Locataires condamnés

En raison de la pénurie de logements, les propriétaires d'appartements insalubres peuvent trouver preneur.
Photo: Jacques Grenier Le Devoir En raison de la pénurie de logements, les propriétaires d'appartements insalubres peuvent trouver preneur.

À Montréal, l’état des logements est désastreux. La Direction de santé publique (DSP), bien au fait des graves conséquences que les problèmes de salubrité peuvent avoir sur la santé, a publié une étude sur ce sujet.

Cette dernière, qui date tout de même de 2011, révélait que 36 % des enfants de 6 mois à 12 ans vivaient dans des domiciles ayant des problèmes de moisissures ou d’humidité excessives à Montréal.

Évidemment, le pourcentage de locataires vivant dans ces conditions est nettement plus élevé que le pourcentage de propriétaires. Cette étude situait le facteur d’humidité excessive et de moisissures comme « le plus important facteur modifiable » susceptible de causer l’asthme, des rhinites et diverses infections.

Bien que cette étude n’ait pas été actualisée, force est de croire qu’avec le vieillissement des logements à Montréal, la situation s’est empirée. Ce vieillissement s’ajoute à d’autres facteurs qui entravent l’amélioration de l’état des logements.

En effet, les faibles taux d’inoccupation ont poussé Montréal vers une crise du logement depuis plusieurs mois. Il y a si peu de logements disponibles que les propriétaires de logements insalubres peuvent trouver preneur, discriminer lors de la signature du bail et louer à des loyers tout de même élevés !

La détérioration des logements et la crise du logement sont des facteurs déterminants menant à l’explosion des demandes d’aide reçues à Infologis, un organisme de défense des droits des locataires où je travaille.

Des locataires désespérés, qui débarquent dans mon bureau, épris de colère et de désespoir, ayant eu des punaises, des coquerelles ou de la moisissure durant des mois, ayant exercé les recours qui s’offrent à eux et qui se retrouvent sans résultat, j’en vois chaque semaine.

Infologis intervient notamment dans l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve (MHM), un des arrondissements les plus durement touchés par les problèmes de salubrité. Dans MHM, une couche de malheur supplémentaire, et extrêmement frustrante, vient s’ajouter au dam des locataires : l’indifférence du maire.

En effet, comme pour bien des choses, la question de la salubrité dépend de la volonté politique des décideurs. Certains élus municipaux d’autres arrondissements ont mis en place différentes mesures pour améliorer le traitement des plaintes concernant les logements insalubres : attribution de ressources financières, simplification de la procédure pour l’ouverture d’un dossier, collaboration avec les comités logement… Dans MHM, c’est l’indifférence totale. Rien. De surcroît, le maire refuse catégoriquement de rencontrer Infologis.

Peut-on ajouter que cet arrondissement est frappé de plein fouet par la gentrification, et que cela ajoute une pression supplémentaire sur les locataires ? Les élus de MHM devraient adopter des mesures simples, ayant fait leurs preuves dans d’autres arrondissements pour veiller à l’amélioration des conditions de logements des locataires. C’est un minimum.

Tant qu’il n’y aura pas de changement, ce seront les locataires qui écoperont. Exaspérés, ils quitteront leur logement en cours de bail, se retrouveront en non-paiement de loyer, et le logement problématique sera reloué, plus cher, à d’autres gens. Malheureusement, même bien au fait des problèmes, j’ai beau interpeller, tant que les décideurs décideront de ne rien faire, les démunis resteront oubliés, et les locataires condamnés.

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5 commentaires
  • Brian Monast - Abonné 27 novembre 2019 05 h 47

    Photo mal choisie

    Du linge propre qui pend sur une corde, c'est signe qu'il y a des gens qui vivent là. Ce n'est pas un signe d'insalubrité.

  • Robert Taillon - Abonné 27 novembre 2019 09 h 45

    Indifférence et magouilles

    Les élus de tout les paliers sont bien trop occupés à cacher leurs magouilles pour s'occuper des réels problèmes de la société. je crains pour eux que ca se retourne contre eux de diverses facons; il n'y a qu'à voir ce qui se passe partout sur la planète, cà ne tardera pas à se voir ici aussi. De laisser les plus riches, trop souvent loin d'être des modèles d'intégrité fiscale et autres, abuser de leurs pouvoirs sur le dos des plus faibles est abject. Le système actuel tend à beaucoup s'effriter partout. Lorsque le capitalisme atteindra sa fin suite aux abus de toutes sortes, tout le monde sera au même niveau.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 27 novembre 2019 09 h 58

    De la nécessité de nommer

    Dans son texte, l’auteur blâme particulièrement le maire de l’arrondissement de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve (MHM) sans le nommer.

    Il existe un tabou à ne pas donner le nom de responsables municipaux comme s’il s’agissait d’un fonctionnaire ou d’un simple exécutant.

    Pourtant on nomme les ministres fédéraux et québécois. On les blâme et les interpelle publiquement.

    Or le ‘gouvernement de Montréal’ est plus gros que celui de l’Ile-du-prince-Édouard. Il est donc temps de remettre en question ce tabou.

    Ce maire de MHM s’appelle Pierre Lessard-Blais et il est du parti municipal Projet Montréal (le même parti que la mairesse Valérie Plante).

    Il faut nommer les gens pour deux raisons.

    Premièrement, il faut que le discrédit d’un maire d’arrondissement rejaillisse sur l’administration centrale afin que cette dernière sente le besoin de faire pression sur lui pour qu’il se hausse à la hauteur de sa tâche.

    Et deuxièmement, il faut motiver les partis municipaux de surmonter la solidarité partisane pour, au contraire, les motiver à se débarrasser des canards boiteux.

    Le 25 juillet 2018, je demandais au maire Pierre Lessard-Blais d’installer des dos-d’âne sur la section de la rue Jeanne-d’Arc entre De Rouen et Hochelaga.

    Tous les jours je suis témoin d’automobilistes et de camionneurs qui y circulent à vitesse excessive (parfois en reculant sur de longues distances) alors qu'à chaque matin, on y promène les enfants d’une garderie.

    Après seize mois, rien n’a été fait.

    Donc il n’y a pas qu’au chapitre de la salubrité que le maire Pierre Lessard-Blais ne fait pas son job, protéger les citoyens de son arrondissement.

    • Gilles Théberge - Abonné 27 novembre 2019 14 h 23

      « Pierre Lessard-Blais » ! Un nom à retenir...

      Et vous madame Valérie Plante, qu'en pensez-vous...?

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 27 novembre 2019 15 h 11

      À Gilles Théberge :

      Madame Plante est beaucoup plus compétente que son prédécesseur (hyperactif, mais qui avait la manie de s’éparpiller dans toutes les directions).

      Le ‘cabinet ministériel’ de Mme Plante est très inégal. On y trouve des gens dévoués et remarquables et quelques incompétents.

      Le creux du creux est certainement à la mobilité et à l’urbanisme.

      La politique au sujet des trottinettes électriques est lamentable et les mesures annoncées pour réduire le nombre de piétons tués par des automobilistes (qui a triplé depuis que Projet Montréal a pris le pouvoir) n’ont aucune chance de modifier substantiellement son bilan meurtrier.

      Dans le premier cas, j’ai écrit tout le mal que j’en pensais dans le texte ‘La petite fille aux trottinettes’ et pour le second, dans le texte ‘La crise des piétons tués durera huit ans’, tous deux disponibles sur l’internet.