque et dénoué de toute référence religieuse. Il part de l’Attentat de Québec pour diaboliser la loi 21 puisqu’elle lui enlève tout pouvoir futur au sein de la sphère étatique. Évidemment pour lui, si vous êtes d’accord avec la laïcité ou l’absence d’amis imaginaires dans la sphère étatique, vous êtes xénophobe, islamophobe et « religiophobe ». Franchement. On voit des relents de la très sainte Inquisition faire surface à la sauce Québec solidaire.

      On critique les religions dogmatiques, démagogiques, doctrinaires basées sur la misogynie, l’homophobie et non les personnes parce qu’elles ne sont que idées qui doivent non seulement être débattues, mais peuvent être ridiculisées dans une démocratie. Les enfants de quatre ans nous en content des histoires plus plausibles avec leurs amis imaginaires. Sinon, nous en sommes dans instance théocratique où toute critique est passable de blasphème et donc, légalement, punissable par la loi comme en Iran, Irak, Arabie saoudite et j’en passe. Et c’est toujours le réflexe « Adil Charkaoui » qui fait son apparition parce qu’eux possède la vérité absolue dictée par un ami imaginaire de l’éther sidéral et tous le reste du monde est dans le champ.

      Oui, misère.

    • Christian Montmarquette - Abonné 29 janvier 2020 18 h 52

      @ Gilbert Troutet,

      "Cet attentat était le fait d'un désaxé... Comme l'était aussi le massacre de Polytechnique." - Gilbert Troutet

      Il est franchement consternant, pour ne pas carrément dire choquant, d'entendre encore de tels propose en 2020, quand on sait que la tuerie de la polytechnique était un crime clairement perpétré contre des femmes et qui visait Mme Pelletier par-dessus le marché.

      Ce n'est pas en niant ces réalités, et ce, autant sur la misoginie que le racisme, qu'on aidera le Québec à s'en sortir.

      Le tireur a exprimé sa haine pour les féministes - Radio-Canada, 6 décembre 2019

      Lorsque Marc Lépine, 25 ans, est entré dans une salle de classe pleine d'élèves de l'École polytechnique ce jour-là, il a séparé les hommes des femmes. Vous êtes toutes féministes et je déteste les féministes, a-t-il crié, avant de commencer à tirer. En moins de 20 minutes, il a tué 14 femmes sur le campus..

      Mme Pelletier explique que pour de nombreuses années après la tuerie, certains Québécois résistaient à y voir plus qu'un simple geste isolé d'un homme troublé et résistaient à reconnaître l'évidence : femmes et féministes étaient visées.

      https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1420093/perception-attentat-ecole-polytechnique-montreal-change-30-ans-apres

  • Serge Lamarche - Abonné 29 janvier 2020 05 h 31

    Quelle importance?

    Les actes haineux et absurdes de désaxés sont multiples et frappent de tous les côtés. Des enfants sont tués même, ce qui semble être sans bon sens au plus haut point. Alors, s'il n'y a pas un type d'attentat qui domine, quelle importance sociétale cet attenta aurait-il? Autre que de dire que des désaxés peuvent devenir plus méchants que d'ordinaire.

  • Robert Henri - Inscrit 29 janvier 2020 05 h 51

    Du gros n'importe-quoi multiculturaliste

    Il y a bien sur cet attentat qui a effectivement «blessé» ce fameux «vivre ensemble» mais il était déjà fragilisé ce vivre ensemble par le multiculturalisme de Justin Face-de-Rat Trudeau. Ce multiculturalisme est exactement à l'opposé de l'interculturalisme québécois et provoque les frictions . Les auteurs de ce torchon parlent d'«obsessions identitaires qui nous occupent jusqu’au délire», «d’agitateurs», d'«opinions xénophobes, islamophobes et religiophobes». C'est donc à nous à nous adapter à ces exigences, Nous devons faire notre acte de contrition, demander pardon, leur ouvre tout grand les bras, voire nous convertir à l'islam.

    Délire identitaire, vraiment ? Quand depuis 250 ans on cherche à te faire perdre ton identité pour te laisser assimiler à une autre, défendre sin identité devient une poriorité qui n'a rien du délire.

    Un étudiant en théologie ? Un Libéral «trudeauesque» multiculturaliste en vérité.

    • Denis Drapeau - Abonné 29 janvier 2020 08 h 15

      @ Robert Henri

      Je ne comprends pas que dans Le Devoir on laisse passer ce genre de commentaire (Justin Face-de-Rat Trudeau) et je le déplore. Je n'apprécie ni Trudeau ni le multiculturalisme mais c'est à cette idée qu'il faut s'en prendre, pas à l'individu. Quant à l'interculturalisme , ce n'est que du multiculturalisme qui tente de se dissimuler sous un fleur de lys.

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 29 janvier 2020 09 h 47

      Chapleau dessinait Dion de cette façon (en rat). Et c'était un caricaturiste émérite.

      Le problème c'est que même si c'est une insulte, « face-de rat » est une expression consacrée. C'est la personne qui est attaquée et non un groupe. Le problème c'est aussi qu'une politique (une idée et un projet), maléfique pour les Québécois, leur minorisation, est dissimulée derrière de bons sentiments (l'ouverture, le souci des minorités linguistiques et tout le fatras), et Trudeau incarne cette hypocrisie. Je serais d'accord avec vous si un chroniqueur avait écrit une telle chose, mais dans la mesure où l'on n'est pas dans la propagande haineuse, on doit accepter de tels commentaires.

      Je vous encourage donc à déplorer le commentaire, sans pour autant déplorer qu'il soit diffusé, parce que si l'on ne peut attaquer « un individu » qui demeure malgré tout le personnage le plus puissant du pays, on est dans le trouble. Si la satire est interdite (ou censurée), on n'a plus grand place pour la liberté d'expression et c'est la démocratie qui va en souffrir.

      Je vous invite à lire cette interprétation, du Musée Meccord de l'image de Dion en rat : « Pour se réconcilier avec l'électorat francophone, certains leaders fédéralistes ont développé le concept de « foyer principal de la langue et de la culture françaises en Amérique » comme solution de rechange au concept de « société distincte » présent dans l'accord du lac Meech. Ce « nouveau » concept est interprété par la plupart des dirigeants politiques québécois comme une tentative de repositionnement artificielle et essentiellement cosmétique.»

      Trudeau est l'incarnation ultime de ce principe, donc ce n'est pas le faciès qui est jugé ici, mais bien le comportement et l'attitude. Monsieur Henri n'en est peut-être pas conscient, mais ça traduit la force du mythe. Un traitre ou un fourbe est un rat. Un certain inconscient collectif l'associe à cet animal.

      Source : http://collections.musee-mccord.qc.ca/scripts/prin

    • Marc Therrien - Abonné 29 janvier 2020 09 h 52

      Parlant de délire identitaire, il s’en trouvera peut-être qui seront intéressés à revisiter les travaux de Clérambault et Lamache sur la «folie à plusieurs » pour continuer d’essayer de déchiffrer les mécanismes inscrivant le délire dans un système de langage communicant et partagé. Les délires, autrement dit les convictions et sentiments, se transmettent, mais non les psychoses qui sont les mécanismes génétiques et biologiques par lesquels les personnes les plus vulnérables, hypersensibles et hyper concernées, en font une production personnelle exacerbée et spectaculaire. Le contenu des délires sont toujours culturels.

      Marc Therrien

  • Gilles Simard - Inscrit 29 janvier 2020 06 h 33

    Non mais ! Quel rabâchis de lieux communs !

    Holà, l'équipe éditoriale du Devoir !...

    Forcez-vous un peu, que diable ! Quand on aborde un sujet aussi sensible et aussi complexe que la " commémoration " de la tuerie de la Mosquée de Québec, c'est quoi l'idée de privilégier une "seule" lettre d'opinion qui ne présente à peu près aucune nuance, ni distance raisonnable, ni point de vue opposé, en pareille matière?... On parle ici de la lettre d'un étudiant en théologie qui semble être le pur produit de cette époque du cours ECR, où l'on prenait la complaisance et la béatitude comme mesures de base pour soit-disant former des esprits critiques en matière de religion et de vivre-ensemble... La belle affaire, va !

    L'étudiant Veilleux ici, outre de de nous rejouer la complainte du racisme, de la xénophobie et de l'intolérance des Québécois-es, pour que l'on se sente une culpabilité bien cuite et la plus mâtinée possible, nous réassène aussi le la rengaine usée à la corde des radios poubelle, de l'extrême-droite et de la Meute, comme si on ne pouvait pas être athée, agnostique, pro-laïcité, pro-loi 21, pro-nationalisme et pro-Québec, sans être automatiquement influencés par les idées extrémistes et les voix de crécelle des précédents, et comme si nous ne pouvions pas non plus demeurer critiques des errements et des bévues de la CAQ dans ses politiques.
    Franchement !... À d'autres, oui ! Et vivement, qu'on arrête donc une fois pour toutes de confondre "race" et "religion" en assimilant l'islamisme rigoriste des uns-es à l'ensemble des Musulmans-es du Québec et du Canada qui pratiquent leur Islam "modéré" en privé, ou qui sont agnostiques ou athées.
    Parler, échanger, expliquer, débattre sereinement et réfléchir collectivement pour mieux comprendre pareil drame et ses causes, oui!
    Endosser " collectivement" le crime abonimable d'un pauvre type déséquilibré en mal de célébrité, et partant, se soumettre aux billevisées d'un islamisme jamais à court de moyens pour faire avancer son agenda politique, non !
    Ça suf

    • Denis Drapeau - Abonné 29 janvier 2020 08 h 18

      @ Gilles Simard
      Bravo, tout est dit et bien dit.!

    • Jean Jacques Roy - Abonné 29 janvier 2020 10 h 54

      « Parler, échanger, expliquer, débattre sereinement et réfléchir collectivement pour mieux comprendre pareil drame et ses causes, oui!«  G. Simard

      Monsieur Simard, j’abonde dans le même sens que vous: il faudrait en arriver à parler, échanger, expliquer et débattre sereinement... du drame du 29 janvier 2017 et des facteurs qui sont en cause.
      Du même coup, vous reprochez à cet étudiant de ne pas le faire! Sans doutes avez-nous raison, cettre lettre fait davantage appel au sentiment de « culpabilité » qu’à une invitation à une reflexion critique.

      Mais, au cours de ces trois dernières années, est-ce qu’un « débat serein » a été amorcé? Le débat n’a pas eu lieu. Le 29 janvier 2017 est devenu une « affaire » judiciaire qui se résume au nombre d’années d’imprisonnement auquel est condamné un jeune présenté comme un « desaxé », VICTIME lui-même « d’intimidation »!

      Vous reprochez au Devoir de ne pas avoir publié une lettre ou quoi d’autres écrits qui amorceraient la réflexion critique que vous souhaitez! Soit. Ce qui serait vraiment souhaitable et qui ferait contre poids aux propos incitant à la xénophobie et ou à l’islamophobie qu’on rencontre trop souvent dans les chroniques des medias de l’empire Péladeau.

      Il faudra bien un jour aborder de façon rationnelle ce qui est en cause sous le drame vécu à la grande mosquée de Québec. Mais pour cela, il faudra que les intervenants admettent que la xénophobie et l’islamophobie sont des idéologies agissantes... et arrêter d’en faire soit la généralisation, soit la dénégation.

    • Gilles Théberge - Abonné 29 janvier 2020 14 h 17

      @Jean-Jacques Roy

      Je suis presque tombé en bas de ma chaise. Vous écrivez : « Ce qui serait vraiment souhaitable et qui ferait contre poids aux propos incitant à la xénophobie et ou à l’islamophobie qu’on rencontre trop souvent dans les chroniques des medias de l’empire Péladeau »...!

      Quoi ? Êtes vous sérieux...? Vous pensez ça sérieusement !

      Je pense que que Le Devoir s'est gouré deux fois :
      - La première en publiant cette lettre de monsieur Veilleux, l'étudiant en Théologie...
      - La deuxième en publiant votre commentaire. Qui est une accusation gratuite et grave...

      Plus ça va, plus Le Devoir ressemble à ce qu'on appelait dand le temps un journal d'une couler... indéfinissable.

    • Pierre Desautels - Abonné 29 janvier 2020 16 h 22

      @Jean Jacques Roy

      "Ce qui serait vraiment souhaitable et qui ferait contre poids aux propos incitant à la xénophobie et ou à l’islamophobie qu’on rencontre trop souvent dans les chroniques des medias de l’empire Péladeau."

      Vous avez raison, Monsieur Roy. Le journal de Montréal, entre autres sous-produits de l'Empire, est un tabloïd de bas étage qui est une honte pour le journalisme...

    • Jean Duchesneau - Inscrit 29 janvier 2020 18 h 16

      Ne pouvant cliquer un '"j'aime". J'indique que j'appuie votre point de vue M.Simard.