Le Québec n’a pas les moyens de se priver de tout ce talent

«À l’Université de Montréal, ce ne sont que 14% des programmes d’études qui sont désormais inclus dans la nouvelle liste de formations admissibles au PEQ», soulignent les auteurs.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «À l’Université de Montréal, ce ne sont que 14% des programmes d’études qui sont désormais inclus dans la nouvelle liste de formations admissibles au PEQ», soulignent les auteurs.

Le gouvernement du Québec vient d’annoncer un ajustement à sa réforme du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) pour préserver les droits des personnes qui sont déjà au Québec et comptaient s’y établir. Nous saluons ce geste qui constitue un pas dans la bonne direction.

Nous invitons le gouvernement à poursuivre son écoute des milieux directement touchés et sa réflexion pour ajuster un programme qui a fait ses preuves en matière d’intégration des personnes immigrantes au Québec.

En effet, une personne déjà installée au Québec, qui y a développé un réseau professionnel et social, qui parle français, qui s’intègre à notre société québécoise, qui est formée dans l’une de nos universités, qui s’investit afin de contribuer à la richesse du Québec, n’est-ce pas là le portrait d’un immigrant « idéal » ?

Le PEQ participe à une meilleure rétention de ces immigrants de choix en permettant aux diplômés québécois d’accéder à une voie rapide pour l’obtention d’un certificat de sélection du Québec. Environ le quart des diplômés admissibles déposent une demande dans le cadre de ce programme chaque année.

Dans sa réforme, annoncée la semaine dernière, le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration du Québec a décrété que désormais seules les personnes diplômées de programmes d’études « répondant aux besoins du marché du travail québécois » seraient admissibles au PEQ. Une liste de 218 secteurs de formation admissibles a été constituée et sera ajustée annuellement, avons-nous appris.

Pour les universités et les milliers d’étudiants internationaux qui les fréquentent, cette nouvelle a eu l’effet d’une bombe. À l’Université de Montréal, ce ne sont que 14 % des programmes d’études qui sont désormais inclus dans la nouvelle liste de formations admissibles au PEQ. Seule une petite minorité des futurs étudiantes et étudiants étrangers de l’UdeM pourra se prévaloir de ce programme.

De plus, la possibilité que les critères d’admissibilité soient revus à tout moment laisse entendre que les universités et les membres de la communauté étudiante internationale seront sans cesse incertains de leur capacité à profiter du programme pour les années à venir.

La FAECUM et l’Université de Montréal unissent leurs voix pour dénoncer cette mesure restrictive qui nuit considérablement à la capacité d’attraction des talents internationaux au Québec.

Le gouvernement justifie sa réforme par le souci de répondre aux besoins du marché du travail. Or, s’il y a une chose que l’essor phénoménal de l’intelligence artificielle nous a apprise ces dernières années, c’est qu’on ne sait pas de quoi sera fait le prochain secteur économique porteur.

Ici, à Montréal, l’intelligence artificielle a pris son envol à partir de recherches fondamentales qui intéressaient peu le milieu des affaires au départ. Et aujourd’hui, ce secteur en pleine effervescence a du succès parce qu’il ne relève pas uniquement de domaines tels que la programmation et les finances. Plutôt, tout un écosystème interdisciplinaire s’est mobilisé autour d’un projet porteur : informatique, certes, mais également droit, philosophie, arts, gestion de ressources humaines, etc. C’est ce qui nous distingue. C’est ce qui fait notre force.

Limiter les besoins du marché de l’emploi à une simple liste de domaines prédéterminés, c’est se priver de la créativité qui fait la fierté du Québec. C’est aussi ignorer la réalité des trajectoires de vie plurielles des individus. Les diplômés des universités québécoises sont qualifiés et polyvalents. Les imaginer cantonnés à des filières prédéterminées est beaucoup trop réducteur.

Le gouvernement explique sa réforme entre autres parce qu’il souhaitait élargir l’accès au PEQ à des individus ne provenant pas que du milieu universitaire. Nous sommes tout à fait favorables à cet élargissement, étant cons-cients de l’ampleur des besoins de main-d’oeuvre du Québec. Nous croyons toutefois qu’il est possible d’y parvenir sans que cela se fasse au détriment des personnes diplômées de nos universités.

Faisons montre de créativité et imaginons un système positif plutôt que restrictif : au lieu d’exclure des étudiants d’un processus duquel toutes et tous pouvaient bénéficier, pourquoi ne pas envisager de donner un coup de pouce supplémentaire aux étudiants des domaines permettant de répondre plus spécifiquement aux besoins de main-d’oeuvre de notre société par l’attribution de bourses incitatives, par exemple ?

Il n’est pas trop tard pour écouter les préoccupations soulevées par les membres de la communauté universitaire. Il n’est pas trop tard pour imaginer de nouvelles façons de faire qui auront les résultats positifs escomptés pour toute la société québécoise. Parce que c’est d’une société québécoise riche et diversifiée que l’économie du Québec a réellement besoin.

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