C’est très pertinent… la pertinence!

Diane Francoeur, présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ)
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Diane Francoeur, présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ)

La Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) et le gouvernement du Québec ont conclu une entente qui inaugure une nouvelle ère de collaboration. J’appelle mes collègues, plus de 10 000 médecins spécialistes, actifs partout au Québec, répartis dans 35 spécialités médicales, chirurgicales et de laboratoire, à relayer cet esprit de collaboration, même si le chemin qui y a mené a été difficile. Il est indéniable que le gouvernement a forcé le jeu en imposant la renégociation d’un contrat dûment signé et valide jusqu’en 2023. Nous aurions pu nous braquer. Nous avons décidé de collaborer.

La nouvelle entente permettra des économies sur quatre ans de 1,6 milliard de dollars à même l’enveloppe budgétaire globale des médecins spécialistes. Un des moyens d’y arriver sera la création d’un Institut de la pertinence qui doit générer à lui seul près de 240 millions de dollars d’économies récurrentes. Certains doutent de cette approche. Elle répond pourtant à un problème bien réel des systèmes de santé d’aujourd’hui : l’abus de procédures médicales.

Aujourd’hui, bon nombre de patients qui entrent chez le médecin se sont « autodiagnostiqués » sur Internet. Et c’est rarement bénin ! Souvent, ils insistent pour obtenir cet examen, et celui-là et cet autre. Vis-à-vis des gens informés et inquiets, les médecins, qui craignent des poursuites en cas de refus, allongent les demandes de référence à des collègues. La même situation est vécue à travers le monde. En outre, le réseau québécois se prépare à ouvrir grand la porte aux infirmières praticiennes spécialisées qui pourront elles aussi demander des tests diagnostiques aux médecins spécialistes.

La pertinence médicale

Les systèmes de santé les plus performants du monde se sont tous donné des systèmes d’aide à la décision pour repérer et réduire les demandes de consultation inutiles qui alourdissent le système, génèrent des coûts inutiles et nuisent à l’accessibilité à des services véritablement requis. L’Institut de la pertinence, qui sera notamment inspiré de l’approche ontarienne, sera ce guide du bon usage des tests, examens et traitements.

Parfois, il informera les médecins qu’une nouvelle analyse sanguine peut remplacer une douloureuse biopsie ; parfois, il dira que les dernières données issues de la recherche rendent futile une échographie annuelle après un certain âge… Il y a 1000 situations où une réflexion bien menée sur la pertinence des soins et des traitements pourra réduire les coûts, limiter les inconvénients aux patients et améliorer l’accès aux services.

Cet Institut de la pertinence est donc… très pertinent. Il reflète l’esprit de la nouvelle entente : mieux collaborer pour mieux soigner plus efficacement et à meilleur coût, et assurer à long terme la pérennité du réseau de la santé.

Les médecins spécialistes sont déjà engagés dans le déploiement de nouveaux plans de couverture en obstétrique et en chirurgie générale. Nous voulons améliorer l’accès aux services de médecine spécialisée en région ; assurer une présence aussi souvent que possible, mais aussi mettre à profit les possibilités technologiques d’aujourd’hui pour offrir davantage de solutions de téléconsultation et de télémédecine. Nous voulons qu’on accélère, qu’on aboutisse enfin avec l’informatisation des dossiers patients. Pour les médecins spécialistes qui travaillent souvent dans différents établissements, il est intolérable que l’accès aux dossiers soit si pénible.

Imaginons qu’en plus de la pertinence, l’apport de la technologie permette aux médecins spécialistes de disposer de plus de temps avec leurs patients. Lors d’une consultation d’un quart d’heure, actuellement, 10 minutes sont utilisées à extraire le dossier du système informatique ! C’est sur de tels enjeux que les médecins spécialistes veulent se concentrer. Et l’entente avec le gouvernement nous permettra de nous y consacrer sans arrière-pensées, dans un climat de confiance retrouvée et de respect mutuel.

Nous avons été formés par les Québécois et nous soignons les Québécois. C’est notre plus grande fierté.

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15 commentaires
  • Jean-François Trottier - Abonné 18 décembre 2019 09 h 13

    Y a des limites à l'arrogance

    "En outre, le réseau québécois se prépare à ouvrir grand la porte aux infirmières praticiennes spécialisées qui pourront elles aussi demander des tests diagnostiques aux médecins spécialistes."

    Faut avoir du culot pour oser dire ça au sujet des IPS quand on est médecin spécialiste!
    Vous venez de déboulonner toute votre intervention d'un coup.

    Ne venez pas me faire croire que les IPS demandent des tests à tort et à travers!
    Leurs demandes sont commandées par d'excellentes raisons.
    Elles économisent du temps au spécialiste en question, et sinon des sous à la société, pour avoir décelé un problème avant les grosses interventions ou... l'embaumeur.

    Ma parole, vous en êtes encore au combat d'arrière-garde des saintes prérogatives des spécialistes, seuls maîtres à bord après Dieu.

    J'ai bien le goût de vous demander de rembourser la totalité de vos frais d'étude, avec intérêts, plus vos frais de bureaux dans un hôpital, fournis, sans parler des services de secrétariat gratuits y compris la facturation automatique de chacun de vos actes.
    Et puis cette assurance-poursuite, payée par le gouvernement?
    Hé! Les poursuites, c'est nous qui les assumons, les payeurs de taxe.

    Un bureau dans un hôpital et quelques personnes à votre service pour faxer, téléphoner, trouver le bon dossier, vous savez combien ça coûte? Et la facturation automatique?
    Au pif, coupez-vous vous-même 150,000 par année, ensuite vous en récupérerez 50% lors de votre déclaration d'impôt. Je ne crois pas me tromper de beaucoup.

    Contrairement aux autres professions, vous coûtez des sous à votre société toute votre vie et ne rapportez par grand-chose.
    Combien nous coûte l'acharnement thérapeutique de certains spécialistes, entre autres?

    Cette lecture comptable et sèche de votre situation peut-elle vous éclairer un peu?
    Je ne l'aime pas du tout, mais faudra tout de même vous ouvrir les yeux sur la bête réalité, madame. Quand y arriverez-vous?

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 18 décembre 2019 12 h 19

      Honnêtement, monsieur Trottier, madame Francoeur souligne surtout que plus de gens seront à même de prescrire des examens, très souvent sous la pression des patients et que cela rendra ici comme ailleurs dans le monde d'exercer un contrôle plus serré sur les prescriptions de tests. Je ne vois pas en quoi cela serait désobligeant à l'endroit des IPS. En revanche, votre affirmation selon quoi elles (pourquoi les IPS sont toujours des « elles », en passant : de ça on pourrait peut-être s'émouvoir?) seraient a priori plus mesurées à cet égard me semble assez gratuite.

    • Jean-François Trottier - Abonné 18 décembre 2019 18 h 18

      "Elles" : je connais plusieurs IPS, toutes des femmes. Question d'habitude.
      Hier je fêtais la retraite d'un ami infirmier bien seul dans son milieu: ils sont quatre sur une cinquantaine dans son département, et lui-même dit "infirmières" en parlant du groupe. Voilà pour la tranche "police de la pensée et rectitude restrictive".

      C'est très désobligeant envers les IPS de les présenter comme un surcroît de travail parce que c'est tout le contraire.
      Les IPS sont extrêmement compétentes, et tout d'abord pour connaître les limites de leur champs de compétence.

      Outre des diagnostics et ordonnances, elles exercent un tri qui libère tant les médecins que les spécialistes en aval. La pertinence, c'est là qu'elle commence bien avant un comité qui sera lourd dans sa démarche.
      Elles peuvent autant se tromper que n'importe quel médecin, évidemment. Aussi, sur un diagnostic dont elles doutent, elle réfèrent à un spécialiste, contrairement à ceux-ci, tout bêtement parce qu'elles sont formées au travail d'équipe.

      Les spécialistes ne demandent pas de second avis, sauf nouveaux médecins ou "beaux" cas.

      La somme reste une forte de baisse de travail pour les spécialistes, et certainement pas plus de pression.

      Mme Francoeur parle de demandes de tests et examens. Pas de diagnostics.

      Le médecin se croit seul responsable, et en soi il a presque raison : il est le seul non-salarié d'un système entièrement conçu autour de lui. Déléguer, un spécialiste? Euh...

      Je vous demande de relire et constater que pour Mme Francoeur le spécialiste est l'unique personne qui peut décider. Ben, c'est faux.
      Si un médecin n'est pas capable de s'appuyer sur une équipe pour résister aux pressions des patients, c'est qu'il est mal formé.

      Vous m'excuserez d'utiliser "il" au lieu de "ça" pour les spécialistes. Si nulle n'est une il, aucun n'est tunnel, comprenne qui pourra.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 18 décembre 2019 22 h 17

      « police de la pensée et rectitude restrictive »

      Ben voyons donc... Tout vos commentaires, aujourd'hui, sont à l'avenant.

    • Brigitte Garneau - Abonnée 19 décembre 2019 05 h 47

      Je partage entièrement votre point de vue M. Trottier.

  • Normand Ouellet - Abonné 18 décembre 2019 09 h 15

    C’est d’une impertinence cette réponse de la pertinence de l’acte...

    Cher gouvernement CAQ,

    Ce n'est pas le bonhomme 7 heures que vous invoquez dans vos litanies, mais plutôt le monstre de l'indignation collective des citoyens que par mépris, on appelle "la rue"! La classe politique semble être étourdie par le vertige des deniers. Elle apparait incapable de retenir l'impulsion des privilèges obsessionnels.

    Cette indignation sera perçue comme une impertinence et une délinquance face à une morale débridée alors qu'on offre moins que l'inflation aux serviteurs publics sous-payés pour les cinq prochaines années tout en donnant une poussée à la boule du pendule des inégalités sociales en confirmant une traitement privilégié d'un rattrapage salarial de 30 p. cent aux médecins qui reçoivent déjà plus de 8 fois la rémunération moyenne des québécois.

    La réponse qui sort du brouillard communicationnel est de s'assurer de la pertinence des actes. N'est-ce une réponse tout à fait méprisante? Si cela n'était pas le cas avant l'entente avec les spécialistes, alors nous gaspillons depuis longtemps les deniers publics. Nous dire que nous allons faire des gains sur les enveloppes de rémunération des médecins en dépensant mieux n'est pas très rassurant ... Si on se fie aux listes d'attente et à l'accessibilité aux services, il y a déjà un rationnement des services sociaux et de santé de notre régime public. Resserrer le jugement sur la pertinence des actes risque fort de se traduire par un plus grand rationnement des services!

    À tout le moins, il faudrait que nous ayons la démonstration que de mieux payer nos médecins améliore l'accessibilité et réduit les délais d'attente. Cela m'apparaît des plus pertinent lorsque nous investissons des milliards des dollars ... Le critère de l'accessiblité aux services n'est-il pas prioritairement pertinent? À tout qualifier de pertinent, on en perd l'esprit et la substance et nous risquons malheureusement de donner priorité au contrôle qui se substitue à la performance.

    Normand Ouellet, PhD, santé

  • Gaston Bourdages - Abonné 18 décembre 2019 09 h 37

    La gestion du doute...

    ...de la peur des poursuites, la pertinence ou non d'un examen additionnel, tout un cocktail.
    « On » en est aussi rendu là.
    Si la confiance dans « l'autre » était plus florissante, peut-être y gagnerions-nous $$$ au change, du moins dans cette situation ?
    Tout d'un coup qu'il y aurait une étude sociologique intéressante à faire sur la perte de confiance et de la confiance ?
    À monsieur Alain Deneault, philosophe-écrivain, je demandais un jour à la suite de sa conférence : « Vous est-il possible monsieur Deneault de dresser le bilan de la morale ou de la moralité ayant actuellement cours dans le monde ?» Avec franche humilité, il m'a répondu « Non »
    La pertinence est toujours pertinente.
    Gaston Bourdages
    Saint-Mathieu-de-Rioux.
    P.S. Du mot « pertinent » « mes » amis de l'Université Caen de Normandie en donnent 24 synonymes et un antonyme

  • Gaston Bourdages - Abonné 18 décembre 2019 09 h 37

    La gestion du doute...

    ...de la peur des poursuites, la pertinence ou non d'un examen additionnel, tout un cocktail.
    « On » en est aussi rendu là.
    Si la confiance dans « l'autre » était plus florissante, peut-être y gagnerions-nous $$$ au change, du moins dans cette situation ?
    Tout d'un coup qu'il y aurait une étude sociologique intéressante à faire sur la perte de confiance et de la confiance ?
    À monsieur Alain Deneault, philosophe-écrivain, je demandais un jour à la suite de sa conférence : « Vous est-il possible monsieur Deneault de dresser le bilan de la morale ou de la moralité ayant actuellement cours dans le monde ?» Avec franche humilité, il m'a répondu « Non »
    La pertinence est toujours pertinente.
    Gaston Bourdages
    Saint-Mathieu-de-Rioux.
    P.S. Du mot « pertinent » « mes » amis de l'Université Caen de Normandie en donnent 24 synonymes et un antonyme

  • Dianne Mailhot - Inscrite 18 décembre 2019 09 h 55

    Citron pressé

    Désolé, mais vous avez trop pressé le citron, nous souffrons d`une écoeurantite aigue à votre égard et qui va être long à digèrer.
    La confiance dans vos propos n`existe plus.

    • Brigitte Garneau - Abonnée 19 décembre 2019 05 h 49

      Comme c'est bien dit!

    • Raynald Goudreau - Abonné 19 décembre 2019 09 h 10

      Voila la situation decrite ...