Étudiants étrangers: d’abord et avant tout de la stabilité

«La réalité est que l’encadrement québécois des écoles de langues et des étudiants étrangers doit effectivement être repensé en profondeur», croit l'auteur.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir «La réalité est que l’encadrement québécois des écoles de langues et des étudiants étrangers doit effectivement être repensé en profondeur», croit l'auteur.

Imaginez un instant que vous êtes un étudiant brésilien ou chinois… Depuis des années, vous économisez péniblement de l’argent pour aller apprendre le français ou l’anglais dans un autre pays. Vous êtes peut-être même prêt à reprendre votre vie à zéro pour, à moyen terme, étudier dans une université de ce pays et ensuite y devenir un citoyen intégré et productif.

Allez-vous parier tous ces efforts et ce rêve sur une destination où les directives semblent constamment changeantes ou allez-vous privilégier un pays peut-être moins accueillant, mais dont les bénéfices sont plus sûrs ? Si vous êtes un travailleur qualifié qui cherche à émigrer, le résultat est le même : poser la question, c’est y répondre.

Les étudiants étrangers et les immigrants prisés cherchent d’abord et avant tout à améliorer leur sort. Ce qu’ils ne veulent surtout pas, c’est entrer dans une loterie aux règles changeantes dont ils pourraient être les perdants, du jour au lendemain. Cette loterie, ils l’ont souvent connue dans leur pays d’origine.

Chaque année, plus de 150 000 étudiants internationaux fréquentent une école membre de Langues Canada. Les raisons de choisir le Canada les plus fréquemment citées par ces étudiants sont la sécurité et l’ouverture. Dans notre lutte mondiale pour recruter de bons candidats, le Canada et le Québec se démarquent justement parce qu’ils sont des choix relativement certains.

La France est flamboyante, l’Angleterre est reconnue pour ses universités prestigieuses, les États-Unis font miroiter le rêve américain… Notre marque de commerce à nous sur la scène internationale ? Être accueillant, sécuritaire, compétent… Un bon placement, en quelque sorte.

Les récents bouleversements dans l’accueil québécois des étudiants internationaux et des immigrants ont fait beaucoup de vagues dans les marchés que nous courtisons tous les jours. Nous commençons à sentir que nos partenaires à l’étranger, qui conseillent les étudiants dans leur choix de pays, recommandent moins le Québec.

Ajoutez à cela les récits selon lesquels certains établissements d’enseignement délivrent des certificats de compétence linguistique complaisants et les nouvelles disant que certaines écoles québécoises escroquent des étudiants dont les visas sont refusés et vous avez réuni tous les éléments pour une tempête redoutable. Heureusement, elle n’a pas encore eu lieu, mais elle semble poindre à l’horizon.

La réalité est que l’encadrement québécois des écoles de langues et des étudiants étrangers doit effectivement être repensé en profondeur. Par exemple, les écoles de langues n’ont pratiquement aucune exigence imposée par l’État québécois. Les écoles de maquillage, oui, les écoles de massage, oui, mais pour les écoles qui accueillent des milliers d’élèves étrangers, des élèves qui ont souvent traversé le globe et mis des milliers de dollars en jeu, ces écoles qui peuvent faire et défaire notre réputation internationale, pour ces écoles-là, c’est le Far West ou presque.

Dans notre réflexion sur l’accueil des étudiants internationaux, il est primordial d’inclure l’encadrement des écoles de langues. Elles recrutent chaque semaine, à l’étranger, sur place et dans leur langue, des centaines d’étudiants désireux de venir chez nous et de s’intégrer.

Chaque fois que le laxisme actuel permet la délivrance de documents de complaisance, notre crédibilité en prend un coup. Chaque fois qu’un potentiel étudiant se fait escroquer par une école d’ici avant même de quitter son pays, vous pouvez être certain qu’il dit à tous ceux qui veulent l’entendre de ne pas venir au Québec ou au Canada.

Pour recruter mieux, il faut aussi corriger ce problème qui dure depuis des années et dont la gravité est particulièrement criante au Québec. En intégrant ce secteur crucial, nous pourrons mettre en place des solutions stables et attirantes pour les candidats recherchés.


 
2 commentaires
  • André Cournoyer - Abonné 9 décembre 2019 13 h 20

    Et pour les enseignantts

    Enseignant au primaire, j'ai des collègues de certains pays francophones qui me parlaient depuis quelques années de venir travailler au Québec. Jusqu'à présent je les avais toujours encouragé à venir, MAIS avec les derniers chambardements que le gouvernement à voulu faire je leur ai clairement conseillé de ne plus y penser. Les raisons, tout était trop instable et on ne peut plus se fier aux promesses et aux différents programmes.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 9 décembre 2019 14 h 30

      @ MM. Cournoyer et Gonzalo Peralta
      Pour un enseignant au primaire et un "DG" ? aux "Langues"..(.sic) vous avez sûrement raté le coche ...louper une opportunité... de vous tourner la langue ...15 à 20 fois avant de parler.

      (Parce que le Québec est considéré comme étant trrrrrrès généreux avec l'immigration et les étudiants étrangers.)
      Voilà LA raison ...pour laquelle vous décriez la situation (revue et corrigée) présente...Nous sommes pour vous la "poule aux oeufs d'or".
      .
      Vous finissez par croire que tout VOUS est dû... comme certains (sic) journaux et médias vous le laissent entendre.
      On est peut-être fatigués... d'être perçus comme des "cocus contents"...Alors, allez porter vos propos aillleurs.