Le Phare et le tramway: les limites d’une alliance privé-public

Au même titre, le président du Groupe Dallaire, Michel Dallaire, a toujours dit que le Phare pouvait très bien exister sans le projet de tramway.
Photo: Groupe Dallaire Inc. Au même titre, le président du Groupe Dallaire, Michel Dallaire, a toujours dit que le Phare pouvait très bien exister sans le projet de tramway.

Dernièrement, le Groupe Dallaire annonçait laconiquement que le projet du Phare — une tour de 65 étages — dans le secteur Sainte-Foy, à Québec, était reporté de deux ans, jusqu’en 2021.

Quelques heures plus tard, M. Rémy Normand, président du Réseau de transport de la capitale (RTC), confirmait que la Ville devait revoir la planification du pôle d’échanges du réseau structurant, qui devrait dorénavant se retrouver sous le Phare, pour répondre aux nouvelles exigences du ministère du Transport (MTQ). Du coup, il affirmait aussi que le report du Phare n’avait aucune incidence sur le tramway.

Au même titre, le président du Groupe Dallaire, Michel Dallaire, a toujours dit que le Phare, depuis ses premières moutures en 2015, pouvait très bien exister sans le projet de tramway. D’ailleurs, selon des documents publiés par la Ville, le pôle d’échanges devait se situer en dessous de la rue Lavigerie, et non pas sous le Phare. Ce qui ne semble plus être le cas. Pourquoi ? Cette annonce soulève plusieurs questions et pose notamment l’enjeu de l’alliance entre le secteur privé, ici le Groupe Dallaire, et la Ville de Québec.

Rappelons que le Groupe Dallaire, dans son alliance stratégique avec la Ville, avait accepté de payer pour une partie du pôle d’échanges, en promettant d’investir entre 12 et 15 millions pour sa construction et de le livrer pour 2022. Voilà que l’alliance entre le privé et le public trouve ses limites.

Qu’arrivera-t-il si le projet du Phare est encore reporté ? Le Groupe Dallaire payera-t-il encore pour le pôle d’échanges ? Quelles garanties avons-nous ? Ce dernier pourrait même poursuivre la Ville pour un retard indu dans la planification du pôle d’échanges ; ce qui vient compromettre la construction du Phare comme l’affirme Michel Dallaire.

Le début de la fin

L’automne dernier, la Ville a « forcé » l’adoption du projet du Phare en invoquant l’article 74.4 de sa Charte pour encadrer ce projet « à caractère d’exception », en ignorant ainsi le Programme particulier d’urbanisme (PPU) du Plateau de Sainte-Foy qui limitait la hauteur des édifices à 29 étages. Depuis ce temps, certains événements sont survenus et fragilisent l’alliance entre la Ville et le Groupe Dallaire.

Ce promoteur se retrouve seul à la tête du projet depuis sa rupture avec Cominar. Surtout, son président annonçait par la suite qu’il n’investissait que 25 % dans le projet du Phare, en cherchant donc des partenaires pour subventionner 75 % des 800 millions du coût estimé en 2018.

La Ville était-elle au courant de cet investissement minimal du promoteur au moment de l’adoption du projet ? Depuis, le Groupe Dallaire semble avoir de la difficulté à se trouver des partenaires, alors que d’autres promoteurs semblent vouloir en profiter pour développer leur projet sur le boulevard Laurier.

Est-ce le début de la fin du Phare ? Quelles sont les conséquences pour la construction du Réseau de transport structurant, et plus particulièrement du financement du pôle d’échanges sous le Phare ?

Pour le promoteur du Phare, le Groupe Dallaire, il s’agit d’une occasion de revoir son projet et de le ramener à des proportions plus raisonnables. Par conséquent, il serait plus facile de trouver du financement et de respecter les avis de la majorité des citoyens du quartier.

Quant à la Ville de Québec, responsable d’un projet public d’envergure de plus de 3 milliards, elle doit prendre toutes les mesures pour s’assurer que le pôle d’échanges et le déploiement du tramway ne restent pas à la merci d’un promoteur privé.

Par conséquent, elle doit attentivement étudier toutes les autres solutions de localisation du pôle d’échanges, d’en examiner les coûts et la faisabilité, et surtout de s’entendre avec le MTQ pour ne pas accumuler de retard et de faire en sorte que tout dépassement des coûts ne sera pas assumé par la Ville.

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2 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 15 novembre 2019 03 h 30

    Du bien-être social pour les riches au depend des contribuables.

    L'argent des contribuables est devenu un puits sans fond où l'on peut piger sans vergogne. Même le milliardaire, du Cirque du Soleil, Guy Laliberté, l'homme le plus riche au monde, n'a pas eu honte en demandant l’aide de l'état à faire du Québec un pôle créatif mondial. Le milliardaire Guy Laliberté fait appel aux gouvernements pour soutenir son nouveau « hub créatif », Zú.
    Nos milliardaires veulent que nos gouvernements pratiquent le socialisme pour les riches et le capitalisme pour les pauvres. Et malgré les échecs consécutifs de projets réalisés avec le modèle du partenariat public/privé, il n'y a rien à faire. Nos éminents entrepreneurs nous chantent toujours les vertus de cette méthode qui appauvrit les coffres de l'État. C'est Robin des bois à l'envers: prendre l'argent des pauvres pour satisfaire la cupidité des riches.

  • Roxane Bertrand - Abonnée 15 novembre 2019 06 h 51

    Deux projets....

    Complètements insensés et improvisés!