Santé mentale et prévention du suicide, une priorité

La psychothérapie n’est pas rapidement et gratuitement accessible au Québec, déplore l'auteure.
Photo: iStock La psychothérapie n’est pas rapidement et gratuitement accessible au Québec, déplore l'auteure.

La nouvelle annoncée lors du Forum adultes et santé mentale sur le déploiement du nouveau programme d’accès et d’accompagnement en santé mentale et une stratégie québécoise de prévention du suicide me réjouit. Il est grand temps qu’on se dote d’une mise à jour, dans un contexte où le suicide demeure un problème de santé publique important dans un Québec qui n’a pas de stratégie en matière de prévention de suicide depuis 1998.

Il reste à voir les priorités qui seront mises en avant dans les deux cas. Évidemment, ce travail devra continuer d’être guidé par les personnes concernées elles-mêmes, leurs proches, les intervenants et les chercheurs spécialistes dans le domaine. Ici, je donne mon avis non seulement en tant que psychologue et professeure spécialiste en santé mentale et en prévention du suicide, mais aussi comme personne ayant vécu avec la dépression et qui a eu recours aux services nécessaires pour se rétablir.

En ce qui concerne la maladie mentale, on sait tout de même ce qui fonctionne. Je ne veux pas faire ici une liste exhaustive des meilleurs traitements validés empiriquement, mais en nommer quelques-uns, dont la psychothérapie qui, conjuguée à la pharmacothérapie, a fait ses preuves. Malheureusement, la psychothérapie n’est pas rapidement ni gratuitement accessible au Québec. Un autre exemple, plus accessible, est l’autogestion de la dépression, de l’anxiété, des troubles bipolaires (entre autres) offerte sous forme d’ateliers par des organismes communautaires à moindre coût. Le gouvernement devrait prioriser ces services éprouvés scientifiquement pour les rendre accessibles à tous ceux qui en ont besoin.

Comprendre

En ce qui concerne la prévention du suicide, plusieurs organismes, intervenants et chercheurs s’investissent depuis des années pour tenter de comprendre les causes de celui-ci afin de diminuer le taux de suicide au Québec et de mettre en place les meilleures pratiques pour ce faire. On voit les effets positifs de ces actions par la diminution des morts par suicide depuis 1999. Mais le problème est toujours présent, bien sûr, d’où la nécessité d’une stratégie nationale en prévention du suicide.

À mon avis, un des éléments nécessaires à la réussite des interventions auprès des personnes vivant avec des troubles mentaux ou qui sont suicidaires est la déstigmatisation. Malheureusement, il existe encore un grand tabou face à la maladie mentale et au suicide. La population a tendance à penser qu’on peut s’en sortir avec de la volonté (chose qu’on n’oserait jamais penser de quelqu’un qui a un cancer). Il y a aussi d’autres mythes négatifs associés à la maladie mentale, par exemple la violence, ce qui n’encourage pas les gens à s’ouvrir et à demander de l’aide.

Oui, il est vrai qu’on en parle de plus en plus et les gens sont encouragés à aller chercher de l’aide par des campagnes comme la Semaine nationale de la santé mentale, la Semaine nationale de prévention du suicide et la Journée mondiale de la prévention du suicide, par exemple. Les témoignages comme celui de la ministre Marguerite Blais aident aussi grandement, à mon avis, à briser les barrières du tabou.

C’est d’ailleurs pour contribuer à ma façon à cette déstigmatisation que j’ai choisi de me dévoiler un peu dans ce texte. Je peux vous dire que ce n’est pas facile pour moi de m’ouvrir sur ce sujet, étant psychologue. Je peux aussi vous dire qu’il a été ardu pour moi d’aller chercher de l’aide, donc je comprends très bien comment cela peut être difficile pour les autres de le faire. J’ai eu la chance d’avoir accès aux services dont j’avais besoin pour mon rétablissement. Donc, lorsque je prône un plus grand investissement en santé mentale, je le fais non seulement en tant que psychologue-chercheuse, mais aussi en tant que personne ayant utilisé ces services qui ont été essentiels à ma survie et à ma vie.

Je crois qu’il est important de continuer à travailler sur la déstigmatisation, à démystifier, à éduquer, à sensibiliser, et ce, pas uniquement pendant une journée ou une semaine, mais à longueur d’année, afin que les gens vivant avec une maladie mentale ou qui sont suicidaires se sentent écoutés, compris, accueillis et aillent chercher l’aide nécessaire.

Oui, il faut absolument investir dans les meilleurs pratiques, services et traitements. Cependant, si les personnes vivant avec des troubles mentaux ou qui sont suicidaires sont freinées par l’image négative qu’on nous renvoie (et qu’on peut malheureusement internaliser), on n’aura pas plus accès aux services dont on a grandement besoin.

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4 commentaires
  • Marc Therrien - Abonné 1 novembre 2019 07 h 05

    Cette société n’est pas pour la personne souffrante


    Quand il arrive que des personnes suicidaires nous disent que ce n’est pas la peur de mourir qui les hante, mais plutôt la peur de vivre, on réalise la grande difficulté qu’aura leur entourage à composer avec cette souffrance. On souffre doublement quand on ne réussit pas comme les autres à s’intégrer dans cette communauté des hédonistes obnubilés par la recherche personnelle de gratifications. L’envie de se supprimer arrive avec le sentiment de se sentir de trop.

    Quel malheur quand même que l'absence de la peur de mourir ne procure pas pour autant le goût de vivre. Avoir peur de vivre sans avoir peur de mourir me semble une énigme difficile à résoudre. La psychologie et la psychiatrie ne sont pas des sciences exactes pas plus qu'elles ne détiennent des pouvoirs magiques de guérison. Elles sont parfois impuissantes à saisir pour les contrôler l'intangible et l'indicible de la souffrance humaine. C'est pourquoi au regard de la prévention du suicide, guérir, c'est devenir capable de souffrir. Malheureusement, on souffre souvent seul avec son thérapeute quand on réussit à en trouver un.

    Marc Therrien

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 1 novembre 2019 07 h 39

    … DÉVOILEMENT !?!

    « C’est d’ailleurs pour contribuer à ma façon à cette déstigmatisation que j’ai choisi de me dévoiler un peu dans ce texte. » (Georgia Vrakas, Professeure agrégée, Dpt Psychoéducation, UQTR)

    Bien sûr, mais lorsqu’on lit dans le même texte les mots stigmatisant (D’exemple : « maladie mentale », « psychothérapie », « pharmacothérapie », « troubles bipolaires »), on-dirait que le phénomène de la stigmatisation ne parvient pas à se déstigmatiser ou que la déstigmatisation tarde à se concrétiser : étrange …

    … DÉVOILEMENT !?! - 1 nov 2019 -

  • Colette Bérubé - Abonné 1 novembre 2019 16 h 55

    Briser les tabous avec vigilance

    La professeure Vakras a parfaitement raison.
    L'urgence est là de briser les tabous relatifs aux problèmes de santé mentale et au suicide qui gangrènent notre société. Plusieurs milieux de travail, voire la majorité maintenant, et familiaux génèrent des dysfonctionnements majeurs atteignant les individus de façon négative. La psychothérapie est aussi difficile d'accès rapide et gratuite, dans le réseau public, et elle n'est pas à la portée de toutes les bourses en cas de détresse psychologique. Il est vrai que certains organismes communautaires font du bon travail. Mais plusieurs manquent de cette expertise particulière, sans oublier les personnes elles-mêmes qui arrêtent leur médication dès qu'elles vont mieux en ignorant paver la voie d'une rechute. Enfin, la pharmacopée exige une période d'essais, avec prélèvements sanguins, pour trouver le(s) médicament(s) adapté(s) au système neuronal variable chez chaque personne. Quel psychiatre a cette patience, sans oublier que l'approche neuro-bio-psychiatrique est décriée au Québec ? Nous avons beaucoup de chemin à faire pour faire face à cette série de problèmes, en plus de l'instauration d'une Politique cohérente telle que préconisée par la professeure Vakras.
    Tout cela pour dire que je connais bien cette problématique depuis 1970, avant de trouver en 2006 un excellent psychiatre (retraité) exerçant selon l'approche ci-haut. Deux conseil à retenir, avant l'arrivée d'une nouvelle Politique : 1) ne jamais cesser sa médication même dans les meilleurs moments et par-delà les conséquences sur la vie d'un couple (discussion éclairée avant) ; 2) éviter tout groupe où est absente l'expertise spécifique à ces problèmes sans s'informer des diplômes & expériences en ce domaine névralgique où la survie et la vie sont en jeu.

    Colette Bérubé, Ph.D. (Andragogie)
    Professeure d'université à la retraite

  • Daniel Gagnon - Abonné 1 novembre 2019 22 h 07

    La dégradation générale du vivant a un terrible effet de déprime.

    La dégradation générale du vivant a un terrible effet de déprime. Nous vivons la sixième grande extinction, c’est confirmé, l’être humain est en train de détruire la vie sur sa planète.
    L’humain semble vivre un désamour de sa planète, son espace mental et vital est menacé comme est menacée la planète.
    Dans ce contexte, ajoutez l’effet Trump (et l’accès aux armes à feu est un important moyen de suicides, selon l’OMS) cela devient désastreux et dangereux.
    La surveillance excessive de gouvernements et des sociétés multinationales, le réchauffement climatique, l’acidification des océans, les particules fines dans l’air, la disparition des oiseaux, le génocide des abeilles, on ne peut nier que tout cela a un air de fin du monde.
    On comprend alors que certains humains décident de partir, car à quoi bon rester dans ce navire qui court à sa perte, se disent-ils.
    L'être humain est-il pour autant suicidaire? Non, car il a de grandes ressources en lui et il l'a prouvé maintes fois dans l'Histoire.
    Nous vivons une époque de changement profond et il y a là un grand défi à relever. Je crois qu'il faut absolument garder un cœur de combattant.
    C’est ce que j’aurais envie de dire à mes co-humains et co-humaines: s’il vous plaît, ne quittez pas le bateau, nous avons besoin de vous, de vos compétences, de vos forces, de vos talents et surtout de votre compagnie, de votre amitié.