Commémorer l’Holocauste afin de lutter contre l’antisémitisme

«La haine, l’intolérance et les préjugés qui ont engendré la Shoah n’ont pas disparu», croit l'auteur.
Photo: Markus Schreiber Associated Press «La haine, l’intolérance et les préjugés qui ont engendré la Shoah n’ont pas disparu», croit l'auteur.

Aujourd’hui, nous marquons le 75e anniversaire de la libération du camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau en cette Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste instaurée par les Nations unies.

Chaque année, nous honorons la mémoire des victimes tuées pendant la Shoah, qui se distingue comme étant probablement la pire barbarie jamais perpétrée par l’homme à l’égard de l’homme. Chaque année, nous sommes confrontés à la difficile tâche de ne pas devenir insensibles, avec le temps, à la monstruosité de la Shoah.

La leçon éternelle de la Shoah réside dans le fait que ce génocide ne s’est pas réalisé du jour au lendemain. Il a connu sa genèse dans une idéologie de la haine qui s’est développée à petit feu au coeur de l’Europe, dans l’une des civilisations des plus avancées du point de vue de la science, de la théologie, de l’industrie et des arts, dans le pays de Bach et Beethoven, de Kant et Hegel.

Cet enseignement du mépris, cette diabolisation de l’autre, c’est par là que tout a commencé. Non, la Shoah n’a pas débuté dans les chambres à gaz d’Auschwitz en 1941, mais bien avant, avec des paroles de haine de Berlin à Hambourg dans les années 1920 et 1930, les lois de Nuremberg de 1935, le pogrom de la Kristallnacht en 1938, jusqu’à ce que la « solution finale » de l’extermination systématique des Juifs européens soit formulée.

Cette transformation a pu s’accomplir principalement à cause de l’indifférence. Il est donc de notre responsabilité collective de briser les murs de l’indifférence envers toute forme de haine.

La haine, l’intolérance et les préjugés qui ont engendré la Shoah n’ont pas disparu. La recrudescence des attaques et des incidents antisémites au Canada et ailleurs montre qu’il faut continuer d’agir et de sensibiliser le public.

Les données de Statistique Canada nous confirment que les Juifs sont le groupe ethnoculturel le plus fréquemment ciblé en ce qui concerne les crimes haineux, que les crimes antisémites ont augmenté de 63 % entre 2016 et 2017 et que les années 2017 et 2018 constituent les deux années records en nombre de crimes antisémites depuis une décennie. Ces données nous rappellent la nécessité de rester fermes et de prendre des mesures décisives contre le fléau de l’antisémitisme.

Alors, pourquoi l’antisémitisme ? Les spécialistes dans le domaine le disent tous : l’antisémitisme est le baromètre de la haine dans nos sociétés. Avancer les enjeux d’antisémitisme fait avancer la lutte contre toutes les formes de racismes et de haines.

Comme gouvernement de proximité, la Ville de Montréal est sur les premières lignes dans la lutte contre la haine. Au quotidien, elle mène des actions afin de prévenir la discrimination, de promouvoir l’inclusion et de combattre les crimes et incidents haineux.

Aujourd’hui, au conseil municipal, je proposerai l’adoption d’une définition commune de l’antisémitisme formulée par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA). Bien qu’une définition puisse sembler évidente, cela a pris 12 ans pour que 31 pays puissent trouver un consensus. Cette définition assure une compréhension commune du phénomène de l’antisémitisme dans toutes ses formes, avec des exemples illustratifs.

Elle permet de s’assurer que différentes parties prenantes à la Ville de Montréal sont sur la même longueur d’onde pour reconnaître et comprendre l’antisémitisme, faciliter la collecte de données à des fins d’analyses comparatives et oeuvrer en matière de prévention et d’éducation.

Je ne peux penser à une meilleure façon d’honorer la mémoire des victimes de la Shoah qu’en adoptant une définition de l’antisémitisme qui aidera à réduire ce fléau sociétal en cette journée des plus symboliques.

37 commentaires
  • Colin Royle - Abonné 27 janvier 2020 03 h 23

    Lionel Perez se trompe

    L’IHRA est présentée comme un engagement de bonne foi pour faire la sensibilisation et combattre l'antisémitisme.
    Mais il ne s'agit pas d'une démarche de bonne foi. Son programme pro-israélien est sans équivoque. Sept de ses onze exemples qualifient d'antisémite la critique d'Israël ou du sionisme.

  • Gilbert Troutet - Abonné 27 janvier 2020 03 h 34

    Pas seulement les Juifs

    Il est certain que les Juifs ont été les premières victimes du nazisme. Mais ils n'étaient pas les seuls. Les Gitans, les homosexuels ont été aussi persécutés par le régime hitlérien. Sans parler des milliers de résistants arrêtés, torturés, exécutés ou qui sont morts en camps de concentration.

    Si l'antisémitisme réapparaît aujourd'hui, peut-être est-ce à cause du comportement israélien à l'égard des Palestiniens : un régime d'apartheid, une armée d'occupation, une violation systématique des lois internationales. Tout cela avec l'appui de nos dirigeants, en particulier les États-Unis de Donald Trump. À se comporter de cette manière, on ne s'attire pas les faveurs de l'opinion.

    • Raymond Labelle - Abonné 27 janvier 2020 14 h 36

      Ce qui particularise les Juifs (et aussi les Gitans), c'est qu'on a voulu tous les éliminer, jusqu'au dernier, et qu'on a procédé de façon scientifique.

      Par exemple, il y a eu des résistants tués et torturés, mais l'Allemagne n'avait pas décidé de tuer tous les Français parce que c'était des Français, avec une efficacité industrielle.

      Quoiqu'il en soit, si vous ne comprenez pas par vous-même est indélicat de commenter l'Holocauste en n'ayant rien de plus à dire que "vous n'avez pas le monopole de la souffrance", il ne me sert à rien d'essayer de l'expliquer.

      Et si les Gitans commémoraient la tentative de tous les éliminer jusqu'au dernier, qu'auriez-vous à leur dire - quelque chose genre: "oui, mais il y a eu plusieurs morts soviétiques?", ce qui est vrai, mais... dois-je vraiment expliquer que c'est pour le moins... indélicat?

      Je vous laisse débattre si vous voulez, si vous ne le comprenez pas vous-même, c'est peine perdue.

    • Raymond Labelle - Abonné 28 janvier 2020 04 h 39

      Si l'idée que l'on se penche plus particulièrement sur la volonté d'exterminer les Juifs vous dérange, vous pouvez toujours considérer l'Holocauste, de façon plus générale, comme l'idée de vouloir exterminer une catégorie de gens à cause de ce qu'ils sont (Gitans, par exemple), peu importe cette catégorie, et le commémorer de cette manière.

    • Raymond Labelle - Abonné 28 janvier 2020 13 h 52

      M. Troutet, dans les articles du Devoir sur le génocide arménien, le traitement des Kurdes, la ségrégation raciale aux États-Unis, le traitement des Rohyngas, et autres ignominies du genre, vous donnez-vous la peine, à chaque fois, de mentionner que chacun de ces cas particuliers ne représente pas le monopole de la souffance, ou bien ne vous donnez-vous cette peine seulement que dans les cas de volonté d'exterminer les Juifs?

  • paul Tetrault - Inscrit 27 janvier 2020 03 h 51

    La ville de Montreal ne doit adopter la définition IHRA d'antisémitisme.

    la definition IHRA de l'antisemitisme n'a rien avoir avec la lutte contre le vrai antisemitisme . C'est une arme pour faire taire certaines critiques d'Israel et par consequent elle represente une ménace pour la liberté d'expression . Elle est tres contaversée dans la communauté juive et ailleurs . 7 des examples illustratifs d'antisemitisme mentionnent l' Israel ou le Zionisme .
    Les promoteurs de la definition IHRA disent que les critiques d’Israel ne sont pas antisemites tant qu’elles sont faites dans certaines limites. Mais qui va determiner les limites? La ville de Montreal va t’elle est obligee de caractériser certains citoyens de” racistes" et d’” antisemites”parce que leurs visions du conflit en Israel/Palestine different de celle des promoteurs de la résolution?
    La lutte contre le racisme et l’antisémitisme est très importante . Elle doit encourager l’unite des citoyens ,et ne pas être basée sur une définition controversée et divisive.Je souligne aussi qu’une résolution similaire a été presentée aux conseils municipaux de Vancouver et Calgary sans toutefois avoir été adoptée dans les deux villes.

    • Raymond Labelle - Abonné 28 janvier 2020 11 h 03

      "Le certain Michaud avait-il alors pris la défense de Roux?" RL.

      Il n'avait pas à le faire - je retire ces paroles - inspirées par l'analogie entre les deux cas, mais il n'avait vraiment pas à le faire.

      Je maintiens le reste.

      Je crois que l'autocensure des médias (ils le savaient probablement) dans le cas de Dupeppe était OK - sinon, qui voudrait faire de la politique? Mais n'empêche que le contraste avec l'affaire Roux ou, plus récemment, l'affaire du blackface, par exemple, laisse songeur. Et on pourrait multiplier les exemples.

      Quand je dis les médias "le savaient probablement", je pense à cette boutade de j'oublie qui: "les journalistes passent la moitié de leur temps à taire ce qu'ils savent et l'autre moitié à parler de ce qu'ils ignorent". Bien sûr, c'est très injuste mais c'est amusant, et il y a quand même un petit quelque chose...

  • Pierre Boucher - Inscrit 27 janvier 2020 07 h 47

    Et celles là?

    Pourquoi ne parle-t-on jamais des purges staliniennes? 250 millions de déplacés, 8 millions de morts, selon certaines données.
    Un certain Michaud avait-il raison de poser la question tabou?

    • Marc Therrien - Abonné 27 janvier 2020 18 h 32

      Probablement que c'est l'achèvement apocalyptique de la 2ième guerre mondiale par les deux bombes atomiques des États-Unis qui est venu sceller la mémoire horrifiée des évènements qui y ont mené.

      Marc Therrien

    • Loyola Leroux - Abonné 27 janvier 2020 21 h 11

      Il faut parler de l'Holodomor et d'Hélène Carrère d’Encausse, Lénine, Fayard, 1998, 684 pages. Elle est la première Secrétaire perpétuelle de l’Académie française, dans son livre , Lénine, écrit ‘’ le régime qu’il a institué, plus de 100 millions de morts.’’

      Tous ceux qui se réclament de la gauche devraient lire ‘’Lénine’’ d’Hélène Carrère d’Encausse.

      (extrait de la couverture) « En dépit du bilan terrible de régime qu’il a institué – plus de 100 millions de morts --, le constat s’impose : génie politique, Lénine a été l’inventeur d’un système de pouvoir sans équivalent dans l’histoire de ce siècle. »

    • Raymond Labelle - Abonné 28 janvier 2020 04 h 49

      Mais on en parle.

      De plus, le phénomène est d'une autre nature. Les purges staliniennnes, aussi nombreux soient les morts, n'avaient pas pour but de tuer tous les Soviétiques, la bombe atomique n'avait pas pour but de tuer tous les Japonais. L'Holocauste avait pour but de tuer tous les Juifs, jusqu'au dernier. Les nazis (et d'autres avant et après) ont aussi voulu tuer l'ensemble de d'autres catégories de personnes.

    • Raymond Labelle - Abonné 28 janvier 2020 09 h 12

      Allez, on pourrait en parler plus, même si le phénomène est de nature différente, malgré une nature criminelle ayant d'aussi grandes conséquences. C'est que Staline et Mao ont eu des sympathies à la gauche chic, comme par exemple certains grands intellectuels français - c'est aussi ce qui explique que ça ait moins de conséquences.

      Par exemple, Gilles Duceppe, pendant trois ou quatre ans, de 27 à plus ou moins 31 ans (un peu vieux pour une erreur de jeunesse), alors qu'il travaillait pour la CSN (élément de responsabilité professionnelle), a milité activement pour un groupe stalinien qui, de plus, appuyait le régime de Pol Pot en pleine exécutions massives des Khmers rouges et cela n'a jamais eu d'effet sur sa carrière.

      Jean-Louis Roux, à l'âge de 19 ans (plutôt jeune), pendant un an, a porté une croix gammée sur son sarrau (il étudiait en médecine) sans avoir jamais appartenu à un groupe pro-nazi ni fait la promotion d'idées nazies, simplement comme dérision, dans le cadre de son militantisme anti-conscriptionniste. Remarquons par ailleurs l'anti-sémitisme ordinaire catho (un type différent du nazi et moins pire, allez) des collèges classiques canadiens-français, dont au Collège Brébeuf, qui aussi a fait l'objet d'une sorte de négationisme chez les CF.

      Roux a dû renoncer à son poste de lieutenant-gouverneur suite à une campagne de dénigrement de Landry et du Devoir en raison de ce seul fait.

      Le certain Michaud avait-il alors pris la défense de Roux?

    • Raymond Labelle - Abonné 28 janvier 2020 09 h 32

      Puisque vous insistez sur les traitements différentiels.

      Les crimes de la Chine maoïste s'expliquent aussi par le totalitarisme. Des millions de mort. Et il en reste beaucoup de cet esprit - les Ouïgours, les Tibétains, les exécutions sommaires et j'en passe. Et pourtant, aucun militant bien-pensant ne réclame de boycotter les produits chinois - en tout cas, pas de groupe très visible dans les médias.

      Les crimes de l'innommable Arabie saoudite - dont au Yémen. Vous avez vu une campagne de boycott?

      Bref, la liste des régimes déguelasses et assassins pourrait être longue, dont plusieurs bien pires qu'Israël.

      Et pourtant, dans les militants actifs organisés efficaces qui proposent le boycott de certains produits, Israël est le seul État visé.

      Et dans la couverture des indignations militantes les plus médiatisées et les plus courantes, ne trouvez-vous pas que les erreurs d'Israël occupent plus de place que les crimes de la Chine ou de l'Arabie saoudite, ou de fait des nombreux États sur la longue liste des régimes dégoûtants dont les actions ont autant ou plus de conséquences négatives que ce que fait l'État d'Israël?

      Mais, dans les campagnes de boycott par des militants bien-pensants, on ne vise qu'un seul pays...

      Comprenez-moi bien - je crois qu'Israël se comporte mal dans les territoires occupés et devrait en sortir, mais cet exclusivisme des militants bien-pensants doit bien être le signe de quelque chose...

    • Raymond Labelle - Abonné 28 janvier 2020 14 h 52

      "Le certain Michaud avait-il alors pris la défense de Roux?" RL.

      Il n'avait pas à le faire - je retire ces paroles - inspirées par l'analogie entre les cas Roux et Michaud, mais Michaud n'avait vraiment pas à le faire.

      Je maintiens le reste.

      Je crois que l'autocensure des médias (ils le savaient probablement) dans le cas de Dupeppe était OK - sinon, qui voudrait faire de la politique? Mais n'empêche que le contraste avec l'affaire Roux ou, plus récemment, l'affaire du blackface, par exemple, laisse songeur. Et on pourrait multiplier les exemples.

      Quand je dis les médias "le savaient probablement", je pense à cette boutade de j'oublie qui: "les journalistes passent la moitié de leur temps à taire ce qu'ils savent et l'autre moitié à parler de ce qu'ils ignorent". Bien sûr, c'est très injuste mais c'est amusant, et il y a quand même un petit quelque chose...

  • Irène Doiron Et M. Pierre Leyraud - Abonnée 27 janvier 2020 07 h 50

    Antisémitisme=Antisionisme ? Une fois de plus ?

    Monsieur Lionel Perez va proposer "l’adoption d’une définition commune de l’antisémitisme formulée par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA). Bien qu’une définition puisse sembler évidente, cela a pris 12 ans pour que 31 pays puissent trouver un consensus. " mais on se demande bien pourquoi il n'a pas cru bon de citer la définition en question, et pourquoi il n'a pas précisé les raisons pour lesquelles " cela a pris 12 ans pour que 31 pays puissent trouver un consensus. "
    La définition de l'IHRA est la suivante :"«L’antisémitisme est une certaine perception des Juifs qui peut se manifester par une haine à leur égard. Les manifestations rhétoriques et physiques de l’antisémitisme visent des individus juifs ou non et/ou leurs biens, des institutions communautaires et des lieux de culte.» et il est clair que, dans cette définition, les "institutions communautaires " comprennent Israël comme État du peuple Juif. De fait, toute critique ou toute hostilité à la politique de l'État d'Israël, pourront donc être assimilées à une manifestation d'antisémitisme. Le fait que cette définition , partout où elle a été adoptée, ne soit pas contraignante n'enlève rien à l'amalgame volontaire fait entre l'antisémitisme -racisme à l'égard des juifs- et l'antisionisme-hostilité à l'égard du sionisme et colonialisme de l'État d'israël. On comprend alors que cela a pris 12 ans , et après de nombreux débats, pour arriver à un consensus qui, en fin de compte limite la liberté d'expression et condamne d'avance toute critique de la politique israëlienne.
    Il y a eu de nombreuses pétitions contre l'adoption de cette définition de l'IHRA, et, en France cela a provoqué une polémique importante, surtout que le président Macron avait déjà donné le ton en déclarant contre toute les vérités étymologique, historique et politique, que l'antisionisme "était une nouvelle forme de l'antisémitisme".

    Monsieur Perez,êtes-vous sûr que la définition de l'IHAR "aidera à rédui

    • Raymond Labelle - Abonné 27 janvier 2020 11 h 33

      Et merci pour nous avoir donné la définition de l'IHRA - M. Perez avait piqué la curiosité.

    • Raymond Labelle - Abonné 27 janvier 2020 13 h 45

      Selon cette définition, "une certaine perception des Juifs qui peut se manifester par une haine à leur égard" semble être un ingrédient nécessaire à l'antisémitisme. Critiquer Israël sans cette "certaine perception" des Juifs ne serait donc pas de l'antisémitisme en soi. Incidemment, de bons Israéliens qui croient qu'Israël a le droit d'exister s'opposent à la colonisation des territoires occupés (par exemple). Les deux ne sont pas nécessairement incompatibles.

      L'antisionisme n'est pas que la critique d'une action ou d'une politique de l'État d'Israël - c'est affirmer que cet État n'a pas le droit d'exister. Alors, si on démantèle l'État d'Israël, que fait-on des Juifs qui y sont ? Il arrive que l'antisionisme soit un masque pour l'antisémitisme, bien que pas nécessairement.

      Par ailleurs, les Hassidim sont antisionistes: peut-on affirmer qu'il n'y a pas d'antisémitisme les visant? Je ne le crois pas.

    • Irène Doiron Et M. Pierre Leyraud - Abonnée 27 janvier 2020 16 h 53

      @R Labelle
      Vous écrivez:"Par ailleurs, les Hassidim sont antisionistes: peut-on affirmer qu'il n'y a pas d'antisémitisme les visant? Je ne le crois pas.
      " Il y a beaucoup de juifs, pas que les Hassidim, qui sont antisionismes et qui subissent de l'antisémitisme. Dans le cas les juifs sionistes disent d'eux qu'ils ont "la haine de soi" !
      Vous écrivez aussi:" Alors, si on démantèle l'État d'Israël, que fait-on des Juifs qui y sont ?" sans du tout suggérer de faire la même chose et tout en reconnaissant le droit à l'existence d'Israël dans les frontières de 1967, il est difficile de ne pas souligner la réponse que les parents ou grand parents de ces mêmes juifs ont donné aux palestiniens, après la première guerre mondiale, lors de l'installation d'un "foyer juif" en Palestine: partez! Il est vrai que la légende ''D'une terre sans peuple, pour un peuple sans terre" a tenu un certain temps mais même les nouveaux historiens israëliens et sionistes ne contestennt plus plus l'expulsion des palestiniens hors de Palestine.Ironie de l'Histoire ?

      Pierre Leyraud

    • Raymond Labelle - Abonné 28 janvier 2020 04 h 18

      " Il y a beaucoup de juifs, pas que les Hassidim, qui sont antisionismes et qui subissent de l'antisémitisme." Oui en effet - je prenais l'exemple des Hassidim car c'est un exemple concret connu à Montréal. Et vos rappels historiques sont exacts, j'en conviens.

      L'Holocauste a favorisé la création d'Israël - entre autres, le retour en Europe était difficile pour plusieurs Juifs psychologiquement, voire concrètement (par exemple leurs maisons étaient souvent occupées par des étrangers qui ne voulaient pas les céder, il y a eu des pogroms en Pologne après la guerre) et la culpabilité européenne (pas seulement allemande - les États et individus collaborateurs aussi) a été importante dans l'accord à la création d'Israël.

      Rappelons que le Royaume-Uni, qui avait le mandat de l'ONU d'administrer la Palestine, et donc avait une bonne connaissance de ce qui se passait sur le terrain, était opposé à la création d'Israël. Considérant que les pays européens et les États-Unis et l'URSS avaient voté pour la création d'Israël à l'ONU, l'abstention du Royaume-Uni était une manière de dire qu'elle était contre (elle l'avait aussi expressément mentionné dans les rapports relatifs à son mandat) - opposer un véto à tous ces États aurait été difficile. Pendant son mandat, le Royaume-Uni s'opposait également à une immigration juive massive, consciente que les sionistes s'orientaient vers la création d'un État, opposition symbolisée par l'affaire de l'Exodus. Mais refouler des survivants de l'Holocauste qui n'avaient pas le goût de retourner vivre en Allemagne, par exemple, comment- dirais-je, c'est difficile.

      Bref, l'anti-sémitisme sauvage européen y est aussi pour beaucoup dans la création d'Israël.

      Quoiqu'il en soit, on ne peut retourner dans le passé, et dans l'état actuel des choses, ne pas reconnaître le droit à l'existence d'Israël n'est souvent pas trop loin de l'anti-sémitisme. Par exemple, l'anti-sionisme du régime iranien est clairement anti-sémite.