Écochampion ou climatosceptique déguisé?

«Avec plus d’un demi-million de manifestants dans les rues de Montréal pour accueillir et applaudir Greta Thunberg l’an dernier, l’appui populaire pour ce genre d’action ne fait aucun doute», souligne l'auteur.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Avec plus d’un demi-million de manifestants dans les rues de Montréal pour accueillir et applaudir Greta Thunberg l’an dernier, l’appui populaire pour ce genre d’action ne fait aucun doute», souligne l'auteur.

Même si la Coalition avenir Québec n’a pas fait des changements climatiques son cheval de bataille lors des dernières élections, le discours de son gouvernement n’a pas été contraire au combat pour l’avenir de la planète. Pourtant, sa décision d’emboîter le pas des premiers ministres climatosceptiques de l’Ontario et de la Saskatchewan en remettant en question le droit du gouvernement fédéral de légiférer dans la matière soulève des inquiétudes.

Le Québec s’est taillé une place de chef de file au Canada, avec la Colombie-Britannique, en imposant un prix sur le carbone depuis 2014. Le partenariat du Québec avec la Californie pour créer un système de plafonnement et d’échange de droits d’émission de GES a donné comme résultat le marché de carbone de la plus grande importance. Le Québec s’est ainsi placé au rang des leaders mondiaux, figurant parmi les 47 gouvernements pionniers qui ont choisi de mettre un prix sur la pollution des GES qui menace notre présent autant que notre avenir.

Le Québec possède plusieurs atouts pour se donner un rôle de champion de la transition énergétique, ayant bâti un réseau d’hydroélectricité générant des surplus qui permettent de fournir de l’électricité durable et propre à nos voisins. Cela étant, pourquoi ajouter aux bâtons déjà mis dans les roues de l’effort proclimat du gouvernement fédéral par les gouvernements climatosceptiques qui veulent entraver la mise en place d’un régime pancanadien mettant un prix sur le carbone ?

Le prix carbone issu du marché Québec-Californie s’élevait à 22,46 $ la tonne au dernier encan de novembre 2019. On s’attend à ce qu’il croisse encore, dans la mesure où davantage d’entreprises québécoises réussissent à baisser leurs GES en deçà du plafond établi. Selon le rapport de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal, le secteur des transports consomme 72 % des produits pétroliers utilisés à des fins énergétiques au Québec. Or, les distributeurs de carburants ne bénéficient pas des allocations gratuites de droits d’émissions de la part du gouvernement québécois comme c’est le cas chez certains industriels. Ce sont les automobilistes qui paient la note en conséquence. Cette facture ira en croissant, de pair avec le prix carbone, à la suite des ajustements de ceux parmi les industriels qui réduisent leurs émissions.

Le gouvernement caquiste n’a pas inventé le marché du carbone Québec-Californie ; il en a hérité de ses prédécesseurs. Toutefois, il a fait preuve de bon sens en laissant savoir qu’il a l’intention de le maintenir en vigueur. De fait, il va falloir le défendre, puisque le président américain, Donald Trump, a remis en question sa légalité.

Le gouverneur californien, Gavin Newsom, a réagi tout de suite en défiant son président : « La Maison-Blanche a la tête dans le sable en ce qui concerne les changements climatiques », a-t-il dit. À l’inverse, les premiers ministres de l’Ontario et de la Saskatchewan défient le premier ministre Trudeau sur la taxe carbone. La semaine dernière, le Québec s’est joint à eux en déposant un mémoire devant la Cour suprême.

C’est un pas en arrière. Non seulement parce que la contestation judiciaire déposée par ces gouvernements provinciaux climatosceptiques est (heureusement) vouée à l’échec, mais surtout parce que ce geste ne sert qu’à ajouter un autre obstacle à l’action nécessaire. Sans doute le gouvernement canadien devrait faire davantage pour réaliser ses engagements en matière de changements climatiques. Mais c’est le fédéral qui a signé l’Accord de Paris sur le climat ; il est donc responsable. Réclame-t-on vraiment que le gouvernement fédéral n’ait pas la compétence de signer de tels accords internationaux ?

Au lieu de faire front commun avec ceux qui cherchent à entraver le progrès atteint avec la taxe carbone fédérale, le Québec devrait chercher à répandre la portée de son marché carbone. Plutôt que d’être à la remorque de ceux qui ne cherchent qu’à justifier leur inaction devant les changements climatiques, le Québec devrait faire connaître et promouvoir son marché carbone.

Le premier ministre Legault pourrait faire preuve de leadership en convainquant ses collègues des autres provinces de se joindre au marché carbone. Avec plus d’un demi-million de manifestants dans les rues de Montréal pour accueillir et applaudir Greta Thunberg l’an dernier, l’appui populaire pour ce genre d’action ne fait aucun doute.

Le choix est donné : le gouvernement caquiste sera-t-il un champion de la lutte contre les changements climatiques ou plutôt un climatosceptique légèrement déguisé ?

14 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 23 janvier 2020 09 h 56

    Il faudra un jour allumer

    C’est difficile de se retrouver dans ce texte peuplé de contradictions et de sophismes. La taxe sur le carbone est une taxe qui est assumée par la classe moyenne et les pauvres. Vous pensez pour un instant lorsque vous taxer une multinationale pour sa pollution que c’est vraiment elle qui paie la note? Elle la refile tout simplement aux consommateurs à la pompe où ailleurs. En fin de compte c’est le p’tit gars qui paie sans qu’on lui ait demandé son avis. Une des raisons principales de la levée des gilets jaunes en France découle justement de l’augmentation des taxes à la pompe.

    La transition énergétique est un mirage pour les bien-pensants et donneurs de leçons écologiques. Rien n’est gratuit en ce bas monde surtout lorsqu’on parle des énergies renouvelables à part de l’hydroélectricité produit à partir de la gravité naturelle de l’eau. Rien. Le solaire et l’éolien ne génèrent de l’énergie seulement 25% du temps si on est chanceux.

    C’est comique de lire que le Québec a bâti « un réseau d’hydroélectricité générant des surplus qui permettent de fournir de l’électricité durable et propre à nos voisins ». Le Québec génère 76 Mt de GES par année. L’Ontario, avec seulement 10% de sa production d’électricité par l’entremise des centrales au gaz naturel, génère plus de 75 Mt de GES par année. Pourtant, elle ne veut rien savoir de l’hydroélectricité du Québec et encore moins en acheter.

    Alors, on repassera avec la taxe sur le carbone.

    • Pierre G. Blanchard - Abonné 23 janvier 2020 13 h 00

      M. Dionne, vous avec raison de promouvoir l'Hydroélectricité, bien que le nucléaire soit sans GES et SNC-Lavalin avec l'achat de la fiièere réacteurs de l'Énergie atomique du Canada fait du QC un joueur incontournablre. Enfin, le couple QC-TN-L en hydroélectricité pourrait aider la réalisation d'un corridor Est-Ouest de l'énergie qui ne serait pas à sens unique, incluant le pétrole de T-N. J'aimerais connaître vos vues pour assurer le financement de la transition énergétique qui devra requérir un effort énorme et continu de tous au pays. PGB

    • Daniel Grant - Abonné 23 janvier 2020 18 h 59

      Cher M. Dionne
      Quelle perspicacité d’avoir compris que le soleil se couche et que le vent tombe et que sans cligner des yeux de déclarer que ce sont des énergies intermittentes,
      quel sens de l’observation!
      Qui peut bien avoir pensé à une idée pareil?
      Allez tout de suite informer ceux qui ont investi des millions dans les énergies renouvelables, peut-être qu’ils n’y ont jamais pensé.

      Avec votre même logique simpliste à propos de l’énergie solaire et éolienne vous pourriez dire aussi qu’on ne peut pas manger de légumes en hiver pcq il n’y a pas de jardins en hiver!

      Est-ce que ça vous prend un effort d’abstraction hors norme pour comprendre qu’on puisse manger des légumes même en hiver, ou avoir de l'énergie électrique solaire même la nuit.

      Pensez à Einstein quand vous nous déversé vos statistiques à gogo et vos demi-vérités:

      « Ce qui compte ne peut pas toujours être compté, et ce qui peut être compté ne compte pas forcément. »

      « À quoi sert la lumière du soleil si on a les yeux fermés »
      Proverbe arabe

      Un déversement d’énergie solaire, ça s’appel une belle journée.

    • Cyril Dionne - Abonné 23 janvier 2020 19 h 46

      M. Blanchard, le nucléaire est un autre éléphant blanc malgré qu'il soit sans GES. Ses détritus et ses déchets irradiés resteront avec l'humanité pour des millénaires pour ne pas dire des centaines de milliers d'années. Rien ne peut les contenir et seulement un litre de tritium, un sous produit de la fission dans les grands réacteurs que sont les CANDU (deutérium → tritium), contaminerait le fleuve St-Laurent. Et pour le prix, pardieu, c’est pour cela que l’électricité est subventionnée en Ontario malgré le fait que les Ontariens paient facilement le double des Québécois pour le kWh. C’est aussi pour cela qu’Hydro Ontario n’existe plus puisqu’elle a faillite à cause du nucléaire. On l’appelle maintenant Hydro One. En passant, j’ai travaillé pour la plus grande centrale nucléaire du monde à la péninsule de Bruce en Ontario.

      Comme j’ai dit dans mon commentaire plus tôt, le financement de la transition énergétique est un leurre tout comme pour l’éolien et le solaire. Un corridor énergétique Est-Ouest, non merci. Et non merci au pétrole des sables bitumineux tout comme pour celui de Terre-Neuve (TN) via des pipelines. Que le ROC compose avec leur problème et lâche le Québec tranquille puisqu’il n’est pas intéressé à acheter la seule énergie verte au Canada qui est viable, peu dispendieuse, non-aléatoire et disponible en tout temps même s’il y a eu quelques ouvertures récemment. De toute façon TN et le Nouveau-Brunswick n’avaient pas le choix.

    • Cyril Dionne - Abonné 23 janvier 2020 21 h 46

      @ Daniel Grant

      « Allez tout de suite informer ceux qui ont investi des millions dans les énergies renouvelables, peut-être qu’ils n’y ont jamais pensé. »

      Bien oui, ils y ont pensé. Ils ont pensé aux millions d’aide gouvernementale qu’ils reçoivent en subventions à la hauteur de 30 à 40% pour mettre des moulins à vent partout dans les champs ou bien inondés les plaines de panneaux solaires. C’est payant. Ensuite, vous générez, lorsque vous êtes chanceux, de 20% à 25% d’énergie électrique durant la journée mais vous êtes payés pour 100% dans des contrats, encore une fois, gouvernementaux. En Ontario, il y avait un contrat avec une entité éolienne à la hauteur de 80 cents du kWh.

      C’est pour cela qu’en Allemagne, au Danemark et dans la plupart de pays occidentaux européens, ils payent de 30 à 50 cents du kWh. Oui, c’est très avantageux l’éolien et le solaire alors que cela coûte de 3 à 4 cents pour générer de l’électricité à partir des barrages hydroélectriques. Bravo les champions. Vous savez, la gravité est partout sur la planète en énergie potentielle, et lorsque l’eau tombe vers le bas, celle-ci devient de l’énergie hydroélectrique lorsque des turbines combinées à des génératrices se trouvent sur son chemin.

    • Daniel Grant - Abonné 23 janvier 2020 23 h 04

      @ Cyril Dionne
      Dans vos demi-vérités vous oubliez de dire;

      que 2 minutes d’énergie solaire, c'est assez pour fournir l’humanité
      entière en énergie pendant un an,

      que le vrai défi des énergies solaire et éolienne c’est de gérer l’abondance et les surplus. Ceux qui parlent d’intermittence sont ceux qui connaissent tout mais ne comprennent rien ou ceux qui répètent bêtement la propagande des pétroleux,

      qu'on a pas besoin de tuer des gens pour l'énergie solaire et éolienne

      Votre vision des énergies renouvelables est limitée à ce que l’IAE aimerait bien nous faire croire.
      IEA est sensé nous présenter la donne sur les énergies renouvelables, mais son comportement est digne du ‘chien du jardinier’ qui, sans manger les choux, défend qu'un autre les consomme.

      L’IEA est un repère de lobbyistes du pétrole peint en vert gazon artificiel qui ne voit l’énergie qu’au travers le prisme du baril de pétrole et qui ne laisse la place aux énergies renouvelables que celle que le fossile veut bien lui céder.

      Allez donc voir ce qui se passe chez IRENA.ORG avant de raconter des bobards.

      Si le gouvernement subventionnait les énergies renouvelables autant que le fossile, ça ferait longtemps que le pétrole resterait sous-terre et qu’on aurait cessé de pourrir l’air qu’on respire.
      Ayez le sens des mesures, les subventions au fossile qui nous pollue se calculent en milliards par année ($5300 milliards/année FMI/OCDE).

  • Marc Pelletier - Abonné 23 janvier 2020 10 h 43

    À suivre...

    La CAQ a besoin d'être suivi de près : ce gouvernement ne me semble pas un naturel en regard du climat.

  • Jean Thibaudeau - Abonné 23 janvier 2020 12 h 37

    Ne pas mêler!

    Évudemment, la question de l'envahissement systématique des compétences provinciales par le gouvernement fédéral et de ses implications pour le Québec tout particulièrement passe 100 pieds au-dessus de la tête de M. Neal. N'en déplaise aux critiqueurs de la taxe sur le carbone, le geste du gouvernement Legault ne vise nullement le bien-fondé de celle-ci, mais tout autre chose.

  • Gilles Théberge - Abonné 23 janvier 2020 14 h 15

    Survellez bien Legault... Déjà il fricote avec les promoteur du pipeline de gaz...

    Il aura beau déclarer jusqu'à plu soif que le gaz c'est moins polluant que le pétrole ce n'est pas vrai.

    Le gaz, et le pipeline de gaz, cela a beau s'appeler énergie Saguenay ça pollue quand même.

    Et le Bat blesse dans le transport, à même l'aire d'habitation des Bélugas. Quoi de mieux ?

    Mais ou est le membre de la CAQ qui a fait un pacte ? Ça a l'air d'un pacte avec le diable on dirait bien.

    En tout cas, il est bien silencieux...!

    • Marc Brullemans - Abonné 23 janvier 2020 20 h 29

      M. Dominic Champagne était hier en commission parlementaire questionnant le projet de loi 44 sur la gouvernance climatique: http://www.assnat.qc.ca/fr/video-audio/archives-pa Silencieux, vous dites !!

  • Christian Roy - Abonné 23 janvier 2020 23 h 29

    CAQ... confort assuré

    La CAQ jouera toujours à l'extrême centre...
    Ni indépendantiste, ni canadien;
    Ni Trump ni Greta;
    À cheval sur la clôture.
    En équilibre, immobile...
    De toute façon, c'est la faute des Libéraux si ça ne marche pas !
    Et tous les Amis Facebook du PM sont d'accord avec lui.
    C'est le beau fixe que je vous dis !

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 24 janvier 2020 14 h 12

      M.Roy vos quelques lignes sont prometteuses. " On verra "est prophétique,mais quand,comment et pourquoi par exemple le salaire des

      professeurs et mille autres problèmes qui stagnent ....

    • Christian Roy - Abonné 24 janvier 2020 17 h 04

      M. Grisé, votre commentaire m'amène, si vous le permettez, à ajouter à mon texte ci-haut le terme stagnant.

      Il faudra donc lire: En équilibre, immobile... stagnant.

      Tant que les Québécois se sentiront globalement confortables... les changements nécessaires se feront attendre. Jean Chrétien ajouterait à cette dernière remarque un "Que voulez-vous ?" bien senti !