Le rôle des ouvriers sylvicoles dans une forêt sans glyphosate

«Il est indispensable de reconnaître le rôle que jouent les ouvriers sylvicoles dans l’aménagement forestier et de leur assurer des conditions de travail décentes», affirment les auteurs.
Photo: iStock «Il est indispensable de reconnaître le rôle que jouent les ouvriers sylvicoles dans l’aménagement forestier et de leur assurer des conditions de travail décentes», affirment les auteurs.

Certaines personnes ont été choquées d’apprendre que des milliers de kilogrammes de glyphosate, le principal ingrédient du Roundup, sont pulvérisés chaque année sur les forêts du Nouveau-Brunswick et dans presque toutes les provinces. Cette pratique soulève en effet d’importantes questions en matière de santé publique et d’acceptabilité sociale.

Le Québec est la seule province où l’usage de phytocides chimiques est interdit en forêt, et ce, depuis 2001. À la suite d’une consultation publique, le Québec a plutôt fait le choix de se tourner vers des pratiques de dégagement dites « mécaniques » pour éliminer la végétation compétitrice aux essences forestières à valeur commerciale. Or, ces pratiques, telles que le débroussaillage, reposent sur le travail d’ouvriers sylvicoles, dont le travail est non seulement méconnu, mais également sous-valorisé.

Au Québec, près de 92 % de la forêt est du domaine de l’État, qui assure la gestion des ressources forestières. De 1986 à 2013, le gouvernement du Québec attribuait aux entreprises forestières des contrats d’approvisionnement et d’aménagement forestier (CAAF), confiant ainsi à l’industrie la responsabilité de la régénération des forêts publiques.

Ce régime forestier a été vertement critiqué, ce qui a mené à l’adoption de la Loi sur l’aménagement durable du territoire forestier. En vigueur depuis 2013, cette loi a transformé en profondeur la foresterie, notamment en ramenant au gouvernement la responsabilité de la gestion forestière. De plus, on y souligne désormais explicitement l’importance de soutenir la viabilité des collectivités forestières.

La planification et l’attribution des travaux sylvicoles relèvent désormais du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, qui confie la responsabilité des opérations à l’organisme Rexforêt. L’exécution des travaux d’aménagement est confiée à des entreprises sylvicoles, que ce soit des coopératives forestières, des groupements forestiers, des entrepreneurs spécialisés dans les travaux sylvicoles ou des entreprises autochtones. Ce faisant, l’État joue un rôle fondamental dans la structuration des conditions de travail de ces ouvriers, le coût de ces travaux étant déterminé par le Bureau de la mise en marché des bois.

La majorité des travaux sylvicoles est effectuée manuellement. Le travail accompli par les ouvriers sylvicoles est soumis aux aléas de la météo et aux feux de forêt, notamment. Ce secteur d’activités est considéré comme étant à risque « élevé à extrême » d’accidents du travail par la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail.

Compte tenu du caractère saisonnier de ces emplois, les journées de travail sont longues. Les travailleurs sont généralement rémunérés au rendement et doivent assumer plusieurs coûts, dont ceux associés au déplacement vers leur lieu de travail et à l’achat et à l’entretien de leurs outils de travail. Au cours des vingt dernières années, les ouvriers sylvicoles ont vu leur salaire stagner et plusieurs estiment que les conditions générales d’exécution de leur travail se sont dégradées.

Pas étonnant alors que plusieurs acteurs, dont le Comité sectoriel de la main-d’oeuvre en aménagement forestier, font état d’un enjeu criant de rareté de la main-d’oeuvre. Les employeurs peinent à trouver une relève, et ce, malgré une pluralité de programmes visant le recrutement et la rétention. S’il faut saluer la décision du Québec d’avoir interdit le recours aux phytocides chimiques, dans une optique d’aménagement durable des forêts, il est indispensable de reconnaître le rôle que jouent les ouvriers sylvicoles dans l’aménagement forestier et de leur assurer des conditions de travail décentes.

Le gouvernement a engrangé d’importants surplus lors de l’exercice 2018-2019. Sommes-nous prêts, collectivement, à accepter qu’une partie de ces ressources serve à améliorer les conditions de travail des ouvriers sylvicoles ? Il en va de la survie de ce secteur névralgique de l’économie québécoise, mais aussi de la protection de la biodiversité et de la diversité des usages par les communautés qui y vivent.

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