Quel rôle joue l’université dans la santé psychologique étudiante?

«Au-delà des dynamiques disciplinaires, l’université a également un rôle important à jouer afin d’offrir à ses étudiants un lieu d’apprentissage et de travail sain et inclusif pour toutes et tous», croit l'auteure.
Photo: Michael Monnier Le Devoir «Au-delà des dynamiques disciplinaires, l’université a également un rôle important à jouer afin d’offrir à ses étudiants un lieu d’apprentissage et de travail sain et inclusif pour toutes et tous», croit l'auteure.

Une enquête panquébécoise sur la santé psychologique des étudiants au sein des universités québécoises révèle une fois de plus l’ampleur de la détresse psychologique en milieu universitaire. Menée par l’Union étudiante du Québec, celle-ci révèle toutefois que certains groupes sociaux sont plus à risque de vivre des problèmes de santé psychologique, dont les étudiants de première génération, les personnes en situation de handicap, ainsi que les minorités sexuelles et de genre.

Alors que ces résultats sont pour le moins inquiétants, on s’entête à nous resservir une panoplie de solutions qui renvoient, une fois de plus, à la responsabilisation individuelle des étudiants. Pourtant, au-delà de l’isolement, de la précarité financière et des possibles mauvaises habitudes de vie des étudiants se trouve une institution universitaire socialement ancrée, structurée par une multitude de rapports de pouvoir. Il n’est donc pas surprenant que les groupes sociaux les plus à risque de vivre de la détresse psychologique lors de leurs études sont en réalité des groupes sociaux marginalisés.

Des épistémologies féministes aux épistémologies décoloniales, nombreuses sont celles ayant remis en question la neutralité de l’université, celle-ci étant au contraire socialement et politiquement située. Que ce soit par la hiérarchisation des disciplines, par la valorisation d’objets de recherche, par la préconisation de certaines approches théoriques ou par la préférence de certaines méthodes, l’université contribue à la (re)production des rapports sociaux inégaux. Autrement dit, loin d’être à l’écart de la société, l’université agit plutôt comme une « microsociété » qui, selon Hélène Lee-Gosselin, professeure de management à l’Université Laval, « reproduit les travers de la société en général ».

Cette reproduction des inégalités se fait notamment par le biais de savoirs disciplinaires priorisés aux dépens de savoirs marginalisés. De fait, ceux et celles qui osent diverger de ce noyau de savoirs disciplinaires se retrouvent relégués à la marge de leurs disciplines respectives. Pour un étudiant, cela peut constituer en soi une difficulté particulière et supplémentaire à laquelle certains de ses collègues ne seront pas exposés.

Plus encore, lorsque ceux et celles s’intéressant aux savoirs marginalisés appartiennent aussi à des groupes sociaux marginalisés, dont les femmes, les minorités racisées ou les minorités sexuelles et de genre, leur surmenage n’est pas étonnant. Devoir constamment lutter pour faire valoir son objet de recherche, son approche théorique ou son design méthodologique tout en naviguant quotidiennement sur l’hétérosexisme, le racisme et le colonialisme structurant l’institution universitaire, représente de toute évidence un défi de taille.

Enfin, au-delà des dynamiques disciplinaires, l’université a également un rôle important à jouer afin d’offrir à ses étudiants un lieu d’apprentissage et de travail sain et inclusif pour toutes et tous. Pensons par exemple à la mise en place de toilettes neutres à la grandeur des établissements universitaires ou à la possibilité pour les étudiants trans de faire reconnaître leur prénom usuel auprès des administrations universitaires, entre autres choses.

Si des solutions immédiates doivent certes être apportées pour améliorer le bien-être de la communauté étudiante au Québec, on peut néanmoins se questionner sur la façon dont l’université, en tant qu’institution reproductrice d’inégalités, contribue elle aussi à la santé psychologique de sa population étudiante.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

2 commentaires
  • Annie Marchand - Inscrite 21 novembre 2019 12 h 56

    D’où origine ce mal-être?

    Plusieurs sociologues, dont Pierre Bourdieu, se sont intéressés à l'institution scolaire comme reproductrice d'exclusion sociale. Bien de remettre cette analyse en scène. Toutefois, je la ferais jouer différemment.

    Les solutions particularistes que vous proposez ne sont pas de taille pour "soigner" une souffrance aussi dense que celle que l'on retrouve dans la population étudiante de même que dans les différentes organisations sociales et du travail. Le mal est plus insidieux. Sans doute que les étudiants les plus marginalisés sont plus sensibles, sensibilisés, à ce qui se trame à l'intérieur des murs de l'université. Ils deviennent des pisteurs, des sentinelles.

    Ce mal-être origine d'une instrumentalisation de plus en plus forte des individus, voués à se promouvoir, à demeurer concurrentiels sur le marché de l'emploi et des études au prix de l'abandon d'une éthique relationnelle de responsabilité sociale.

    De jeunes universitaires, comme bien des travailleurs, n'en peuvent plus de soutenir un système qui les colonise et les dépossède à la fois de leurs forces et leur créativité au profit d'une lutte des places nébuleuse, voire récupérée par un nouveau management de la joie au travail (et à l'école!) à la condition de répondre aux attentes implicites des organisations.

    L'université et l'entreprise fonctionnent désormais ensemble, duo qui détermine de plus en plus les contenus des programmes et le financement à la recherche. L'université est une institution pervertie par le néolibéralisme. De l'intérieur, les rares penseurs critiques de ce fait en paient généralement le prix, deviennent notamment des parias dans leur département. Certains se voient refuser une permanence. D'autres ne sont jamais embauchés parce que considérés, le philosophe Alain Deneault le nomme bien, " trop engagés".

    La transformation sociale ne passera pas par cette institution. La jeunesse a tout intérêt à prendre radicalement la rue, voire à pousser d'un cran la révolte.

  • Daphnee Geoffrion - Inscrite 21 novembre 2019 16 h 49

    Je parlerai que pour moi même, adulte TDAH sans médication qui a fait son passage scolaire quand le TDAH n'existait pas...
    J'ai habitée des années au NB et en Ontario, le Cégep est inexistant, on passe directement à l'université et pour certain programme un diplôme d'étude secondaire supérieur sera exigé. Ce diplôme se fait en moin d'un an dans un format 9hà 15h très efficace.
    Pourquoi le Qc s'entête à conserver le passage obligatoire du Cégep vers l'université?
    Le modèle québécois n'a pas fait ses preuves comparé au ROC, les chiffres sont claires, en voulant laver plus blanc que blanc le Qc rajoute 2 ans mais souvent 3 ou 4 avant l'entrée dans à l'université.
    Les études c'est un marathon, une course très difficile pour beaucoup, beaucoup de compétition et que dire des finances précaires et de l'endettement pour y arriver.

    Et nous au Qc, on demande 2 ans de push up de plus que les autres avant de commencer le sprint, à des jeunes de 17 ans,18 ans qui ne veulent que devenir avocat, architecte, biologiste et qui devront déjà en baver comme tout les étudiants sur terre.
    Pourquoi? Démontrez moi avec des études que le cégep aide nos jeunes et notre province, pas juste du bla bla déconnecté de babyboomer qui pensent que ca fait de nous des gens plus cultivés ou instruits. Si on en perd 20% dans le processus? ou même plus...

    Il n'y a aucun doute pour moi que d'enlever l'obligation du passage au Cégep et de faire entrer les jeunes directement à l'université comme partout dans le monde est la solution la plus simple et efficace pour augmenter le taux de diplômation, diminuer le décrochage, l'endettement et donc le stress et l'anxiété, le cégep pour ceux qui le désir mais certainement l'obligation.

    Les cégeps ne sont pas intouchables..