La réforme Roberge: une goutte d’eau dans l’océan

«Il ne faut pas se leurrer: rien dans la réforme que propose le ministre Roberge ne vient améliorer l’accès des élèves aux services professionnels», affirme l'auteur.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne «Il ne faut pas se leurrer: rien dans la réforme que propose le ministre Roberge ne vient améliorer l’accès des élèves aux services professionnels», affirme l'auteur.

Cent soixante professionnels de plus dans les écoles avec l’argent économisé par l’abolition des commissaires scolaires : c’est ainsi que le ministre caquiste Jean-François Roberge vend sa réforme du réseau scolaire. Comme beaucoup d’éléments contenus dans le fameux projet de loi 40, ce n’est que de la poudre aux yeux, une goutte d’eau dans l’océan.

En cette Semaine des professionnelles et professionnels de l’éducation, je demande plutôt au ministre de reconnaître à sa juste valeur la contribution à la réussite éducative de ces 10 000 hommes et femmes, ces orthophonistes, psychoéducatrices, psychologues, orthopédagogues, animateurs, conseillères d’orientation, conseillers pédagogiques, architectes, ingénieurs, bibliothécaires et autres qui contribuent par leur expertise unique à changer le monde un élève à la fois.

Il ne faut pas se leurrer : rien dans la réforme que propose le ministre Roberge ne vient améliorer l’accès des élèves aux services professionnels. C’est dans le prochain budget que nous verrons si le ministre passera de la parole aux actes en augmentant et en protégeant le financement de ces services.

Que le ministre Roberge l’avoue : le salaire des commissaires scolaires ne sera pas transformé miraculeusement en ajout de ressources professionnelles. Au contraire, par le biais de règles budgétaires de plus en plus décentralisées, le ministère accorde désormais aux écoles le pouvoir de choisir le type de ressources — professionnelles, enseignantes ou de soutien — qu’elles préfèrent.

Si des écoles applaudissent à ce changement, nous y voyons plutôt une menace à la répartition équitable des ressources. Globalement, il y a plus de professionnels, mais leurs services sont saupoudrés un peu partout, sans vision et sans organisation cohérentes. Résultat ? Le nombre de psychologues par élève stagne et le niveau de services universels, dont l’orientation scolaire et les services d’animation, tend même à baisser.

Il faut aussi dire qu’avec les miettes qu’elles reçoivent, plusieurs écoles décident aujourd’hui de sous-traiter au privé ces services essentiels aux élèves. Pendant ce temps, les élèves reçoivent des services incomplets et inadaptés à la réalité du milieu scolaire… sans interventions ni suivis dans les milieux. Dans ce contexte, la poursuite du soutien offert ne sera pourvue qu’à grands frais pour les parents.

Il faut le reconnaître, le personnel professionnel ne se bouscule pas aux portes du réseau scolaire, une situation entre autres mise en lumière par les cadres scolaires et les directions d’établissement.

Souhaitons que le renouvellement de la convention collective permette d’améliorer les conditions de travail et salariales de ce personnel pour l’attirer auprès des élèves qui en ont grand besoin ; les enseignants, les directions, les cadres, les experts s’entendent pour le dire. Nous proposons des solutions durables pour favoriser l’attraction et la rétention des professionnelles et professionnels et nous sommes prêts à les faire entendre.

À ce chapitre, il est temps de mettre en place un véritable seuil de services dans le réseau scolaire. Le niveau de ressources professionnelles doit être déterminé par les besoins des élèves et du réseau scolaire. Le personnel professionnel doit cesser d’être la marge de manoeuvre budgétaire.

C’est bien davantage que l’ajout de 160 ressources professionnelles qu’il faudra consentir pour réellement faire une différence pour les élèves. Nous estimons que 2000 ressources doivent être ajoutées pour atteindre un seuil minimal fonctionnel de 5 ressources professionnelles par tranche de 1000 élèves, et ce, uniquement pour les services directs aux élèves. Il en faudra encore davantage pour tenir compte des facteurs de vulnérabilité de certaines écoles et des réalités régionales particulières.

La CAQ a la réputation de tenir ses promesses électorales. Je l’invite à respecter celle qui concerne un seuil de services professionnels décent pour les élèves et les parents du Québec. Ils le méritent bien.

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6 commentaires
  • Pierre Grandchamp - Abonné 19 novembre 2019 06 h 58

    "La CAQ a la réputation de tenir ses promesses électorales"? Ah oui?

    Après seulement 13 mois de pouvoir. La CAQ avait promis que l’élection de 2022 se ferait à la proportionnelle : promesse reniée. La CAQ avait promis d’abolir les commissions scolaires : elle ne fera que changer de nom. Elle avait promis d’abolir les élections scolaires : les anglophones vont conserver ce droit. Elle avait promis que les enseignants seraient soumis à la loi sur la laïcité : les enseignants du privé on été exemptés. Elle avait promis d’aller récupérer un milliad $ des médecins spécialistes : elle sera loin du compte.

    La CAQ avait promis de réduire les seuils d’accueil des immigrants. Voir les reculs du ministre :1-sur les 18 000 dossiers 2-sur le programme PEQ. Et son recul sur le ridicule test de valeurs à des années-lumière de la promesse.

    A lire, cette chronique : « L’art de la demi-mesure » https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/566175/l-art-de-la-demi-mesure

    Quant à la réforme Roberge, je vous invite à lire : « Le faux débat des commissions scolaires» https://www.journaldemontreal.com/2019/11/17/le-faux-debat-des-commissions-scolaires « Un organisme d'état, et le plus important, qui collabore efficacement aux inégalités sociales,, c'est scandaleux. », m’écrit un ami.

    • Brigitte Garneau - Abonnée 19 novembre 2019 11 h 59

      Voilà! Tout est dit.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 19 novembre 2019 15 h 09

      Si on suit la logique du ministre, il faudrait abolir les élections municipales; investir cet argent dans les services municipaux.

      Pensons-y un peu: comment un bénévole peut s'en aller siéger dans une organisation très grosse qui demande d'avoir beaucoup de temps et d'énergies disponibles?

    • Pierre Grandchamp - Abonné 20 novembre 2019 07 h 46

      @Mme Garneau

      Les reculs de la CAQ et de Jolin-Barrette en immigration, ce n'est pas rien. 13 mois plus tard, la CAQ et le ministre doivent reppartir à zéro. Ils sont coincés avec ldes promesses irréalisables dans le cadre fédéraliste.Le meilleur exemple: le ridicule test de valeurs...pis uniquement pour les immigrants économiques.

      Le même ministre devait déposer son plan sur la langue; repoussé en 2020.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 20 novembre 2019 10 h 04

      @Mme. Garneau

      Un autre recul: la réforme du système scolaire. Le ministre doit reporter à plus tard...:
      https://www.lapresse.ca/actualites/politique/201911/19/01-5250408-se-hater-lentement-le-nouveau-mot-dordre-a-quebec.php

      Ce premier recul peut en annoncer un autre: son projet pourrait être contesté en Cour. Lire la-dessus ce qu'en disait le professeur de droit Daniel Turp, dans ces pages.

  • Daphnee Geoffrion - Inscrite 19 novembre 2019 10 h 33

    Les gens qui trouvent que la Caq, dans le contexte post libéral, n'en a pas fait assez ou assez bien dans sa première année, ont des attentes politiques irréalistes. Ils seront pour toujours et avec n'importe quel parti, insatisfait.
    La caq c'est le joueur qui veut, qui patine, qui plaque, qui cafouille, hyperactif et imprécis mais qui a le mérite de vouloir vraiment vouloir compter pour son équipe, dans notre cas, le Qc.