L’économie sociale sur la ligne de départ

«Plutôt que d’attendre un sauveur, les travailleurs et travailleuses de GCM ont trouvé des appuis dans leurs communautés», mentionnent les auteurs.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir «Plutôt que d’attendre un sauveur, les travailleurs et travailleuses de GCM ont trouvé des appuis dans leurs communautés», mentionnent les auteurs.

Le 20 août dernier, nous apprenions que le Groupe Capitales Médias (GCM) déclarait faillite. À défaut d’une solution rapide, six grands journaux québécois allaient disparaître, chacun jouant un rôle essentiel dans leur région respective. Depuis, plusieurs acteurs se sont manifestés pour envisager un rachat et lancer une relance de l’entreprise. Déjà, l’intérêt suscité constitue en soi une première bonne nouvelle. À une époque marquée par une transformation profonde des grands médias d’information, la mobilisation autour des médias régionaux a de quoi nous rassurer sur l’importance d’avoir une information régionale de qualité.

Dans chacune des régions touchées, des voix se sont aussi élevées pour faire de cette reprise d’entreprise un projet collectif. C’est une deuxième bonne nouvelle. Plutôt que d’attendre le prochain grand sauveur, les premiers concernés — travailleurs et travailleuses — se sont organisés sur leur propre base et ont rapidement trouvé des appuis dans leurs communautés. Cette mobilisation collective traduit le caractère essentiel de ces médias, que ce soit pour l’information locale, le développement économique, la vitalité culturelle et, au final, le sentiment d’appartenance qu’ils contribuent à développer.

Plus encore, le lancement de la campagne « Coop mon journal » indique sans équivoque que la mobilisation produit déjà des résultats concrets permettant d’impliquer toutes les parties prenantes. Les travailleurs et travailleuses ont notamment reçu l’appui et le soutien du milieu syndical et d’acteurs régionaux et nationaux expérimentés en développement de l’économie sociale. Dans un contexte où le temps presse, il est de bon augure de constater la rapidité avec laquelle toutes les parties ont bougé. D’ailleurs, l’existence d’un écosystème de soutien agile et expérimenté est une clé essentielle pour la réussite des entreprises collectives. Constater la présence et la capacité de réaction de cet écosystème dans toutes les régions est la troisième bonne nouvelle de cette histoire.

La situation de GCM nous donne l’occasion de mettre en avant le potentiel de l’économie sociale dans des secteurs où les modèles d’affaires des entreprises sont appelés à être transformés. C’est le cas de plusieurs secteurs au Québec, dont la culture, la gestion des matières résiduelles et le transport collectif, pour ne nommer que ceux-là. C’est le cas également pour assurer le développement et le déploiement de services de proximité dans les communautés rurales éloignées. Dans tous ces cas, l’économie sociale est une voie prometteuse qui doit être systématiquement explorée. Puisqu’elle repose sur la contribution de plusieurs acteurs et vise la pérennité de l’entreprise plutôt que la maximisation des profits des actionnaires, l’entreprise collective constitue une option de développement qui s’inscrit d’emblée dans une perspective de transformation. Elle offre un modèle permettant de réconcilier les besoins des collectivités et l’exploitation d’une entreprise qui doit faire ses frais. Et c’est exactement la situation dans laquelle se trouvent les médias régionaux qui doivent maintenant se réinventer pour assurer leur survie. Pour ce faire, les acteurs de l’économie sociale au Québec ne manquent sans aucun doute pas d’idées ou d’outils pour les soutenir.

En somme, l’exemple de la mobilisation collective autour de la relance de GCM illustre ce qu’on est capables de faire dans des délais serrés pour éviter une fermeture, dans un contexte qui appelle à repenser le modèle d’affaire de base. Que ce soit dans des secteurs en difficulté ou en croissance, pour intégrer des bassins de main-d’oeuvre sous-représentés en emploi, pour garantir la possession des outils de production de la richesse par et pour les premiers intéressés, nous sommes convaincus que l’économie sociale peut faire plus et mieux et qu’elle permet d’assurer la présence à travers le Québec d’entreprises gérées par nous et pour nous.

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1 commentaire
  • André Joyal - Inscrit 24 octobre 2019 07 h 34

    En effet...

    «Dans tous ces cas, l’économie sociale est une voie prometteuse qui doit être systématiquement explorée. Puisqu’elle repose sur la contribution de plusieurs acteurs et vise la pérennité de l’entreprise plutôt que la maximisation des profits des actionnaires,...»

    L'économie sociale (ES), caractérisée par des initiatives dotées à la foi d'une finalité sociale et économique, s'assimile parfaitement à ce que l'on désignait, encore au début des années 80, sous l'influence anglo-saxonne, comme étant l'économie communautaire. Que s'est-il passé pour que le parent pauvre de l'économie (identifié aussi comme étant le tiers-secteur) occupe maintenant les devants de la scène au même titre que l'économie privée et publique? Plus qu'un effet de mode, se pourrait-il que l'intérêt envers l'ES depuis quelque vingt ans s'appuie sur des assises solides à la faveur d'une prise de conscience des opportunités existantes et de l'essor de valeurs à caractère collectif?

    En fait, les critiques ou les mises en garde sur les attentes à l'égard de l'ES ne manquent pas. Ainsi, si certains, en s'identifiant sans réserve en faveur d'une forte implication de l'État, expriment de sérieuses critiques envers des activités qui, autrefois, étaient sous la responsabilité de l'État-providence., l'ES existe bel et bien. Faut le reconnaître et, si ses réalisations sont nombreuses et souvent d'un grand intérêt, elle ne peut néanmoins offrir une alternative qu'à ceux ayant lla vocation pour y oeuvrer ; c'est-à-dire, des gens qui s'y trouvent plus d'intérêt et de possibilités que dans les deux autre grands secterur d'activité. Bonne chance aux journalistes!