Cher automobiliste montréalais (bis)

«Une autre manoeuvre délicate, celle qui est sans doute une des plus périlleuses pour moi comme cycliste, c’est le virage à gauche», affirme l'auteur.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Une autre manoeuvre délicate, celle qui est sans doute une des plus périlleuses pour moi comme cycliste, c’est le virage à gauche», affirme l'auteur.

Cher automobiliste montréalais,

Il y a un peu plus de quatre ans, je t’écrivais une lettre ouverte dans ce même journal pour t’expliquer la logique derrière certains de mes comportements de cycliste urbain et te demander d’en tenir compte dans ta conduite, ma vie et mon intégrité physique en dépendant souvent.

Je suis heureux de constater, au moment où cette année cycliste se termine pour moi, que notre relation s’est grandement améliorée et que tes comportements ont changé. Lorsque je roule dans les rues de Montréal, j’ai de plus en plus la conviction que j’existe dans ta conscience de conducteur et je suis l’objet d’un nombre grandissant d’actions de ta part qui le confirment, y compris des gestes de courtoisie à mon endroit. Je t’en suis reconnaissant et t’en remercie.

Il y a par ailleurs quelques points sur lesquels je veux attirer ton attention et te faire des suggestions. Première situation : tu roules derrière moi dans une rue étroite et tu veux me dépasser. Évidemment, tu es conscient de l’obligation de maintenir une marge d’un mètre entre ton véhicule et moi, et cela t’inquiète un peu. Alors, tu vas souvent le faire en hésitant, me suivre au ralenti, et profiter d’une occasion pour accélérer soudainement et me dépasser.

Je te suggère plutôt de t’abstenir de me suivre trop longtemps, d’accélérer graduellement et de me dépasser à vitesse constante. C’est moins agressant pour moi. Et souviens-toi qu’un mètre, c’est ce qui est requis, mais c’est aussi suffisant ; tu n’as pas à en mettre plus si tu ne le peux. Au surplus, le Code de la sécurité routière du Québec autorise un véhicule routier à franchir une ligne continue pour dépasser un cycliste, si cette manoeuvre peut être faite sans danger.

Autre situation : à un carrefour où nous avons tous un arrêt obligatoire. Tu veux me faire signe de passer, ce qui est très courtois, alors tu me fais un signe de la main en me regardant, mais tu oublies, parce que tu me vois très clairement, qu’avec les vitres teintées ou le reflet de la lumière naturelle, je ne te vois quant à moi que très mal et que je ne prendrai pas le risque de m’avancer inutilement. Je te suggère donc de plutôt me faire un appel de phares, le signal étant pour moi beaucoup plus clair.

Une autre manoeuvre délicate, celle qui est sans doute une des plus périlleuses pour moi comme cycliste, c’est le virage à gauche. Comme je roule la plupart du temps à droite sur la route, il me faut pour ce faire obliquer vers la gauche, m’intégrer à la file, souvent attendre le feu clignotant ou que le passage soit libre, ce qui me met dans une position très précaire. J’ai donc à ce moment particulièrement besoin que tu me fasses de la place et que tu me facilites la manoeuvre.

Dernier point sur lequel je veux attirer ton attention, sans doute parce que c’est le plus difficile pour toi à garder à l’esprit : l’emportiérage. Il arrive encore trop souvent qu’en roulant en bord de rue, même sur une piste cyclable, je doive manoeuvrer de manière précipitée et souvent dangereuse pour éviter une portière qui vient de s’ouvrir devant moi (j’ai été jusqu’à maintenant assez chanceux et vigilant pour m’éviter la catastrophe). Je te saurais donc gré d’être particulièrement attentif à ce comportement, peut-être plus difficile à intégrer parce que ne relevant pas de la conduite au sens strict.

Comme dans ma précédente lettre, je spécifie que je suis aussi un automobiliste — quoique de moins en moins — et qu’en ce sens, cette lettre s’adresse aussi à moi-même, comme un rappel.

Merci des efforts que tu as faits et que tu continueras à faire, je le sais, en espérant que dans quelques années encore je pourrai t’écrire à nouveau, cette fois avec seulement des félicitations.

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27 commentaires
  • Claude Saint-Jarre - Abonné 23 novembre 2019 08 h 13

    Merci

    Merci et bonne chance à toi. Félicitations pour le mot: emportiérage!

  • Cyril Dionne - Abonné 23 novembre 2019 08 h 16

    Les bicycles à pédales arrivent en ville

    Cher cycliste montréalais de notre cœur,

    Vous savez, les rues d’une ville comme Montréal n’ont pas été conçues pour les bicycles à pédales.

    Primo, qu’est-ce qu’un bicycle à pédales a à faire dans une rue d’une ville métropolitaine? Ces routes n’ont sont pas pour le bon plaisir de pistards à roue bipède non motorisée, mais bien pour la libre circulation de voitures. Pour les piétons, nous avons les trottoirs.

    Secundo, pouvez-vous nous dire ce que vous foutez à un carrefour où tous ont un arrêt obligatoire? Si vous êtes dans la rue avec votre bicycle à pédales, la responsabilité vous revient en ce qui concerne la sécurité routière et votre propre sécurité. Idem pour le virage à gauche. Arrêter de blâmer les autres.

    Tertio, si vous devez manœuvrer pour éviter les portes des voitures, c’est que roulez soit dans un endroit qui devrait être proscrit pour vous parce que vous roulez trop près des voitures ou bien trop vite. C’est aussi simple que cela.

    Enfin, rien ne nous fait plus plaisir que de voir des bicycles à pédales circuler durant l’hiver sur des chemins glacés ou bien durant la nuit sans aucune lumières ou réflecteurs. Rien. Et vous savez que cette dernière phrase est sarcastique. En tout cas, on l’espère.

    • Marc Therrien - Abonné 23 novembre 2019 12 h 32

      Voilà bien un autre exemple où, commandant le respect et n'attendant pas qu'on vous en confère, vous êtes prêt à écraser les doigts de la main tendue qui cherche l'entente à l'amiable par la collaboration. Vous avez certes de la poigne et en imposez. Je vous imagine au volant d'un gros FORD F-150.

      Marc Therrien

    • Sylvain Auclair - Abonné 23 novembre 2019 14 h 27

      Je regrette, mais les vélos sont arrivés en ville bien avant les voitures. En fait, une ville comme Montréal a été conçue pour les calèches et les tramways...

    • Cyril Dionne - Abonné 23 novembre 2019 17 h 41

      @ Sylvain Auclair

      Oui, Montréal a été conçue pour les calèches et les tramways et nous sommes bien en 2019. Wow! Quelle ville dysfonctionnelle où on ne peut plus différencier le crime organisé de la police. Tout simplement bravo.

    • Cyril Dionne - Abonné 23 novembre 2019 18 h 01

      @ Marc Therrien

      Et non M. Therrien. Je ne conduis pas un gros RAM, mais bien une petite voiture efficace qui ne pollue presque pas. Je pratique la simplicité volontaire sans verser dans l'extrémisme tout en ne le cantonnant pas partout sur les tribunes ou en signant des Pactes avec des milliardaires. J'appelle tout simplement un chat, un chat et je ne fais pas dans la dentelle. Malheureusement pour vous, je ne pratique pas la rectitude politique non plus.

    • Pierre-Yves Guay - Abonné 24 novembre 2019 00 h 55

      Cher Cyril, si vous aviez un tantinet de bon sens, vous auriez profité de l'occasion qui vous était offerte par le billet de monsieur Langlais pour le remercier et rendre hommage à la cordialité de son propos. Mais évidemment, c'était trop vous demander. Persuadé de détenir la connaissance universelle et l'infaillibilité axiologique, vous démontrez encore une fois que vous êtes incapable de tolérer le moindre propos susceptible d'interpeller vos comportements, vos croyances ou vos certitudes. Vos réactions belliqueuses dénuées de tout fondement, toujours aussi méprisantes et insultantes, incarnent la bêtise narcissique dans sa forme la plus insupportable. Votre psychiatre préférée ne vous a-t-elle pas déjà conseillé de baisser le ton, voire de vous taire un peu, ce qui apaiserait votre agitation cérébrale et soulagerait avantageusement les lecteurs du Devoir. Et pourquoi ne pas retourner chez vous, à Cochrane Ontario, cet avant-poste de la civilisation moderne où il n'existe aucun cycliste Montréalais, aucun islamo-gauchiste, ni aucun membre de QS, ni aucune de ces si nombreuses choses qui vous affligent tant au Québec. Vous pourriez enfin y trouver la paix de l'esprit ... et peut-être une bonne vieille taverne (chez Thib's ?) où vous pourriez espérer redevenir le "Trump local".

    • Dominique Boucher - Abonné 24 novembre 2019 07 h 23

      À tous (sauf Monsieur Dionne),

      Inutile de vous obstiner avec Monsieur Dionne. Si vous avez lu quelques-unes de ses interventions dans ces pages, vous avez certainement constaté comme moi que sa mauvaise humeur se déverse, peu importe le sujet, avec la subtilité dʼun camion de vidange qui fonce dans un mur de brique.

      Soyons subtil à notre tour : Comment, il ne traite pas ici les cyclistes de stalinistes islamo-gauchistes (deux des insultes quʼil emploi à profusion à lʼendroit des gens à gauche de Pinochet sur le spectre politique) ? Oh, il a du oublier... Je suis presque étonné, aussi, quʼil n'ait pas écrit « bycicle À PÉDALES » (avec majuscules) pour quʼon comprenne mieux son intention insultante...

      Jean-Marc Gélineau, Montréal

    • Louise Collette - Abonnée 24 novembre 2019 09 h 46

      Je dirais qu'il faut faire la part des choses.

      Je suis témoin de toutes sortes de <<conneries>> de la part de cyclistes et d'automobilistes également.
      En tant que piéton je me méfie grandement des deux, j'ai vu des choses incroyables, des choses qui me sont arrivées, j'ai eu de la chance.
      Montréal n'est pas civilisée : relations automobilistes, cyclistes et piétons. Ces derniers ont également des comportements incroyables, voire même suicidaires oserais-je dire. Ils font parfois des choses renversantes, sans jeux de mots....

      Chacun devrait y mettre du sien et respecter les règlements .

      La première fois que je suis allée aux USA, il y a quand même longtemps de cela, j'étais à San Francisco, je m'apprêtais à traverser la rue et je ne comprenais pas pourquoi un automobiliste était là...à attendre... tout en me regardant; bien sûr il attendait seulement que je traverse et moi qui n'avait jamais vu ça je ne savais pas ce qu'il faisait là. ;-)

      À Montréal tout est à apprendre mais je pense que c'est peine perdue, je ne suis pas optimiste alors je suis très prudente.
      Ma mère a été frappée par un automobiliste, elle était âgée, les gens âgés sont plus à risque : moins bons réflèxes, lenteur etc.

      Il faut travailler à l'éducation de tous pour assurer la bonne entente et la sécurité. C'est permis de rêver car ce n'est pas demain la veille que tout ce beau monde vivra en harmonie, encore du travail à faire....

    • Cyril Dionne - Abonné 24 novembre 2019 10 h 31

      Cher M. Guay,

      Bon. On se fait sermonner par notre érudit professeur de l’UQAM. Wow! Ah ! les sciences sociales. En passant, vous devriez faire de meilleurs recherches sur les personnes, vous qui êtes justement dans ce domaine en sciences molles. lol

      Ceci dit, nos islamo-gauchistes de QS se sentent froissés aujourd’hui. Ah ! « ben ». En voilà un autre de cette frange de gauche qui aimerait bien limiter le discours des autres. Coudonc, est-ce que c’est une manie chez la gauche? Vous n’avez pas encore compris que la meilleure censure est de justement de ne pas lire les commentaires qui vont à l’encontre de votre idéologie qui est aujourd’hui, dépassée, de deux siècles. Aucun de mes commentaires ne vous était personnellement adressé. Et personne ne vous met un fusil sur la tempe pour les lire. Personne.

      Enfin, où sont les contre-arguments? Ils sont où? Ils sont où? Les insultes sont toujours au rendez-vous avec les extrémistes, mais les faits, non. Ah ! les faits. Il y a eu 12 285 contraventions à des cyclistes en 2018 à Montréal. Brûler un feu rouge et zigzaguer à grande vitesse, il semble que le code de la route soit exempt pour ceux à deux roues non motorisés. 2,8 décès par million d'habitants liés au cyclisme (2010), c’est beaucoup. Et nul besoin de porter un casque protecteur et pourtant, c’est souvent la cause de nombreux décès. Montréal, notre ville dysfonctionnelle, c’est la capitale des accidents de vélos au Canada. Bravo les champions.

      Alors continuer à conduire votre « bécik » en ville et dans la neige. Mais ne venez pas après crier à l’injustice lorsqu’il y aura des accidents. Et il en aura.

    • Pierre-Yves Guay - Abonné 24 novembre 2019 16 h 37

      @ Jean-Marc Gélineau
      Vous avez absolument raison : il est inutile d'espérer converser avec un propagandiste colérique, il faut plutôt cesser de nourrir la bête. Merci de votre sage conseil.

  • Pierre Cardinal - Abonné 23 novembre 2019 09 h 41

    Vivre ensemble.

    Votre lettre mérite que des compliments. Merci de votre approche civilisée et respectueuse pour apprivoiser notre difficulté de se partager la route.

    • Magali Bebronne - Abonnée 23 novembre 2019 12 h 00

      Ne vous en déplaise, Monsieur, les citoyens ont le droit de circuler dans leur ville, et pas seulement en auto. Vous avez acheté un véhicule, pas la ville. Et tous les résidents paient pour l'entretien de l'espace public, dont les automobilistes abusent sans payer leur juste part.

      Alors, les gens qui circulent à vélo sont parfaitement légitimes à rouler dans les rues, croiser les autres à des arrêts, et même tourner à gauche. Peut-être qu'une relecture du Code de la sécurité routière vous en convaincra?

    • Cyril Dionne - Abonné 23 novembre 2019 18 h 21

      Chère Magali,

      Oui, les gens qui circulent à vélo sont parfaitement légitimes à rouler dans les rues, croiser les autres à des arrêts, et même tourner à gauche. Et oui, je connais bien le Code de la sécurité routière.

      Ceci dit, vous le faites à vos risques et périls. Primo, les voitures sont maintenant plus grosses. Secundo, plusieurs sont distraient par leur téléphone intelligent quand ils conduisent. Tertio, les gens conduisent de plus en plus et il y a plus de cyclistes sur les routes. Quarto, les routes n’ont pas été conçues pour les vélos en Amérique du Nord et il en coûterait une fortune pour faire en sorte qu’elles soient sécuritaires.

      Enfin, j’espère que vous n’êtes pas une de celles qui font du « bécik » sur les routes enneigées du Québec en hiver. Parce que là, ce n’est pas illégal, mais au point de vue du gros bon sens, on peut se poser des questions sérieuses. Comme dans « Du vélo l'hiver? Mais... pourquoi? », il faudrait mettre des pneus d'hiver sur le « bécik » parce c'est obligatoire à partir du 1er décembre pour les voitures au Québec.

  • Bernard Terreault - Abonné 23 novembre 2019 10 h 01

    Autre point

    Concernant le dépassement, j'ai aussi remarqué que nombre d'automobilistes exagérent le dégagement qu'ils laissent entre eux et le cycliste. Mais je crois comprendre pourquoi: tous les cyclistes ne sont pas disciplinés et ne maintiennent pas une belle ligne bien droite dans leur course, et les automobilistes ne veulent pas prendre le risque de frapper un cycliste trop imprévisible.

    • Sylvain Auclair - Abonné 23 novembre 2019 14 h 28

      Il ne s'agit pas uniquement d'indiscipline, mais aussi d'état de la chaussée et des risques d'emportiérage.

  • Pierre Boucher - Inscrit 23 novembre 2019 11 h 41

    Service endormi depuis des lustres.

    Je suis automobiliste occasionnel. Plus souvent piéton et cycliste.
    Jeudi, 17h. Je dois traverser en voiture les quartiers Rosemont et Hochalaga. A cette heure de pointe, je préfère les rues secondaires. Je cherche à lire certains panneaux de rue pour m'orienter. Panneaux quai invisibles, illisibles ou même absents. Éclairage de rue déficient. Bref, je suis devnu une voiture dangereuse. Sans compter les cyclistes tout en noir comme la nuit. Camouflage parfait pour un suicide au hasard.
    On devrait pouvoir repérer le nom d'une rue en moins de 2 secondes. Au-delà, on perd la vigilence visuelle nécessaire à la conduite. Ç'est même risqué en plein jour.
    Le service de la signalisation de Mtl dort au gaz depuis des lustres. Des ingénieurs-administrateurs semblent avoir perdu leur génie au contact de la bureaucratie crasse. Ils sont devenus des sans génie. Et Mme Vélo est tout sourire.

    • Daniel Boiteau - Abonné 24 novembre 2019 08 h 32

      M.Boucher
      100% d'accord avec vous, Pour ce qui est des panneaux indiquant le nom des rues je le suis à 110%. Je ne comprends pas que personne au niveaux journalistique ne dénonce cette situation. Parce que les choses vont bouger le jour ou ça va passer à TV.

    • Louise Collette - Abonnée 24 novembre 2019 09 h 19

      <<dort au gaz>> est une affirmation en-dessous de la vérité, pour tout dire ça fait dur.