Le pouvoir ou l’indépendance? Les deux.

«Le slogan
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne «Le slogan "OUI" que j’ai choisi est non équivoque quant à mon intention: lancer dès maintenant une campagne pour réhabiliter l’idée d’indépendance et donner le goût de l’aventure collective», écrit l'auteur.

Dans la foulée de mon lancement de campagne à la direction du Parti québécois, j’ai pris l’engagement de m’adresser à l’ensemble des Québécois en misant, notamment, sur le déclenchement d’une consultation populaire menant à l’indépendance lorsque le Parti québécois formera le gouvernement.

Le slogan « OUI » que j’ai choisi est non équivoque quant à mon intention : lancer dès maintenant une campagne pour réhabiliter l’idée d’indépendance et donner le goût de l’aventure collective. Le OUI témoigne aussi du fait que je veux faire une campagne positive. On peut le décoder comme : Oui, on est capables. Oui, on est bons. Oui, c’est possible, on peut y arriver.

À cette proposition, plusieurs objectent l’impossibilité pour le Parti québécois de prendre le pouvoir en 2022 tout en assurant vouloir consulter les Québécois sur un projet de pays. Or, il n’y a pas de dilemme entre reprendre le pouvoir ou proposer l’indépendance. On peut gagner une élection et réussir l’indépendance.

Dans le contexte où toute une génération n’a jamais entendu parler d’indépendance (ou si peu), où quatre partis se disputent le pouvoir et où le Parti québécois n’a obtenu que 17 % des voix lors des dernières élections, il est clair que le PQ ne pourra offrir une solution de remplacement à la CAQ en se présentant comme un parti de gouvernance dépourvu de son âme. Il ne gagnera pas en jouant les éteignoirs.

3e référendum

La seule manière pour le PQ de reprendre le pouvoir, c’est de réhabiliter la légitimité et l’enthousiasme de l’idée d’indépendance. Cela implique d’en parler sans détour, avec fierté, franchise et humilité. Il y a une réserve inexploitée d’énergie en faveur du pays au Québec. Je veux la libérer. C’est la conclusion à laquelle je suis arrivé, et c’est également la conclusion à laquelle en sont venus les militants du parti lors du congrès de refondation de novembre 2018.

Il en va de l’identité du Parti québécois, mais aussi de la prise en compte d’un nouveau contexte politique. Alors qu’en 2018 la question de l’urne a porté sur la manière la plus certaine de congédier les libéraux, l’élection de 2022 sera tout autre. Avec le Parti libéral de retour dans l’opposition et les Québécois qui retrouvent le goût du Québec, je ne vois tout simplement aucune raison de repousser à nouveau l’échéance. Au contraire, nous perdrions une occasion de mettre en valeur notre option fondamentale.

Chaque jour, le Canada se disloque un peu plus. Ce pays se construit sans nous. Les relations entre le Québec et le gouvernement fédéral vont tôt ou tard se heurter à un mur, comme en témoigne le refus catégorique que le Canada oppose à chacune des demandes du gouvernement Legault. J’en suis profondément convaincu : un troisième référendum aura lieu. C’est une question de pouvoir défendre nos intérêts, notamment en ne consentant pas à des oléoducs imposés, à l’invalidation et à l’affaiblissement de nos lois, au mépris et aux accusations anti-québécoises non fondées.

C’est une question de survie linguistique et culturelle, car les institutions canadiennes affaiblissent les francophones et contribuent à leur assimilation partout au Canada, y compris au Québec. C’est une question de se libérer de la culture du mensonge que nous imposent les politiciens fédéralistes, tant à Ottawa qu’à Québec. C’est une question de défendre nos intérêts et notre démocratie adéquatement dans le contexte d’une mondialisation qui supprime graduellement la capacité des peuples à s’autodéterminer. C’est également une question de justice à la lumière des 200 dernières années. Une question de ne pas laisser l’échec en héritage.

Je suis persuadé que nous entrons dans un nouveau cycle politique où l’on pourra à nouveau se poser la question : est-ce que le Québec devrait être un pays ? Je veux laisser à mes enfants autre chose que la dévalorisation, le déclin et l’instabilité générée par le régime fédéral. C’est pourquoi je veux régler cette question pour de bon. Pour que nous puissions passer à autre chose. Pour que nous puissions passer à la normalité, une fois pour toutes. La seule manière de redémarrer cette discussion fondamentale et légitime, c’est de nous rassembler, de rebâtir la coalition du Parti québécois et de fixer un objectif clair et concret : un nouveau pays nommé Québec.


 
29 commentaires
  • Raymond Labelle - Abonné 28 janvier 2020 03 h 22

    PSPP: référendum dès le premier mandat.

    Sous la direction de PSPP, aux élections générales, le PQ solliciterait de la population le mandat de faire un référendum sur l'indépendance pendant son premier mandat.

    Beaucoup de mots pour le dire, mais c'est clair.

    • Cyril Dionne - Abonné 28 janvier 2020 10 h 00

      Oui, nous entrons dans un nouveau cycle politique. L’élection du Bloc québécois qu’on disait comme mort en est la preuve. Même si la plupart des nationalistes en 2018 sont allés vers la CAQ faute de mieux, ceux-ci seraient plus enclins à entendre un discours pragmatique dénoué de clauses existentielles comme la droite et la gauche. Le virage à gauche toute pour faire une alliance avec le parti extrémiste de Québec solidaire qui carbure au politburo en ont laissé plusieurs à se demander où on s’en allait avec tout cela. Et oui, le gouvernement Legault va frapper un mur bientôt avec toutes les interdictions émanant du pouvoir centralisateur et multiculturaliste d’Ottawa.

      Tant et aussi longtemps qu’on parlera français au Québec, l’idée de l’indépendance sera omniprésente même si celle-ci est en dormance présentement. Les Québécois veulent être des citoyens à part entière et en pleine possession de leur avenir et non des Tanguy. Non merci au mondialisme et multiculturalisme d’un pays étranger qui ne produisent que des citoyens du monde et de nulle part. Sans être fermés, notre identité et nos valeurs ne sont pas négociables et nul besoin de se renier pour s’ouvrir aux autres.

      Oui, il faut parler d'indépendance à la prochaine élection.

    • Claude Bariteau - Abonné 29 janvier 2020 04 h 42

      M. Labelle, je ne décode pas comme vous les mots de M. PSPP dans ce texte.

      Il dit « prendre l'engagement de m’adresser à l’ensemble des Québécois en misant, notamment, sur le déclenchement d’une consultation populaire menant à l’indépendance lorsque le Parti québécois formera le gouvernement ».

      Pour moi, déclencher une consultation populaire si le PQ forme le gouvernement consiste à vérifier si l'eau est favorable pour tenir un référendum. Lorsqu'il fut candidat une première fois, il avait dit qu'il tiendrait un référendum si 45 % des gens appuyaient l'indépendance. Là, il n'a fait qu'enlever le 45 % dans sa consultation.

      Cela dit, il s'engage par contre à parler d'indépendance et le fait en référence à la culture, la langue, la justice, l'histoire sans faire écho à l'économie et à l'absence du Qubec, comme pays, dans les accords signés par le Canada, ni en mettant de l'avant une citoyenneté québécoise différente d la canadienne, encore d'un régime républicain, la seule alternative au monarchisme constitutionnel au Canada.

      M. Dionne a raison de parler de citoyenneté avec l'indépendance. M. PSPP n'en dit pas un mot. Pourtant c'est fondamental.

  • Serge Lamarche - Abonné 28 janvier 2020 04 h 49

    Oui, non?

    J'appuie que le PQ dise oui à l'indépendance. Ça va aider à voir plus clair et à voter pour les autres partis.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 28 janvier 2020 12 h 32

      Ce fanatisme vous empeche d'avancer et nous fait reculer.

    • Marc Therrien - Abonné 28 janvier 2020 18 h 15

      Et ça rendra plus intéressante la lutte entre le PQ et QS pour déterminer qui siégera comme 2ième opposition à l'Assemblée nationale.

      Marc Therrien

  • Léonce Naud - Abonné 28 janvier 2020 07 h 55

    L’obsession référendaire, ou jouer l'avenir de la Nation au poker

    Pour quelle raison le Québec ne pourrait-il pas devenir Maître chez lui « à la canadienne » ? Le Canada d’aujourd’hui n’est rien d’autre qu’une ancienne colonie Britannique devenue un Dominion puis graduellement un pays, un peu chambranlant mais pays quand même, avec une armée, une marine et une aviation. Bref, les vraies affaires.

    Il y a un siècle, une poignée de Canadiens anglais ont consacré leur vie à faire du Dominion of Canada une entité politique indépendante de la Grande-Bretagne. Le tout s'est finalement réalisé sans que personne ne pense à organiser quelque référendum que ce soit. D'ailleurs, avoir demandé à la population canadienne si elle désirait se séparer de la Grande-Bretagne, la majorité aurait très probablement répondu non, en commençant par les Canadiens-français.

    Écoutons ici en 1963 le Premier ministre du Québec, Jean Lesage : « Les Canadiens français ont, dans l'ensemble, toujours perçu la Couronne [d’Angleterre] comme leur protectrice. Les Canadiens français seraient les derniers à s'intégrer aux États-Unis. Ils demeureront dans le Commonwealth ». D’ailleurs, lors du coup de force de Pierre Trudeau en 1982, le gouvernement de René Lévesque fut opposé à la rupture du lien colonial qui unissait encore le Canada à la Grande-Bretagne.

    Certains pays naissent de coups de poker. La plupart doivent cependant leur existence à des chefs qui préfèrent jouer aux échecs qu'au poker. D'ailleurs, qu'est-ce au juste que le jeu d'échecs ? Un roi, une reine, des tours, des cavaliers, des fous pas si fous que çà, des troupes, des stratégies. De quoi donner des idées…

    • Réjean Martin - Abonné 28 janvier 2020 09 h 19

      force est de constater, Monsieur Naud, que vous avez pas mal raison. Et ensuite je pense à toute l'opposition qu'il y aurait à un Québec-pays dans le reste du Canada; autement dit, ce reste du Canada n'en finirait jamais de nous mettre des bâtons dans les roues...

    • Raymond Labelle - Abonné 28 janvier 2020 09 h 43

      L'indépendance effective du Canada a été un glissement assez naturel suite au gain de la responsabilité ministérielle (reconnaissance effective de la souveraineté du Parlement) sous Lord Elgin en 1848. L'indépendance du Québec, si elle advenait, ne se récolterait pas de façon aussi naturelle comme un fruit mûr.

    • Jean-François Trottier - Abonné 28 janvier 2020 10 h 01

      M. Naud,

      Très intéressant! Riche idée qui, je le crains, est toute théorique.

      Il y a de grandes différences entre l'Empire de Victoria et celui de PET.
      La Grande-Bretagne est loin.
      Le Canada est un Empire à la mode de l'URSS, très continental, qui dévore le terrain et veut le conserver avant tout.

      Ensuite, la GB a érigé son Empire sur l'idée de laisser les gens à leurs habitudes, plus ou moins. Je crois que c'est en Inde qu'est née l'idée du multiculturalisme avant l'invention du mot bien sûr. Elle s'y est plus ou moins faite l'alliée des religions pour prendre les richesses avec leur bénédiction. Les religions sont un bon moyen de miner toute idée de révolte basée sur une "raison supérieure" quand on détient ladite raison supérieure.
      Elle en a fait autant ici avec le catholilcisme, jusqu'au moment de la rupture des Québécois envers l'Église. Depuis, c'est une brisure tant langagière que morale qui s'érige entre le Québec et le ROC.
      Le discours anglais bourré de "ça-va-sans-dire" ne fonctionne pas ici. Aucune connivence ne dépasse l'Outaouais.
      Le ROC s'en trouve obligé de faire montrer son dédain (euphémisme flagrant) pour les Québécois, toujours dans le but de garder la terre. Empire continental.
      D'où les accusations de racisme qui pleuvent de partout. Quant à la poutre, hein...

      D'autre part, le vrai pouvoir se trouve entre les mains d'Ottawa, dont les bras sont à Toronto et le coeur à Chicago. Exactement le contraire de ce qui existait dans l'Empire de GB.
      Il n'arrive pas une journée sans qu'Ottawa prenne plus de pouvoir sur les provinces, les unes parce qu'elles y consentent, une seule malgré sa volonté.
      Pour le moment, c'est le contraire de ce que vous suggérez qui se vit, et je ne vois pas comment inverser la vapeur.

    • Léonce Naud - Abonné 28 janvier 2020 11 h 27

      Cher M. Labelle : un lettré racé comme vous l’êtes connaît assurément le vieil adage : « Quand deux esclaves se rencontrent, ils disent du mal de la liberté ». Par ailleurs, il se trouve des gens pour dire du mal de la liberté même quand ils sont seuls.

  • Anne Arseneau - Abonné 28 janvier 2020 09 h 08

    «Nous entrons dans un nouveau cycle politique» - PSPP

    Enfin ! Ça suffit, le mépris de notre culture, de notre langue et de nos valeurs. Ça suffit, les insultes, la dévalorisation et l'annihilation de notre démocratie.

    Message aux indépendantistes : Ça suffit, la division, le coupage de cheveux en quatre et les chichis.

    Il faut enfin passer à l'étape du pouvoir et de l'indépendance !

    Bravo, monsieur SPP !

  • Monique Girard - Abonnée 28 janvier 2020 09 h 29

    La fierté, tout simplement !

    Je constate que le message de monsieur Plamondon est simple et clair et cela soulève chez moi, un sentiment agréable de retrouver la fierté. Être tout simplement fier d'être québécois et surtout fier de parler français, cette langue si belle et riche. Il faut arrêter d'attendre que le Canada anglais nous reconnaisse. On n'a qu'à voir la course au leadership du parti conservateur fédéral. Ils nous le disent franchement: pourquoi un chef bilingue, ce n'est pas nécessaire ? Le Québec francophone diminue démographiquement au Canada, il faut arrêter de faire du déni. Il faut arrêter de louvoyer. Soyons bien chez nous au Québec et accueillons fièrement toutes les autres personnes provenant de partout sur la planète qui veulent se joindre à nous ? Nous avons beaucoup à offrir et ces personnes aussi: ensemble, nous ferons un Québec fier !

    • Gilles Théberge - Abonné 28 janvier 2020 13 h 34

      Idem. Je pense la même chose que vous.

    • Léonce Naud - Abonné 28 janvier 2020 17 h 48

      Mme Girard : la fierté ne vous mènera nulle part sans la force.