GNL Québec, le trophée de chasse des environnementalistes

«Depuis plus de 10 ans, la région est à la recherche de projets structurants pour diversifier et redynamiser son économie, et le projet GNL Québec pourra y contribuer», souligne l'auteur.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir «Depuis plus de 10 ans, la région est à la recherche de projets structurants pour diversifier et redynamiser son économie, et le projet GNL Québec pourra y contribuer», souligne l'auteur.

Le projet au Saguenay de liquéfaction du gaz naturel GNL Québec devient progressivement la cible, le trophée de chasse, le panache d’orignal des militants de la lutte contre les changements climatiques au Québec.

Il s’agit pourtant, selon le promoteur, d’un projet qui vise à être carboneutre, c’est-à-dire qu’il n’aura aucun effet négatif dans le bilan québécois d’émission de GES (gaz à effet de serre). Il aura un effet positif sur la réduction des GES au niveau planétaire (28 Mt éqCO₂ / an). Le projet permettra de créer 1100 emplois permanents et 6000 emplois temporaires de qualité dans une région qui en a grandement besoin.

C’est un projet vulnérable qui mobilise les émotions, étant donné qu’il s’inscrit dans le cadre d’une mondialisation qui est souvent contestée. C’est aussi un grand projet dans le secteur de l’énergie, financé par des capitaux extérieurs, dans une région périphérique dont certains visionnaires voudraient faire un sanctuaire pour les espèces menacées. Pour plusieurs militants écologiques, sacrifier un grand projet économique sur l’autel de l’urgence climatique serait une preuve irréfutable de notre ferveur et de notre engagement inconditionnel dans la lutte contre les GES.

Le marché de l’énergie

Dans une lettre publiée dans La Presse+ du 15 octobre, un groupe de 40 économistes soulève des doutes sur la contribution du projet à la réduction des GES au niveau planétaire. Les signataires interrogent également la contribution du projet au développement de la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Cette lettre apporte une contribution à la réflexion sur le projet, mais elle ne fournit aucun argument crédible pour son abandon.

Selon les signataires, le scénario de marché du promoteur selon lequel le gaz viendra remplacer des énergies plus polluantes comme le charbon, en Europe et en Chine n’est pas crédible. Selon eux, l’estimation de réductions globales de GES de l’ordre de 28 Mt éqCO₂ / an n’est pas valable. L’argument avancé par les signataires veut que le gaz transporté par ce pipeline pourrait bien remplacer du gaz conventionnel plus propre ou de l’électricité de source renouvelable, et ainsi augmenter les émissions globales de GES au niveau planétaire. C’est un argument qui a sans doute été pris en compte dans l’analyse de marché et qui de toute façon n’est pas assez puissant pour remettre en question le résultat global.

Le véritable test de la crédibilité de cette étude de marché viendra du marché financier. Le projet ne pourra obtenir le financement nécessaire à sa réalisation que dans la mesure où son scénario et sa contribution à la diminution de GES seront crédibles. Dans un marché mondial de l’énergie dans lequel tous les pays sont à la recherche de solutions pour diminuer leur GES, le projet GNL Québec n’a d’avenir et de rentabilité que s’il peut contribuer à la réduction des GES. C’est une question que les financiers vont examiner avec soin avant d’investir dans le projet.

Retombées économiques ?

Le groupe de signataires met principalement en doute la pertinence économique du projet pour l’économie de la région en utilisant l’argument de la pénurie de la main-d’œuvre. Même si cette question mérite notre attention et que des solutions doivent être trouvées, c’est un problème qui existe dans toutes les régions du Québec.

Est-ce un argument valable pour arrêter tout projet créateur d’emplois au Québec ? Devrait-on demander au gouvernement du Québec de mettre fin à nos efforts et au financement pour la création de nouvelles entreprises ? Les signataires souhaitent pourtant que la région puisse accueillir de nouvelles entreprises dans des secteurs d’avenir. Quelle est la logique ? S’agit-il d’entreprises imaginaires qui échappent à la contrainte de la pénurie de main-d’œuvre ?

Compte tenu des conditions de travail et de salaire qu’elle offre, l’entreprise n’aura aucune difficulté pour recruter les travailleurs nécessaires à ses activités. Une démarche de formation dynamique pourra d’abord y contribuer. Il y aura un déplacement de travailleurs vers des emplois mieux rémunérés, ce qui est à l’avantage des travailleurs de la région. Des travailleurs en provenance de l’extérieur de la région viendront contribuer à la relance du marché immobilier et au dynamisme du marché local.

La pénurie de main-d’œuvre dans la région est le résultat de l’exode des travailleurs et non du dynamisme économique. La création d’emplois s’y fait à un rythme beaucoup plus lent que celui de la moyenne québécoise. Le prix des résidences à Saguenay est en baisse. Malgré un taux de taxation plus élevé que celui des autres grandes villes du Québec, Saguenay est incapable de payer ses dépenses courantes dans son budget. Selon les prévisions démographiques de l’Institut de la statistique du Québec, la population de la région diminuera de 15 000 habitants d’ici 2040.

Depuis plus de 10 ans, la région est à la recherche de projets structurants pour diversifier et redynamiser son économie. Le projet GNL Québec pourra y contribuer et il serait sage de ne pas rejeter ce projet avant les évaluations environnementales des gouvernements du Québec et du Canada. D’autres projets d’avenir seront nécessaires pour le développement de la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean et le projet GNL Québec n’est pas un frein à la venue de ces projets.

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26 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 30 octobre 2019 00 h 34

    Mauvaise foi

    «Est-ce un argument valable pour arrêter tout projet créateur d’emplois au Québec ?»

    Qui a dit ça? Tous les projets de création d'emploi n'entraînent pas autant d'émissions de GES et ne menacent pas autant l'environnement et la survie des espèces menacées. Les deux projets que les environnementalistes et toutes les personnes soucieuses de l'avenir de la vie sur Terre rejettent sont celui-ci et le troisième lien. Avec le taux de chômage actuel et le taux élevé de postes vacants, c'est bien le bon moment d'être plus sélectifs dans le choix des projets créateurs d'emplois.

    • Cyril Dionne - Abonné 30 octobre 2019 09 h 00

      On est « tanné » de cette gauche déconnectée. Même si je ne suis pas d’accord avec ce projet, il y en a beaucoup plus pires juste à côté de chez vous.

      Oui, presque tous les projets de création d'emploi viables et valorisants pour les travailleurs entraînent des émissions de GES. Ici on parle d’emplois qui vont chercher les 50$ et plus de l’heure en plus d’excellents avantages sociaux, pas de la pénurie des emplois au salaire minimum. Pardieu, pensez-vous qu’un travailleur d’un CHSLD hésitera une seconde pour prendre un emploi comme celui-là? La mythique pénurie de la main-d’œuvre se retrouve dans le secteur tertiaire ou l’économie de service qui n’est pas avantageux pour les travailleurs. Qui veut travailler au salaire minimum et où les avantages sociaux sont inexistants? Certainement pas les signataires du groupe des 40 économistes. Nous parlons ici de plus de mille emplois permanents dans une région qui en arrache économiquement.

      Ceci dit, il est vrai qu’il y a 33% moins d’émissions de C02 lorsqu’on utilise du gaz naturel si on compare au charbon et au pétrole. Mais il ne faut pas oublier que le gaz naturel émet aussi beaucoup de GES, juste moins que les autres. Et le gaz naturel sera produit par fracturation hydraulique. Enfin, c’est la demande mondiale qui dicte la production et si le gaz naturel n’est pas produit ici, il le sera ailleurs dans bien plus pires conditions désavantageuses pour les travailleurs et pour le climat, Russie oblige.

      Bon, il y en a qui se disent pure et plein de vertu écologique, mais on ne les voit pas pratiquer la simplicité volontaire. Ils critiquent les autres sur la surconsommation et ils font de même. Ils occultent toujours le fait que la Chine ouvre en moyenne par mois, plus de 6 centrales au charbon. Eux, ils ne se gênent pas pour polluer et leur production des GES mondiaux avoisine présentement, le 33%. Ici au Québec, nous en sommes à 0,17% de la production des GES mondiaux. Que l’extrême gauche aille se coucher.

    • Marc-André Miron - Abonné 30 octobre 2019 15 h 44

      "Ceci dit, il est vrai qu’il y a 33% moins d’émissions de C02 lorsqu’on utilise du gaz naturel si on compare [...] au pétrole."

      Votre 33% de réduction d'émissions de CO2 est peu crédible et plus qu'optimiste. Selon le journaliste Jean-François Cliche, une réduction de "25% à 32%" face à l'essence ne serait "Pas impossible, mais douteux. Les gains en GES que permettraient les véhicules au gaz naturel ne sont pas clairement chiffrés en science, en bonne partie à cause d’incertitudes entourant les fuites. Et [ces chiffres], sans être nécessairement faux, font partie des plus optimistes que nous ayons vus."

      Source: https://www.lesoleil.com/actualite/environnement/le-gaz-naturel-est-il-plus-propre-que-lessence-2445eec0cdceb5d785ecc214318f34cf

  • Sylvain Auclair - Abonné 30 octobre 2019 07 h 24

    Construire pour dix ans?

    Toutes les études le prouvent: il faut arrêter d'extraire et de bruler des carburants fossiles d'ici dix ou vingt ans. Va-t-on vraiment nous faire croire qu'on va construire un gazoduc pour une période aussi courte?

    • Jean-Yves Arès - Abonné 30 octobre 2019 09 h 35

      Qui donc prétend que ce projet n'est que pour une utilité de 10 ans ?

      Surtout pas les promoteurs en tout cas, sinon ils ne trouveraient aucun financement.

    • Sylvain Auclair - Abonné 30 octobre 2019 10 h 15

      C'est justement le problème, monsieur Arès. Comment justifier un tel projet alors qu'il est urgent de cesser dl'utiliser le gaz, le pétrole et le charbon?

    • Jean-Yves Arès - Abonné 30 octobre 2019 13 h 23

      Demander de diminuer sa consommation est bien la chose a faire. Mais il est totalement illusoire de croire que la consommation va diminuer pour cause de manque de produit a carburer sur le marché !

      Les faits sont que nos sociétés développées exigent une quantité énorme d'énergie, disponible en tout temps et facile a utiliser. Passer a une utilisation exclusive d'énergies renouvelables est dans les faits impossibles, non applicable autrement qu'en situation restreint de laboratoire.
      I
      l faut donc viser a réduire les utilisations "discrétionnaires", celles luxueuses, ou a tout le moins celles dont on peut se passer sans tomber dans l'indigence. Le gaz a des utilisations qui n'entrent pas dans la catégorie des luxueuses ou discrétionnaires. Sont utilisation vise des besoins essentiels comme le chauffage des maisons et bâtiments, la production d'électricité, et est un intrant important des productions industrielles. Mieux encore il est la source de choix facilement accessible, la moins polluantes des énergies fossiles, pour les productions d'énergie renouvelables intermittentes comme le solaire et l'éolien.

      Mais surtout, que l'on mette ou pas ce gaz sur le marché mondial, ce n'est pas nous qui dicteront les choix fait ailleurs tant qu'a l'utilisation qu'ils feront d'énergie. Ici ce sont les impactes sur notre environnement, principalement le fleuv,e qui sont sous notre contrôle. A nous de bien faire les choses.

    • Gilles Théberge - Abonné 30 octobre 2019 13 h 40

      C'est illusoire, tant qu'on ne décide pas monsieur Arès puis-je faire remarquer. Tout est question de moyens de mise en œuvre.

      La diminution de la demande de produits pétroliers, est en progrès constant. Est-ce qu'on l'encourage ou non...?

      Et en plus on ne touche pas aux mammifères marins, dont les «travailleurs» se fichent comme de leur premier biberon! La preuve? on en parle pratiquement pas au Saguenay. C'est dire !

    • François Beaulé - Abonné 30 octobre 2019 17 h 32

      Investir dans la production ou le transport des combustibles fossiles, c'est faire le pari que la consommation de ces combustibles va se maintenir ou même augmenter. Voilà donc une forme de cynisme à l'encontre des préoccupations concernant le climat.

  • Pierre G. Blanchard - Abonné 30 octobre 2019 08 h 27

    Vers une stratégie verte ?

    Merci de démystifier ce projet qui s'ajoute à ceux qui visent à désenclaver l'Alberta, la Saskatchewan et TN-L et à exporter leurs resources énergétiques. Comme le projet GNL pourrait pallier aux pertes croissantes d'emplois dans une industrie de l'aluminium en difficulté, l'exportation de nos hydrocarbures contribuent à une riche péréquation. Une stratégie nationale s'impose qui serait réaliste de nos atouts et faiblesses, semblable à celle de pays comme l'Écosse et la Norvège qui, riches de leurs hydrocarbures, peuvent se payer une transition énergétique au profit des technologies vertes et de l'environnement. Un projet rassembleur mais non sans compromis de tous au pays. À l'instar du Bloc, une péréquation verte pourrait-elle aider à financer cette transformation énergétique, industrielle et manufacturière, incluant celles de l'automobile et du transport, et ainsi créer plus de richesse avant de mieux la répartir ?

    • Sylvain Auclair - Abonné 30 octobre 2019 10 h 16

      Bizarrement, des pays comme la Suède ou la Finlande ou l'Islande, qui ne bénéficient pas de pétrole ou de gaz, sont aussi avancés que la Norvège dans la transition vers le post-pétrole. Finalement, ça n'a aucun rapport.

    • François Beaulé - Abonné 30 octobre 2019 11 h 21

      La position de M.Blanchard est irrationnelle. L'augmentation des exportations de combustibles fossiles fait augmenter les émissions de GES, quelque soit la provenance, y compris le Canada. Financer une soit-disant transition énergétique par des exportations de combustibles fossiles ne peut pas faire diminuer les émissions de GES à l'échelle planétaire.

    • Cyril Dionne - Abonné 30 octobre 2019 13 h 07

      @Sylvain Auclair

      La Suède (population de 10 millions) ou la Finlande (5,5 millions) ou l'Islande (360 milles), sont tous des petits pays et ont tous une superficie de 3, 4 et 8 fois plus petite que le Québec (8,4 millions de population et plus de 1 660 000 km2 de superficie). Il n'y a rien de bizarre là-dedans lorsque vous êtes petit et vous êtes plus vert que l’autre. Pour la Norvège et leur 1 000 milliards$ américains de réserves grâce à la vente d'hydrocarbure, n'a aucune leçon à donner à personne.

  • François Beaulé - Abonné 30 octobre 2019 08 h 56

    Les gouvernements doivent cesser de financer les combustibles fossiles

    « Le véritable test de la crédibilité de cette étude de marché viendra du marché financier »

    Il est douteux que tous les acheteurs de ce gaz soient dans des pays qui ont une réelle volonté de diminuer substantiellement leurs émissions. Un autre aspect dérangeant est le fait que l'entreprise GNL Québec a engagé plusieurs lobbyistes afin d'obtenir du financement de l'État. Déjà le ministre de l'Économie se dit prêt à financer des études dont le promoteur a besoin pour justifier son projet.

    Il est nécessaire que la consommation des combustibles fossiles diminue de façon radicale à l'échelle mondiale afin de réduire l'ampleur des changements climatiques. Ce projet est donc risqué et ne devrait bénéficier d'aucune aide directe ou indirecte de la part de l'État.

    L'autre problème se trouve en amont du projet. L'exploitation du gaz de schiste cause des fuites beaucoup plus importantes que celle du gaz conventionnel. Tôt ou tard, les provinces du Canada qui exploitent ce type de gaz devront réduire leurs émissions de GES, possiblement en réduisant leur production de gaz naturel. L'alimentation en gaz d'Énergie Saguenay pourrait alors être coupée.

  • Claude Saint-Jarre - Abonné 30 octobre 2019 09 h 10

    Débat

    Un débat sur l'énergie est souhaitable. Ainsi, le collectif scientifique gaz de schistes et enjeux énergétiques ne voit pas la même vision que celle de cet article. Voyez ici, la conférence 2019: http://www.collectif-scientifique-gaz-de-schiste.c

    Jugeons, décidons.