«Le Soleil» et «Le Nouvelliste»: des retraités en colère

«Au moment de l’acquisition des six journaux par Martin Cauchon en 2015, le déficit était de 52 millions de dollars», affirment les auteurs.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne «Au moment de l’acquisition des six journaux par Martin Cauchon en 2015, le déficit était de 52 millions de dollars», affirment les auteurs.

Que diriez-vous si 30 % de vos économies disparaissaient en un claquement de doigts ? Que diriez-vous si votre maison perdait 30 % de sa valeur en quelques jours ? Et que diriez-vous si on réduisait de 30 % la valeur de vos REER ?

Vous auriez la forte impression qu’il y a quelque chose de malhonnête ou d’incompréhensible là-dedans, que vous êtes victime d’une arnaque ? Et bien, c’est le sentiment qu’ont les retraités du Soleil et du Nouvelliste, et probablement ceux des quatre autres journaux du Groupe Capitales Médias.

À moins d’un revirement, le 1er janvier prochain, les rentes des retraités de GCM seront coupées de près de 30 %, à la suite de la décision du gouvernement Legault de forcer le départ de Martin Cauchon par la mise en faillite des six journaux du Groupe en août dernier.

En provoquant la faillite de GCM, le gouvernement caquiste a signé l’arrêt de mort des régimes de retraite. Il était tout à fait prévisible qu’aucun repreneur ne voudrait garantir ces régimes à moins d’y être obligé.

Stratagème

Le gouvernement Legault est grandement responsable de la perte de revenus qui attend les retraités du Soleil, du Nouvelliste et des autres quotidiens du Groupe. Martin Cauchon a lui aussi sa grande part de responsabilité. Pourquoi n’a-t-il pas obtenu la garantie de Power Corporation, qui était propriétaire des journaux par l’intermédiaire de sa filiale Gesca, que le conglomérat financier conserverait la responsabilité des régimes de retraite et du paiement du déficit en cas de fermeture ou de faillite ? Était-ce une erreur de sa part ou un stratagème pour éviter à Power de payer le déficit ? En 2015, au moment de la transaction, ce déficit était de 52 millions de dollars pour les six journaux.

Le gouvernement Couillard et son ministre des Finances en 2015 ont aussi une grande part de responsabilité. Comment se fait-il que le gouvernement Couillard, au moment de la transaction entre Power et Martin Cauchon, ait permis l’acquisition des six journaux du Groupe par l’ex-ministre de la Justice du Canada, sachant que M. Cauchon n’avait pas les avoirs suffisants pour payer le déficit du régime de retraite en cas de faillite ou de fermeture ? Si c’était un stratagème légal, c’est tout à fait inacceptable et tout à fait immoral.

Il est clair qu’avec un tel procédé, les prestations provenant de plusieurs régimes de retraite sont en péril si un propriétaire ne veut pas payer le déficit du régime de retraite en cas de fermeture ou de faillite. Ce scénario risque de se reproduire ailleurs au Québec.

Questions

Le comportement de la CSN dans ce dossier soulève aussi des questions. Comment expliquer que la centrale syndicale n’ait pas dénoncé ce qui semble être le stratagème, légal diront certains, qui a permis à Power de se dégager de la responsabilité du déficit des régimes de retraite des six journaux ? Aujourd’hui, même les employés qui travaillent toujours pour GCM verront leurs rentes sévèrement hypothéquées si le régime de retraite n’est pas maintenu.

Pour le moment, selon ce que l’on comprend, ce sont les centaines de retraités de GCM qui vont faire les frais de cette faillite par une réduction de leurs rentes de près de 30 %. La moyenne des rentes des retraités du Groupe est de 17 000 $ par année, et ces prestations ne sont pas indexées. Des retraités vont devoir vendre leur propriété, changer de logement ou retourner sur le marché du travail.

Pourtant, le maintien des régimes de retraite n’occasionnerait pas de dépenses faramineuses pour un repreneur. Selon l’actuaire du Groupe Capitales Médias, « cela ne coûterait rien, car il n’y aura plus de service futur à pourvoir ; donc, la cotisation d’exercice sera nulle. Les régimes étant pleinement capitalisés, aucune cotisation d’équilibre pour amortir des déficits n’est actuellement requise. »

Nous demandons au gouvernement Legault et aux parties concernées de revoir leur décision de sacrifier les retraités de GCM. Il n’est pas trop tard. Québec pourrait notamment surseoir à la terminaison des régimes de retraite en question pour permettre de dégager une solution moins coûteuse pour les retraités comme pour les employés de GCM. Nous sommes ouverts à la discussion sur ce sujet. Encore faudrait-il qu’on nous écoute et qu’il y ait une volonté d’agir.

Jusqu’à maintenant, les retraités des six journaux de GCM ont été considérés comme des moins que rien. C’est totalement inacceptable et méprisant. Il est plus que temps de mettre un terme à cette attitude.

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2 commentaires
  • Jean-Charles Morin - Abonné 16 novembre 2019 14 h 56

    Un désastre annoncé.

    Le gouvernement actuel, intervenant tardif dans ce lamentable dossier, n'est pas à blâmer plus que de raison pour ce désastre médiatique et humain qui pouvait être facilement prévisible dès le coup d'envoi initial.

    Il demeure que le gouvernement Couillard est entièrement responsable de ce délestage mal ficelé orchestré par le clan Desmarais au profit (!) de Martin Cauchon. Il était clair alors que les anciens propriétaires n'avaient plus la volonté de supporter davantage ce qui était devenu pour eux un fardeau financier en continuant d'éponger les déficits annuels d'opération. C'aurait été alors le bon moment pour les retraités inquiets de la suite des choses de faire entendre leurs voix pour garantir leurs droits et de poser les bonnes questions aux bonnes personnes.

    Comment a-t-on pu croire un instant que le nouveau propriétaire, un novice sans expérience dans ce domaine particulier, avait ce qu'il fallait pour assurer la survie des journaux dont il héritait de bien curieuse manière? Quelles étaient ses véritables motivations pour agir ainsi? N'était-il en fait qu'un simple homme de paille chargé de la manoeuvre au profit de ses commanditaires?

    Le gouvernement Couillard, par sa nonchalance et sa complaisance envers sa famille idéologique, a une très lourde responsabilité dans ce désastre pourtant annoncé en grandes pompes par plusieurs observateurs. Les mêmes détestables traits de caractère dont il a fait preuve dans le dossier Rona, un bradage corporatif dont on subit maintenant les résultats délétères dans une totale impuissance.

  • Georges Normand - Abonné 17 novembre 2019 22 h 49

    À bien réfléchir...

    Se poser la question n'est-il pas y répondre ?
    "Pourquoi n’a-t-il pas obtenu la garantie de Power Corporation, qui était propriétaire des journaux par l’intermédiaire de sa filiale Gesca, que le conglomérat financier conserverait la responsabilité des régimes de retraite et du paiement du déficit en cas de fermeture ou de faillite ? "
    Désolant de voir des régimes de retraite fondre comme neige au soleil (sans jeu de mot) avec l'acquisition par de nouveaux propriétaires. Belote et rebelote.