Les conséquences démesurées des travaux de construction du REM sur la région métropolitaine

Les usagers plaident pour une diversité de mesures dont des navettes entre Deux-Montagnes et Sainte-Thérèse pour que des usagers prennent le train de Saint-Jérôme.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Les usagers plaident pour une diversité de mesures dont des navettes entre Deux-Montagnes et Sainte-Thérèse pour que des usagers prennent le train de Saint-Jérôme.

La fermeture du tunnel du Mont-Royal en janvier, en plus d’être catastrophique pour les usagers des trains de banlieue de Mascouche et de Deux-Montagnes, aura des répercussions sur les autoroutes et les transports en commun de toute la grande région de Montréal.

Je suis la mère d’une petite fille de bientôt 7 ans, je travaille au centre-ville de Montréal, et j’habite… Deux-Montagnes. Depuis maintenant 11 ans, je voyage à bord du train de banlieue de Deux-Montagnes pour me rendre au travail. Mon conjoint fait le même trajet, depuis quatre ans pour sa part. Nous avons choisi de nous établir à Deux-Montagnes justement en raison de la présence du train de banlieue, qui est sans contredit le moyen le plus rapide, écologique et efficace de rejoindre le centre-ville à partir de la Rive-Nord.

Ce temps tire à sa fin, du moins pour quelques années. Vous n’êtes sûrement pas sans savoir que le tunnel du Mont-Royal sera fermé à compter du 6 janvier, le temps de procéder aux travaux de construction du REM. Pour les plus de 15 000 usagers du train de banlieue chaque jour, cela signifie que nous devrons nous tourner vers d’autres moyens pour nous rendre au travail ou à l’école. Les seules mesures officielles d’atténuation présentées à ce jour prévoient que les usagers devront descendre du train à la gare Bois-Francs, située dans Saint-Laurent, pour prendre des autobus qui les mèneront à la station de métro Côte-Vertu, pour se rendre au centre-ville. Cela fait doubler, voire tripler le temps de transport pour ces usagers. De plus, bien que cette solution puisse être viable pour certains usagers, elle n’est pas adéquate pour plusieurs autres : il ne faut pas oublier que les usagers du train ne travaillent pas tous au coin de René-Lévesque et Robert-Bourassa. (On prévoit aussi une navette directe en autobus de Deux-Montagnes au centre-ville, mais hors des heures de pointe seulement.) Il est prévisible qu’avec ce qui est offert présentement, plusieurs se tourneront plutôt vers leur voiture (grave recul sur le plan écologique) ou iront prendre le métro à Laval (qui est en débordement chronique et ne pourra sans doute pas faire face à une telle augmentation d’achalandage).

Les usagers plaident pour une diversité de mesures : navettes entre Deux-Montagnes et Sainte-Thérèse pour que des usagers prennent le train de Saint-Jérôme, navettes directes de chaque gare jusqu’au centre-ville avec voies réservées tout au long du parcours, faire rouler le train sur des voies de contournement comme le fera le train de Mascouche d’ici quelques mois… et bien d’autres idées soulevées par les usagers. Malheureusement, jusqu’ici, nos demandes restent lettre morte. Bien que nous vivions des conséquences majeures sur nos vies personnelles, professionnelles, familiales, financières en raison de ces travaux, il semble que les dirigeants du projet ne considèrent pas nos idées ni nos demandes dans la planification des travaux et des mesures d’atténuation. Lors de la rencontre d’information du 26 septembre dernier, la réponse à toutes les suggestions de solutions était inlassablement « on verra en janvier, on avisera au besoin ». Pour justifier les sacrifices qu’on nous demande, on nous sert régulièrement l’expression « on ne fait pas d’omelette sans casser d’oeufs ». J’ai l’impression que la recette d’omelette qu’on nous propose contient beaucoup de morceaux de coquilles d’oeufs…

Ce n’est pas facile d’être un résident de la Rive-Nord qui travaille à Montréal, à l’heure actuelle. Le dilemme est de taille : rester à Deux-Montagnes et accepter un emploi moins payant, et perdre son ancienneté ? Vendre la maison à perte et aller s’établir ailleurs, où les maisons seront vraisemblablement plus chères et où on ne connaît personne ? Rester à Deux-Montagnes sans changer d’emploi, et accepter de devoir voyager plus de 3 heures par jour (si tout va bien) pendant au moins 4 ans ? Il y a de quoi passer plusieurs nuits blanches, à douter de ses choix (je parle par expérience).

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12 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 21 octobre 2019 02 h 54

    faut il pour construire du moderne detruire un passé efficace

    faut-il que pour construire un transport hautevitesse pénaliser les gens de deux montagne qui ont un transport qui les satisfontdepuis presque toujours en fait faut il monopoliser leur infrastructure

    • Nadia Alexan - Abonnée 21 octobre 2019 09 h 39

      Je vous comprends madame Véronique Goudreau, et je sympathise avec vous. Mais le problème réside avec notre système politique qui favorise l'intérêt des magnats de l'entreprise privée au détriment du bien commun. Comme le dit si bien, monsieur Jean-François Nadeau, dans sa chronique de ce matin dans ce même journal: «Le système politique canadien est dominé par ces oligarques dont la fortune dépend directement de leurs accointances avec l’État.» Le bienêtre des citoyens ne vaut rien pour ces maitres de ce monde qui nous dirigent, incluant la Caisse de dépôt, l'instigateur de ce projet farfelu le REM.

    • Marc Therrien - Abonné 21 octobre 2019 12 h 15

      Madame Alexan,

      J'ai de la difficulté à comprendre comment votre commentaire répond à celui de Monsieur Paquette et me demande si celui-ce se sent aussi compris lorsque vous témoignez votre appui directement à l'auteure Véronique Goudreau. Il me semble que votre commentaire se suffit à lui-même et aurait pu apparaître plus bas, après celui de Monsieur Toutant.

      Marc Therrien

  • Christelle E.C. - Inscrite 21 octobre 2019 06 h 08

    La pétition

    Très bon article qui représente la réalité de nombreux usagers. Dont la mienne.
    Il y a une pétition en cours justement
    https://www.assnat.qc.ca/fr/exprimez-votre-opinion/petition/Petition-8085/index.html?fbclid=IwAR3551f9hjx-9ZhVvta4v0XXwS5QKnKR-n9MRpsvSeS6V6somfe3osQHSIY

  • Paul Toutant - Abonné 21 octobre 2019 08 h 48

    L'argent du beurre

    Vivre à des kilomètres de son travail, jouir des joes de la banlieue et du job payant du centre-ville. Le meilleur des deux mondes. Et voilà que les insomnies sévissent: travailler près de chez soi à moindre salaire ou faire trois heures de route chaque jour pour jouir de sa banlieue? Pas une seule fois cette personne ne remet en cause son choix de vie aberrant. Vraiment, l'égocentrisme de ces banlieusards a de quoi rendre baba. Dire que le REM est construit pour permettre à d'autres nantis d'aller vivre au diable vert, des gens qui exigeront aussi de jouir de la ville à la campagne. Sainte Greta, priez pour eux!

  • Denis-Émile Giasson - Abonné 21 octobre 2019 09 h 55

    Le progrès dans la douleur

    Les gens oublient rapidement que le train de Montréal-Deux Montagnes -autant les infrastructures que le matériel roulant- est usé à la corde. Les multiples plaintes des usagers face aux innombrables pannes hivernales auront coûtées beaucoup d'encre et de papier et monopolisées les médias sociaux. Combien de bulletins d'information télévisés nous firent voir et entendre ces usagers qui n'arrivaient jamais à taire leur frustration devant un réseau si pourri. Ce réseau est en voie de disparition. Le REM offrira aux bonnes gens des banlieues Nord, Ouest et Sud un système de transport moderne, rapide, fort probablement efficace.... et finalement sécuritaire grâce aux travaux dans le tunnel du Mont-Royal qui ne rencontre plus les normes de sécurité pour un tel ouvrage. Quand j'ai quitté Montréal pour Ste-Dorothée je savais que les heures de trajet soir et matin allaient me causer des problèmes tant et aussi longtemps que le transport collectif demeurerait en l'état. 40 ans plus tard la solution se présente... alors 2 ou 3 petites années additionnelles de patience est-ce trop demander?

    • Daniel Vézina - Abonné 21 octobre 2019 19 h 50

      Cela ne vous est jamais passé par l'esprit que les citoyens en banlieue y sont peut-être
      parce que le coût d'acquisition d'une propriété est moins élevé ?

      N'est pas toujours banlieusard par choix, mais par obligation financière.

      SI vous pouvez vous taper des 'cabanes' à plus d'un million à Montréal, grand bien vous fasse...

  • Yves Corbeil - Inscrit 21 octobre 2019 09 h 58

    La dictature douce en apparence

    Si nous faisons un croisement avec la chronique de monsieur Nadeau ce matin, il y a peu de différence dans la façon de faire du grand capitale et de ses bonzes. La démocratie, la plus grande arnaque des pays capitalistes avec les droits des hommes de l'ONU. Au final voyez-vous une différence avec le temps des bouffons de Falardeau, seul les acteurs ont changé pour un résultat similaire ou le petit peuple paye pour que les bouffons s'enrichissent, les acteurs de soutien du système d'exploitation coloniale qui se perpétue démocratiquement avec des élections aux quatre ans.

    https://www.dailymotion.com/video/xu1vr3

    Il ne reste plus beaucoup de temps pour qu'on deviennent minoritaire chez nous, après Montréal le reste suivra fatalement, l'immigration massive aux services des bouffons coloniales avec l'approbation du bon peuple au coeur grand. NOUS EMBAUCHONS

    Des élections fédérale aujourd'hui, vous voterez encore pour ça.