Croire ou ne pas croire au père Noël

«Quel est le lien avec la responsabilité parentale et la croyance au père Noël?», questionne l'auteur.
Photo: Catherine Legault Le Devoir «Quel est le lien avec la responsabilité parentale et la croyance au père Noël?», questionne l'auteur.

La chronique de Normand Baillargeon parue dans Le Devoir du samedi 14 décembre et intitulée « Platon et le père Noël » m’a laissé pantois. Jusque-là, j’ignorais qu’un débat de société de type pédagogico-philosophique avait cours au sujet de l’à-propos pour les parents de laisser croire à leurs enfants que le père Noël existe. Au nom de la vérité et de la transparence, ne vaudrait-il pas mieux leur expliquer que ce bon et joufflu personnage relève d’un canular ?

Je n’ai pas l’intention de participer à ce débat autrement qu’en m’inspirant de la parole d’un enfant lui-même. Voici l’anecdote : l’un de mes petits-fils fêtera son sixième anniversaire au printemps prochain. Conformément à la coutume, ses parents l’ont amené rendre visite au père Noël. Une fois le boniment d’usage terminé, l’enfant affirme à sa mère : « Lui, c’est pas un employé du père Noël. C’est le vrai à cause de sa barbe. »

Que signifie cette remarque en apparence banale ? Tout d’abord qu’à l’âge où il est arrivé, cet enfant commence, par simple observation, à distinguer le réel de l’imaginaire, le vrai du faux. L’âge de raison montre le bout de son nez. En second lieu, quitter le monde du merveilleux pour celui de la plate et froide réalité revient à faire un deuil.

Se refusant à vivre une telle désillusion, mon petit-fils fait appel à une stratégie dite de la réconciliation des contraires : le père Noël a des employés. Ce sont des faux à la barbe rapportée. Le vrai, le seul a une vraie barbe. Et c’est bien lui que j’ai rencontré. Raison et croyance sont ainsi réconciliées. Fin de la dissonance cognitive.

Que faut-il retenir de l’effort de cet enfant afin de ne rien perdre au change ? Que les enfants, lorsqu’ils sont arrivés à un certain stade de leur développement, acquièrent une autonomie de pensée suffisante pour faire la distinction entre le réel objectivable et le monde imaginaire. En corollaire, ce nouvel acquis de la pensée leur confère la capacité de résoudre des problèmes d’un faible niveau de complexité en ayant recours à des stratégies cognitives appropriées.

Quel est le lien avec la responsabilité parentale et la croyance au père Noël ? Faisons confiance à la capacité des enfants de perdre quelques illusions sans vivre un choc post-traumatique qui assombrira le reste de leur vie. Après tout, moult générations l’ont bien fait avant eux. Également, et surtout, prenons soin de ne pas projeter nos tourments d’adultes sur nos enfants.

Laissons-les vivre leur enfance. Encourageons-les à cultiver leur jardin. Ils sont au premier âge de la vie marqué par l’émerveillement, le mystère, la fantaisie, le jeu, la candeur, la créativité. Le sentiment de désenchantement du monde viendra bien assez tôt. S’ils ont de la difficulté à y faire face, ils nous le feront bien savoir. Répondons alors présents et expliquons-leur simplement le pourquoi et le comment de choses.

Reste quand même une question, plus globale et sociologique celle-là. Comment, comme société, en sommes-nous arrivés à nous questionner à propos de tout et de rien au point que plus rien ne mérite le qualificatif d’une certitude à nos yeux. Et pourquoi éprouve-t-on un si pressant besoin de s’en remettre à des experts sur des questions qui devraient normalement relever du sens commun ?

La réponse de Normand Baillargeon

Merci de votre mot. Je dois avouer avoir été moi aussi surpris d’apprendre l’existence d’argumentaires affirmant qu’il n’est pas justifié de laisser croire aux enfants que le père Noël existe. De nombreux auteurs et écrits défendent pourtant ce point de vue et il ne me semblait pas déplacé de le rappeler en ces pages; et de dire aussi pourquoi certains pensent que c’est une mauvaise idée.

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5 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 17 décembre 2019 04 h 46

    … CADEAUX ?!?

    « Quel est le lien avec la responsabilité parentale et la croyance au père Noël ? » ; « Et pourquoi éprouve-t-on un si pressant besoin de s’en remettre à des experts sur des questions qui devraient normalement relever du sens commun ? » (Jean-Paul Ouellet, Retraité)

    De cette délicieuse citation, deux yahou + 1 :

    A Quel lien parental ? Aucun car la croyance et l’incroyance en l’existence d’un quelconque « Père-Noël » (A) relève du monde de l’Imaginaire, un monde qu’aiment fréquenter les enfants (Tintin, Petit Prince, Astérix, Shrek … .), même parfois les adultes ? ;

    B S’en remettre aux experts, pourquoi quand c’est si simple ? Probablement parce qu’ils ont déjà été des ENFANTS ?, et ;

    C Si le Père-Noël n’existait pas, que vivre de fête sans …

    … CADEAUX ?!? - 17 déc 2019 –

    A : Tout le Monde sait que, distribuant des cadeaux, le Père-Noël n’est pas là pour justifier ni injustifier la naissance de ?!? : n’osons pas s’y « trumper » !

  • Cyril Dionne - Abonné 17 décembre 2019 09 h 35

    Le Père Noël et les amis imaginaires

    On pourrait substituer le Père Noël à tous les dieux que les humains ont inventés. Quelle serait la différence? On parle bien d’amis imaginaires et magiques n’est-ce pas? La différence près, c’est que les enfants en viennent à un dépassement de ces mythes. La raison en aura bien raison plus tard.

    Ceci dit, les croyants n’ont-ils une grande difficulté à distinguer le réel de l’imaginaire, le vrai du faux et eux aussi doivent faire appel à la réconciliation des contraires : dieu a des employés qu’on appelle pape, cardinal, imam, rabbin et j’en passe. Pour ceux qui sont ancrés dans la réalité, il n’y a jamais eu de dissonance cognitive. Pour les autres, elle perdure tout simplement parce qu’ils n’ont jamais appris à distinguer le réel de l’imaginaire et le vrai du faux.

    Lorsque les enfants peuvent faire la distinction entre le réel objectivable et le monde imaginaire, ils n’ont plus besoin de béquille psychologique. C’est la fin de Père Noël pour eux. Que peut-on dire des adultes qui persistent dans cette voie? Sont-ils arrivés à un certain stade de développement supérieur à l’enfance pour acquérir une autonomie de pensée suffisante s’ils croient dur comme fer que les humains ressuscitent et que la Terre a été créée en une semaine, créationnisme oblige?

    Le lien de la responsabilité parentale et la croyance aux amis imaginaires découle de la filiation. Ceci est aussi vrai pour le Père Noël que tous les dieux du ciel. Lorsqu’on arrête de se questionner sur le monde qui nous entoure, on risque de sombrer dans ces contes de mille et une nuits qu’on appelle les religions organisées. On perd ce que nous a permis de survivre comme espèce dans un monde inhospitalier; la raison.

    Enfin, pour nos croyants de l’homme à l’habit rouge, est-ce qu’on pourrait remettre le jour de Noël durant l’été afin que le Père Noël ne se brûle pas en descendant la cheminée?

  • Jean-François Trottier - Abonné 17 décembre 2019 09 h 56

    N'eût été de la pression sociale énorme autour du Pé-Nowell, je n'aurais jamais dit un seul mot à ce sujet en présence de mes enfants.

    Mais puisque c'est un crime de ne pas croire au Pé-Nowell, puisque tous les films américains le proclament et à leur suite toutes les mamans, j'ai laissé faire. Ma conjointe, les matantes, les mononc', les profs et tous les vendeurs dès qu'on pointait le nez dans un magasin avec les enfants.

    Je n'en suis pas très fier.

    Je n'ai jamais pris mes enfants pour des imbéciles... mais j'ai laissé les autres le faire. Pas fort.
    Un ti-véverre de lolo avec ça? Pis du socolat? C'é bon du socolat!

  • Gilbert Talbot - Abonné 17 décembre 2019 13 h 06

    À la recherche d'un monde meilleur.

    Je suis un retardataire. J'ai commencé à cesser de croire en Dieu à 21 ans, soit au début de l'âge adulte. Et encore, par la suite j'ai cherché à le remplacer par des idéologies plus plausibles, comme l'existentialisme, le socialisme et aujourd'hui l'écologisme. On en sort pas si facilement de ce besoin d'utopie, d'un monde meilleur, surtout quand le monde du consumérisme nous déçoit tellement.

  • Pierre Fortin - Abonné 17 décembre 2019 14 h 02

    Parce qu'il faut bien que jeunesse passe


    Monsieur Ouellet,

    Je ne croyais pas, à mon âge, lire une histoire concernant Noël avec autant de plaisir. Le Père Noël existe-t-il vraiment ? Quelle question ! Et la Fée Clochette, le Chat botté, Cendrillon et tous les autres ogres et sorciers ?

    Votre petit-fils semble développer son jugement propre et c'est toujours épatant de voir l'intelligence d'un enfant se manifester. Il exerce son jugement comme il le peut et, comme vous nous le racontez, il sait faire la part des choses dans le monde qui se présente à lui au fur et à mesure.

    Je crois qu'il revient à votre petit-fils et à lui seul de trancher la question quand il y sera disposé. On pourra lui dire alors qu'il n'a pas mis tellement de temps pour démystifier ce pieux menonge qui l'a fait rêvé tout ce temps et en rire avec lui tout simplement. Ce qui sera une occasion unique de mettre son jugement en valeur et de le reconnaître en saluant son évolution.

    En ce qui concerne les certitudes, il faut savoir et se rappeler qu'on les trouve seulement dans les mathématiques ou dans la foi. Pour tout le reste, nous sommes limités à nos sens, à nos expériences et à celles des autres qu'on peut partager. Je préfère parler de convictions en ce qui concerne nos perceptions, lesquelles sont perfectibles et on peut les raffiner toute sa vie. Soyez toutefois assuré que si jamais je rencontre un adulte qui croit encore au Père Noël, je me ferai un devoir d'engager avec lui une discussion sérieuse.

    D'ici là, je vous souhaite un joyeux Noël à vous et à votre petit-fils.