Dynamisme ou dévitalisation à la MRC des Basques?

Sur le plan économique, la MRC des Basques a perdu 1025 emplois entre 1986 et 2016, dont 505 uniquement à Trois-Pistoles.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Sur le plan économique, la MRC des Basques a perdu 1025 emplois entre 1986 et 2016, dont 505 uniquement à Trois-Pistoles.

Un article paru récemment dans la revue de la Fédération québécoise des municipalités (FQM) met en exergue des projets ayant vu le jour dans la MRC des Basques, dans le Bas-Saint-Laurent, lesquels auraient contribué à la redynamiser. Parmi ceux-ci, la construction d’un complexe hôtelier, d’un centre multifonctionnel et la création d’un parc industriel. Le dynamisme de cette MRC serait aussi imputable aux revenus tirés de la filière éolienne ainsi qu’à l’essor de la Fromagerie des Basques.

Bien que fort louables, ces projets ne peuvent pas faire contrepoids aux problèmes structurels auxquels cette MRC est confrontée. Si la MRC des Basques a effectivement enregistré un solde international et interprovincial positif au cours des trois dernières années, celui-ci a été le plus souvent négatif si nous l’examinons sur une plus longue période.

Sur 45 ans, la MRC des Basques a perdu près du tiers de sa population. Le nombre de jeunes y est en chute libre. En 1986, la MRC abritait 4160 personnes de moins de 24 ans contre 1715 en 2016. Elle est la deuxième plus touchée par le vieillissement par le bas au sein de la région. En 1986, les moins de 24 ans composaient 36,7 % de la structure populationnelle comparativement à 19,7 % en 2016.

Sur le plan économique, la MRC des Basques a perdu 1025 emplois entre 1986 et 2016, dont 505 uniquement à Trois-Pistoles. Ces pertes ont eu pour effet de diminuer de 1,1 point le taux d’activité. Bien que le taux de chômage ait fléchi entre 1986 et 2016, cette amélioration semble attribuable au vieillissement, qui occasionne un déplacement des chômeurs vers les emplois vacants et les départs à la retraite.

Les disparités concernant le niveau de revenu et les transferts gouvernementaux se sont aussi réduites en l’espace de 35 ans. Enfin, si nous ne pouvons nier la popularité d’un nouveau restaurant qui longe la 132 à tel point qu’il a fallu revoir la reconfiguration et la signalisation routière, nous avons observé, au cours des dernières années, une forte érosion de l’offre de services à Trois-Pistoles.

Optimisme excessif

Qu’il s’agisse des élus municipaux, des acteurs régionaux ou des diverses instances politiques supérieures, il semble régner un optimisme béat qui est loin de servir le développement des régions périphériques du Québec. Ce positivisme s’est manifesté avec plus d’acuité au début des années 2000 lors de la mise en place de la Politique nationale de la ruralité, où le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation utilisait l’expression « milieux ruraux en restructuration » pour désigner les localités rurales dévitalisées.

À l’instar des problèmes qui touchent ces milieux, ce discours s’est amplifié au cours des dernières années. Le volet 4 de la récente stratégie de développement régional du gouvernement du Québec est libellé comme suit : « soutien à la vitalisation et à la coopération intermunicipale ».

L’un de ses objectifs vise à « soutenir davantage les territoires faisant face à des défis particuliers de vitalisation » (lire ici dévitalisation). Pourtant, dans une classification récente, le ministère nommait 587 localités sur 1164 ayant un indice de vitalisation économique négatif. Dans le Bas-Saint-Laurent, 95 localités sur 114 sont touchées par cette situation.

Bien qu’au fil des années de nombreux plans de relance aient été déployés, ceux-ci n’ont jamais donné les résultats escomptés, si bien que la MRC des Basques demeure l’une des plus dévitalisées, celle-ci se situant au 99e rang sur un total de 104 quant à son indice de « vitalité » établi par le ministère.

Masquer la réalité et éviter de nommer les problèmes n’est pas une approche fructueuse pour le développement régional, même si elle peut être rentable sur le plan politique. La priorité devrait être donnée à la création d’outils qui permettront d’enclencher une véritable démarche de développement.

Pour ce faire, le Québec doit se doter d’une vigoureuse stratégie d’aménagement du territoire — réclamée d’ailleurs par plusieurs de nos collègues et préfets de MRC dans les pages du Devoir — et d’une politique démographique qui mettra l’accent sur la stimulation de la natalité, la mise en place de politiques destinées aux familles, la régionalisation de l’immigration et la maîtrise des flux migratoires.

Une mobilisation massive des intervenants régionaux des MRC dévitalisées apparaît aussi impérative afin qu’ils puissent sensibiliser les instances gouvernementales à l’ampleur des problèmes qui affectent leur milieu. Mais encore faut-il qu’ils soient en mesure de les reconnaître.

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