L’indépendance: le retour de la «convergence»?

«Pour faire l’indépendance, il faudra bien un jour porter au pouvoir un parti, seul ou en coalition, qui puisse au bon moment organiser un référendum», exprime l'auteur.
Photo: Marc Bruxelle Getty Images «Pour faire l’indépendance, il faudra bien un jour porter au pouvoir un parti, seul ou en coalition, qui puisse au bon moment organiser un référendum», exprime l'auteur.

Le vieux projet de « convergence » entre les partis indépendantistes semblait mort et enterré, mais de bons apôtres veulent le ressusciter. Un fervent militant de Québec solidaire, M. Fernand Doutre, a récemment prêché la bonne parole dans Le Devoir du 25 novembre. Après avoir répété le mantra qu’il faudrait « converger plutôt que diverger », il a lancé un appel à la bonne entente : « Je propose, écrit-il, de rédiger une plate-forme sur laquelle nous pourrions nous entendre et voir si nous pouvons aller de l’avant ensuite ».

La question qui tue : comment M. Doutre compte-t-il s’y prendre pour convaincre son propre parti qui a déjà rejeté une telle plate-forme commune, laborieusement négociée entre Québec solidaire, le Parti québécois et son parti frère le Bloc québécois ?

Rappelons en effet qu’une entente avait été conclue grâce à la médiation des Organisations unies pour l’Indépendance (OUI-Québec), organisme parapluie du mouvement indépendantiste présidé à l’époque, et encore aujourd’hui, par une négociatrice chevronnée, Mme Claudette Carbonneau, l’ancienne présidente de la CSN. Il s’agissait d’une « feuille de route » qui balisait la marche à suivre pour faire du Québec un pays.

Après deux ans de discussions, l’entente de principe fut signée le 10 avril 2017 par les représentants de chaque parti. Or, peu après, elle fut reniée par le Comité de coordination de QS, la plus haute instance du parti entre les congrès, toujours dominée aujourd’hui par un noyau dur radical anti-PQ. On a comparé ce Comité au puissant Politburo du Parti communiste de l’URSS, l’autorité suprême qui fixait dans l’ombre la ligne à suivre.

On comprend qu’après cette volte-face, le PQ et le Bloc ne se fient plus à QS pour négocier une plate-forme commune. La direction de QS a d’ailleurs reproché au PQ de prôner « un nationalisme identitaire afin de raffermir le Nous québécois ». En présentant son projet de Charte de la laïcité, il aurait « appliqué une politique odieuse qui a fracturé le Québec ».

La suite des événements a plutôt montré que la grande majorité de la population était favorable à une telle politique, menée cette fois par le gouvernement nationaliste majoritaire de la CAQ qui a enfin pu faire adopter une Loi sur la laïcité de l’État, avec l’appui du PQ.

La détestation du PQ

L’appel de M. Doutre à l’union des coeurs relève donc pour l’heure de la pensée magique, à cause surtout de la détestation du PQ qui sévit au sein de QS. Pour les militants de la gauche extrême, le PQ demeure l’ennemi à abattre. Plutôt que d’appuyer son parti frère le Bloc, ils ont voté pour le NPD.

La convergence a été une stratégie mortifère pour le PQ. Elle sera donc quasi impossible à relancer avec un parti populiste qui a sombré dans le multiculturalisme identitaire et s’est farouchement opposé à la Loi sur la laïcité de l’État. En outre, ce parti veut « faire l’indépendance à gauche », alors que « l’indépendance n’est ni à droite, ni à gauche, mais en avant », comme aimait à le dire Bernard Landry dans la lignée de René Lévesque.

« Une union électorale réunissant des souverainistes de toutes tendances n’est pas pour demain », a reconnu dans Le Devoir la députée Catherine Fournier, qui s’est donné pour mission de faire l’union des indépendantistes. De façon étonnante, elle le fait en fondant un autre groupe dont elle est la cheffe. Pour rapprocher les frères ennemis, elle compte surtout sur le « rôle crucial » des Oui-Québec.

Mais pour faire l’indépendance, il faudra bien un jour porter au pouvoir un parti, seul ou en coalition, qui puisse au bon moment organiser un référendum. Selon le plus récent sondage Léger, le PQ est, après la CAQ, le deuxième parti préféré des francophones et le deuxième plus populaire dans toutes les régions hors de Montréal et Québec. Le temps venu, il pourrait faire un retour en force à l’exemple du Bloc — dont les OUI-Québec ont salué « l’impressionnante résurgence ». Le PQ surprendrait ainsi les Cassandre qui, au pire, l’ont déjà enterré ou, au mieux, le voient aux soins intensifs.

Le PQ reviendra au pouvoir s’il réussit à être un parti national de coalition qui rassemble des gens de tous horizons dans la grande famille indépendantiste, de la gauche sociale-démocrate à la droite modérée. Il n’a désormais qu’une raison d’être : que le Québec soit enfin un pays dans le monde plutôt qu’une province dans le Canada. Pour y parvenir, il peut s’inspirer d’un parti créé par René Lévesque et ses alliés en 1968, sous le beau nom de Parti québécois.

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