Nous allons probablement quitter le Québec

«Vous (Simon Jolin Barrette et François Legault) avez banni les sciences humaines et sociales des domaines d’études permettant d’accéder au Programme de l’expérience québécoise (PEQ)», souligne l'auteur.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne «Vous (Simon Jolin Barrette et François Legault) avez banni les sciences humaines et sociales des domaines d’études permettant d’accéder au Programme de l’expérience québécoise (PEQ)», souligne l'auteur.

Lettre ouverte à MM. François Legault et Simon Jolin-Barrette

Félicitations pour votre nouvelle politique d’immigration. À travers elle, vous démontrez, au pire, une grande incompétence et, au mieux, une méconnaissance profonde du dossier.

Vous avez banni les sciences humaines et sociales des domaines d’études permettant d’accéder au Programme de l’expérience québécoise (PEQ). Saviez-vous que les étudiants dans ces filières ont généralement des valeurs humanistes très similaires à celles de votre fameux test des valeurs ?

Certes, il est vrai que ces personnes ne produiront pas de richesse dans l’industrie, mais qu’elles seront plus souvent au service de la communauté à travers des organismes communautaires. Vous savez, le genre d’organismes qui font des choses fantastiques pour les populations vulnérables avec des bouts de ficelle, car le financement est réduit chaque année ? Ce type d’étudiant est donc bien évidemment indésirable au Québec.

À travers les sciences humaines, vous avez également balayé l’environnement. Pourquoi accueillir des gens qui vous disent qu’une politique environnementale digne de ce nom, c’est un peu plus que de construire un troisième lien pour faire rouler des voitures électriques dessus ? Peut-être que le dérèglement climatique et son effet sur les inondations vous ont forcés à conserver les étudiants en « Hydrologie et sciences de l’eau (MAI) ».

Je ne sais pas combien de maîtrises au Québec s’intègrent dans ce domaine, mais en tout cas pas la mienne en sciences géographiques ni mon cursus en général. Pourtant, je dispose d’une expertise pertinente dans ce domaine grâce à mes études. J’ai fait un stage dans un service de prévision des crues et j’ai travaillé pour un organisme de bassin versant.

Pire encore, la grande majorité des étudiants de mon ancien laboratoire de recherche à l’Université de Sherbrooke travaille sur la neige et l’eau. Un sujet actuel parmi les autres : « Influence des changements climatiques sur le risque d’exposition des populations humaines à des contaminants microbiens lors de baignade dans les lacs canadiens ».

Investissement et intégration

Le paroxysme est atteint lorsque l’on regarde du côté investissement et intégration. Le Québec m’a offert 42 000 $ de bourse par l’entremise du Fonds de recherche québécois pour la nature et la technologie. Bon OK, la nature a définitivement pris le bord, toujours est-il que, sans Certificat de sélection du Québec (CSQ), cet investissement profitera à d’autres qu’aux Québécois.

Aujourd’hui, mon travail est d’aider le Québec à respecter ses engagements d’Aichi. Vous savez de quoi je parle ? Mais si, les engagements selon lesquels (entre autres), d’ici à 2020, au moins 17 % des zones terrestres seront protégées. On en est où au Québec ? Qu’avez-vous fait depuis votre élection pour, ne serait-ce qu’essayer d’atteindre ce but ?

Je collabore ainsi étroitement avec le ministère de l’Environnement et le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, je suis marié avec une Québécoise, nous avons des animaux et un appartement, mais je dois avoir de gros problèmes d’intégration. Nous allons probablement quitter le Québec, car je ne crois pas qu’Arrima me permette d’obtenir un CSQ avant l’expiration de mon statut actuel puisque je n’ai pas fait de test de français.

Sait-on jamais, des fois que quelqu’un aurait écrit mon mémoire à ma place ou que j’aurais envoyé mon frère à l’école à ma place durant toute ma scolarité. Pour tester mon expression orale, Messieurs les Ministres, je vous invite à m’appeler personnellement, on pourra jaser un peu.

Évidemment, je vous parle de moi, car c’est l’exemple criant que j’ai sous les yeux de votre brillante politique migratoire. Comprenez bien cependant qu’il s’agit d’une illustration et que je ne suis pas seul. Des centaines, voire peut-être des milliers de personnes sont dans une situation similaire à la mienne.

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45 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 5 novembre 2019 01 h 11

    On ne change pas les règles en milieu du jeu.

    Le gouvernement a définitivement tort dans le dossier de l'immigration. On ne change pas les règles soudainement sans aviser les gens qui ont investi beaucoup d'argent pour s'instruire dans nos universités, avec l'assurance qu'ils vont demeurer ici. C'est une trahison de la part du gouvernement Legault. Il faut au moins faire une loi pour les futurs immigrants, pas pour ceux qui sont déjà ici.

    • Christian Montmarquette - Abonné 5 novembre 2019 06 h 32

      "On ne change pas les règles en milieu du jeu." - Nadia Alexan

      La CAQ les a pourtant changées pour les étudiantes voilées en techniques policières.

      Pour être cohérante, vous devriez aussi le dénoncer.

    • Jacques Patenaude - Abonné 5 novembre 2019 08 h 37

      Vous avez raison Mme Alexan mais j'ajouterais que votre commentaire s'applique aussi aux personnes qui bénéficieraient d'un tel programme dans le futur. Ce sont de futurs citoyens dont la volonté est de venir s'intégrer à notre collectivité d'abord et avant tout. C'est ce qu'on devrait privilégié bien avant la volonté de combler à court terme des besoins spécifiques de main d’œuvre car la seule chose dont on peut être certain c'est que dans quelques années les besoins de main d’œuvre ne seront pas les même. Ce gouvernement n'a qu'une vision à court terme de l'immigration. Cette question est bien plus importante que l'insignifiant "test des valeurs" qui a retenu l'attention de notre faible opposition parlementaire qui s'est précipitée sur l'ombre sans voir la proie. Ça semble être un modus operandi de ce gouvernement de magnifier l'ombre pour cacher la proie.

    • Cyril Dionne - Abonné 5 novembre 2019 09 h 17

      Mme Alexan, le Programme de l’expérience québécoise (PEQ) est une façon de contourner le processus naturel de l’immigration en bonne et due forme. Pour ce qui a trait à ceux qui sont considérés comme étudiant étranger, ceci va prendre fin. Pour les autres, les travailleurs, ils devront être qualifiés dans les domaines privilégiés qui sont touchés par la pénurie de main-d’œuvre au Québec.

      Ceci dit, pour les étudiants en sciences humaines et sociales au Québec, littéralement, il en pleut partout dans les institutions postsecondaires. En fait, la très grande majorité, lorsqu’ils décrochent leur diplôme, n’ont pas d’emploi dans le domaine étudié. Ce n’est pas en ajoutant des étudiants étrangers que nous allons arranger la situation. En ce qui concerne notre auteure, le Certificat de sélection du Québec (CSQ) n’est pas un automatisme.

      Ceci dit, le Québec est beaucoup trop généreux avec les étudiants étrangers, surtout ceux de la France comme celle qui a écrit cette lettre. Il n’y a pas que les bourses, mais le programme de la convention universitaire bilatérale qui unit le Québec et la France qui est franchement à sens unique (10 étudiants français pour 1 étudiant québécois). Les Français au Québec sont considérés comme des étudiants québécois et donc, les frais de scolarité sont très minimes à presque nuls. Ajouter à cela des bourses d’études payées généreusement pas les contribuables québécois à des étrangers et vous avez la recette parfaite d’un BS éducationnel. Curieusement, les francophones hors Québec n’ont pas cette générosité du gouvernement québécois. Personnellement, j’ai dû payer les frais de scolarité comme étudiant "canadian" lorsque j’ai fait ma maîtrise au Québec. Pourtant, l’Ontario, ce n’est pas loin.

      En ce qui a trait à aider le Québec à respecter ses engagements d’Aichi (Plan stratégique pour la diversité biologique 2011-2020 pour la planète), ils nous semblent que la France a un besoin bien plus urgent dans ce domaine que le Québec.

    • Nadia Alexan - Abonnée 5 novembre 2019 09 h 22

      Non, ce n'est pas la même chose du tout, monsieur Montmarquette. Le voile n'est pas une obligation religieuse. On le porte comme symbole identitaire, ou pour des raisons prosélytes. On peut toujours l'enlever pour travailler afin de préserver la neutralité de l'État.

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 5 novembre 2019 09 h 37

      Toujours aussi subtil et pertinent ce M. Montmarquette.

    • Cyril Dionne - Abonné 5 novembre 2019 10 h 49

      @ Jacques Patenaude

      Certainement, les besoins spécifiques de main d’œuvre seront très différents d'ici quelques années. Nous sommes à l’ère de la 4e révolution industrielle de l’automation, de la robotique intelligente et de l’intelligence artificielle. Les gens devront être formés dans des sphères technologiques très pointues et les emplois seront très rares. En fait, les emplois qui procurent une dignité socioéconomique où on peut élever une famille disparaissent à tous les jours au Québec et ne reviendront plus.

      Je sais que ce n’est pas très populaire de dire cela, mais le Québec fonctionne encore, dans la plupart de ses industries et surtout dans les petites PME, à la technologie de la 2e révolution industrielle. Ces temps seront résolus très bientôt au grand détriment d’une masse de gens sans emplois qui vivront dans une précarité socioéconomique et où les immigrants seront les plus vulnérables à cette condition sociétale. Vous savez, on ne pourra pas taxer les robots qui opéreront ailleurs dans des paradis fiscaux.

    • Christian Montmarquette - Abonné 5 novembre 2019 11 h 15

      @ Nadia Alexan,

      "Ce n'est pas la même chose du tout... On le porte.. pour des raisons prosélytes."- Nadia Alexan

      Voilà qui démontre bien le deux poids deux mesures de votre approche.

      Venir étudier au Québec n'est pas une obligation non plus.

      Sans compter que le port passif d'un signe religieux n'a rien de prosélyte.

      À moins, bien sûr, d'être un intégriste inflexible de la croyance athéiste.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 5 novembre 2019 15 h 23

      "On ne change pas les règles en milieu du jeu." - Nadia Alexan

      "La CAQ les a pourtant changées pour les étudiantes voilées en techniques policières. Pour être cohérente, vous devriez aussi le dénoncer." - CM

      C'est plutôt Monsieur Montmarquette qui se montre ici incohérent car il fait des reproches aux autres en comparant des pommes et des oranges. Les étudiantes voilées en techniques policières n'ont qu'à enlever leur voile afin de pouvoir continuer leur formation alors que les étudiants étrangers visés par le projet de loi du ministre Jolin-Barette n'ont aucune porte de sortie et devront rentrer chez eux. C'est là que le bât blesse.

      Comme le suggère Madame Alexan, en toute justice le ministre devrait amender son projet pour que les étudiants étrangers déjà sur place ne soient pas touchés par ses visées velléitaires.

    • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 5 novembre 2019 19 h 07

      Le savoir qu'il soit dans le domaine de la recherche fondamentale ou appliquée contribue toujours à l'essor économique d'une nation. Les recherches sur l'intrication quantique perçue, il n’y a pas si longtemps, par des esprits comptables comme du pelletage de nuages sont au cœur désormais des développements de l'informatique quantique.

      Accueillir des esprits libres œuvrant dans des domaines dont le premier ministre ne soupçonne même pas la contribution possible doit être favorisée. Soutenir Yoshua Bengio, il y a 20 ans, aurait été vu comme une perte de temps ne répondant pas "aux besoins du marché du travail", pourtant aujourd'hui...

      Les partis d'opposition représentant plus de voix que celle de la CAQ ont raison de faire une vraie coalition afin de faire revenir à des considérations moins dénuées de vision que celle qu'entend maintenir le premier ministre. Pourtant celui-ci a reconnu parfois se tromper, il devrait ici faire montre d'intelligence et d’ouverture en acceptant les amendements provenant des oppositions.

    • Jacques Patenaude - Abonné 5 novembre 2019 19 h 11

      @ Cyril Dionne
      On a dit ça aussi quand la robotisation est arrivée dans les années '80 et pourtant on est maintenant en pénurie de main d'ouevre dans les PME industrielle. Je me garde une petite gêne sur ce point La "4ième révolution" quand on regarde les résultats de la "3 ième" celle des années '80 je ne suis pas ci sur que l'avenir correspondra à ce que vous dites. Alors les prévisions du ministère de l'immigration je me garde la même gêne .Mais il me semble que accueillir des jeunes formés au Québec s'étant intégrés ici est un avantage pour la société québécoise dans son ensemble qu'aucune "pseudo-révolution industrielle" ne saura nous enlever.

  • Jacques-André Lambert - Abonné 5 novembre 2019 02 h 50

    Le hic.

    « Les universités québécoises ont accueilli plus de 45 000 étudiants étrangers à l'automne 2018 ». (« Le nombre d'étudiants étrangers bondit au Québec », Radio-Canada, 10 janvier 2019)

    Environ 42 % de ces étudiants internationaux, soit 19,000, se sont inscrits dans les universités anglophones de Montréal.
    Pour une seul année.
    Or, la proportion d’anglophones au Québec est de 7,5%.

    Et puis on s’étonne que Montréal s’anglicise.

    • Gilles Théberge - Abonné 5 novembre 2019 13 h 46

      Tant que le gouvernement ne prendra pas une position ferme, cette farce se perpétuera.

  • André Joyal - Inscrit 5 novembre 2019 08 h 25

    «Le gouvernement a définitivement tort dans le dossier de l'immigration» (Nadia Alexan)

    Et comment il a tort! En plus, avec le très niaseux test des valeurs, le gouvernement se ridiculise; premier faux pas de la CAQ. D'autres à venir?

    • Cyril Dionne - Abonné 5 novembre 2019 16 h 10

      Vraiment M. Joyal. Est-ce que les sciences politiques sont devenues un métier en pénurie au Québec? Pardieu, les « de souche » n’ont même pas d’emploi dans ce domaine même avec un doctorat. Enfin, est-ce que quelqu'un peut travailler dans ce domaine sinon de retourner à la même université où il a obtenu son diplôme pour être un chargé de cours pour enseigner?

      Ceci dit, être un étudiant étranger au Québec ne vous garanti en rien une citoyenneté. Misère, personne n’a brisé le rêve de personne. L’immigration n’est pas un droit, mais bien un privilège.

  • Michel Lebel - Abonné 5 novembre 2019 08 h 28

    Incompétence!

    En matière d'immigration, nous avons devant nous un premier ministre et un ministre en titre, incompétents. Et vogue la galère! Mais la CAQ a été élue démocratiquement. ''C'est comme cela que ça se passe au Québec''. Misère! Fin.

    M.L.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 5 novembre 2019 08 h 57

    Témoignage troublant

    La CAQ doit rajuster le tir et vite.

    • Daniel Caron - Abonné 5 novembre 2019 10 h 18

      Encore faudrait-il que la CAQ soit à l'écoute de quelqu'un...

    • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 5 novembre 2019 19 h 19

      Le savoir qu'il soit dans le domaine de la recherche fondamentale ou appliquée contribue toujours à l'essor économique d'une nation. Les recherches sur l'intrication quantique perçue, il n’y a pas si longtemps, par des esprits comptables comme du pelletage de nuages sont au cœur désormais des développements de l'informatique quantique.

      Accueillir des esprits libres œuvrant dans des domaines dont le premier ministre ne soupçonne même pas la contribution possible doit être favorisée. Soutenir Yoshua Bengio, il y a 25 ans, aurait été vu comme une perte de temps ne répondant pas "aux besoins du marché du travail", pourtant aujourd'hui...

      Les partis d'opposition représentant plus de voix que celle de la CAQ ont raison de faire une vraie coalition afin de faire revenir à des considérations moins dénuées de vision que celle qu'entend maintenir le premier ministre. Pourtant celui-ci a reconnu parfois se tromper, il devrait ici faire montre d'intelligence et d’ouverture en acceptant les amendements provenant des oppositions.