Avons-nous peur de devenir un État?

Pascal Bérubé, chef par intérim du Parti québécois
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Pascal Bérubé, chef par intérim du Parti québécois

La conscience nationale des Québécois semble en éveil. Depuis un an, l’élection de la CAQ et celle plus récemment des trente-deux députés du Bloc à Ottawa pourraient avoir contribué à la formation d’un sentiment d’appartenance à une nation. C’est dans ce contexte que le Parti québécois s’attable cette fin de semaine à une redéfinition de son projet. Quelques mises en garde s’imposent.

Dans le projet de « déclaration de principes » qui sera soumis au vote dimanche, l’actuelle direction du Parti québécois mettra en avant une proposition qui se décline ainsi : « notre action politique se concentrera sur la fondation d’un pays… ». Rien de moins, mais surtout rien de plus ! Par la modération de cet énoncé, le Parti québécois fait l’aveu de ce qui l’a jusqu’à aujourd’hui conduit à sa perte : sa peur d’énoncer ce qui ferait sa force et sa puissance, l’objectif de formation d’un État qui soit propre au Québec.

Fonder un pays plutôt que fonder un État ne signifie pas la même chose. Fonder un pays témoigne d’un esprit nostalgique : ce pays que nous n’aurions pas et que nous devrions désirer. Gît au fond de cette nostalgie l’aveu d’un manque, celui du sentiment d’appartenance.

Tout comme la nation québécoise, cet aveu va au gré des propositions électorales. Or cet aveu, pour ce qu’il est partagé par une multitude, et même par un parti politique, témoigne d’une grande tristesse. On voudrait avoir un pays. C’est d’ailleurs le mantra de ceux qui parfois quittent leur pays par manque de sentiment d’appartenance.

Pourquoi ne parle-t-on pas de fonder un État ? Pour séduire ceux qui pourraient avoir peur de se lancer dans un projet qui a déjà échoué en 1995 ? À cause de l’influence d’un courant visant à réformer le fédéralisme canadien ? Par peur des mots ? Ou encore parce que les ambiguïtés du discours juridique qui envahit l’espace public et s’est substitué au discours politique, discours juridique répandu par nos adversaires à leur avantage et repris par les souverainistes eux-mêmes, fait croire que nous avons déjà un État !

Ne parle-t-on pas sans retenue et sans réflexion de l’État du Québec ? Nous aurions donc déjà un État ! Oui, en effet, selon le discours juridique qui découpe le politique en compétences et substitue le régime, soit le fédéralisme, à la référence à l’État. Mais c’est aller un peu vite en besogne.

Dans un régime confédéral, les parties sont des États confédérés et définis ainsi par le droit. Dans le régime fédéral canadien, rien de tel. Les parties sont et ont toujours été des provinces. Encore là, nous sommes toujours dans le discours juridique pour qui un État est défini par un ensemble de juridictions.

Dans le discours politique, par ailleurs, l’État désigne la suprématie en dernière instance du pouvoir légitime sur tous les champs de juridiction, auquel consentent les citoyens de toutes les parties. Certes, le pouvoir politique se concrétise à travers le juridique, mais il ne s’y réduit pas.

Le Québec est loin d’être un État. Pourtant, cette illusion que produit le discours juridique en nous amenant à croire que le Québec est un État a beau jeu : cette illusion nous amène à croire qu’obtenir plus ou moins de compétences pourrait aboutir à « fonder un pays » ! Ce fut pendant des décennies la base de la stratégie du « bon gouvernement » qui devait mener à la souveraineté, celle-ci conçue comme une addition de compétences.

Le Parti québécois a donc bien du mal à sortir de sa torpeur ! Les médias et les discours officiels contribuent pour leur part à cette ambiguïté. Si souvent on lit que l’État du Québec a fait ceci ou cela, désignant par là un lot de compétences.

Or l’État est une force reconnue comme telle par les citoyens et par les autres États. Aux Nations unies, il n’y a pas des pays, mais des États. Une province ne peut pas se contenter d’élargir son champ de compétences pour devenir un État, ce que tente de faire le gouvernement Legault qui, par ailleurs, avoue franchement qu’il ne vise pas la souveraineté du Québec.

En 2019, mais que veut donc le Parti québécois ?

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