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«Au Québec 20% des ménages n’ont en moyenne que 75$ par semaine à consacrer à l'épicerie», souligne l'auteure.
Photo: Marie-France-Coallier Le Devoir «Au Québec 20% des ménages n’ont en moyenne que 75$ par semaine à consacrer à l'épicerie», souligne l'auteure.

En ce 17 octobre, qui marque la Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté, les Centraide du Québec s’unissent pour rappeler que cet enjeu passe trop souvent inaperçu.

Personne n’est à l’abri de la pauvreté. Encore aujourd’hui, près de 1,2 million de Québécoises et de Québécois sont à faible revenu et 615 000 d’entre eux résident dans le Grand Montréal. Être pauvre, c’est vivre avec environ 20 000 $ par année pour une personne seule et 40 000 $ pour une famille de quatre. Cependant, à quelques jours des élections fédérales, les plateformes électorales n’ont pas donné à cet enjeu toute la place qu’il mérite. Pourtant, avec la Loi sur la réduction de la pauvreté en place, le prochain gouvernement fédéral — et tous ceux qui suivront — sera tenu de mener continuellement des actions pour réduire la pauvreté.

Pour la plupart des gens, la pauvreté est devenue une réalité faisant partie de notre société. Comment peut-on rester indifférent quant au fait qu’au Québec 20 % des ménages n’ont en moyenne que 75 $ par semaine à consacrer à l’épicerie ? Et on le sait, c’est nettement insuffisant pour se constituer un panier alimentaire jugé nutritif.

La pauvreté a des répercussions qui marquent indéniablement la vie des gens. Quand on est pauvre, on risque davantage de mourir plus jeune et d’être en moins bonne santé. Dans les quartiers défavorisés de Montréal, la mortalité prématurée est deux fois plus importante que dans les quartiers favorisés et le décrochage scolaire y est 2,5 fois plus élevé. Quand on est pauvre, on est plus susceptible de vivre dans des logements insalubres ou trop chers pour ses moyens et ainsi de couper dans l’alimentation pour boucler ses fins de mois.

Parmi les 1,2 million de Québécoises et de Québécois qui vivent dans la pauvreté, certains groupes sont particulièrement à risque, notamment les enfants, les personnes avec des limitations ou avec des problèmes de santé mentale, les aînés, particulièrement les femmes, les familles monoparentales, les immigrants récents et de plus en plus de travailleurs, car c’est connu, avoir un travail ne garantit plus un revenu suffisant pour un nombre croissant d’entre eux.

La pauvreté n’est pas une question individuelle, c’est l’affaire de tous. Elle a un coût humain, car on prive la société de tous ses talents. Sur le plan économique, son coût est estimé à un montant entre 15 et 17 milliards de dollars par année au Québec. Imaginons si tout cet argent était investi dans la prévention et dans la création de programmes pour sortir les personnes de la pauvreté plutôt que pour intervenir sur ses effets.

Les Centraide du Québec jouent un rôle mobilisateur et contribuent à des changements concrets et durables, en appui aux communautés locales. Les Centraide soutiennent un important réseau de 1500 organismes communautaires et récoltent annuellement près de 93 millions de dollars, qui sont réinvestis dans chacune de leurs collectivités, permettant aux personnes vulnérables d’améliorer leurs conditions de vie et de vivre dans la dignité.

Cependant, aucune organisation ou institution ne peut à elle seule régler tous les enjeux.

À quelques jours des élections, rappelons aux partis politiques fédéraux l’importance de s’engager concrètement dans la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale et d’en faire une priorité politique. Plus que toute autre chose, offrons à toutes les Québécoises et à tous les Québécois des chances égales de réaliser leur plein potentiel.

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4 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 17 octobre 2019 04 h 01

    La pauvreté dans un pays riche est une honte nationale.

    Effectivement: «La pauvreté n’est pas une question individuelle, c’est l’affaire de tous», le célèbre écrivain, Thomas Piketty nous rappelle que les inégalités dans une société touchent tout le monde. Il n'y a pas d'excuses pour la pauvreté dans un pays riche comme le Canada. C'est juste un manque de volonté politique pour éliminer le sort tragique et misérable des pauvres.
    On trouve toujours de l'argent pour les subventions faramineuses accordées aux grandes sociétés, mais l'on a jamais des fonds pour combler les besoins criants de nos citoyens les plus démunis.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 17 octobre 2019 14 h 53

    « Les ''Centraide du Québec'' contribuent à des changements concrets et durables» (Lili-Anna Pereša, Centraide)


    Ah oui? La Charité publique change quoi, concrètement, à part de durablement banaliser la distribution de déchets alimentaires ?

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 17 octobre 2019 15 h 14

    « Être pauvre, c’est vivre avec environ 20 000 $ par année pour une personne seule» (Lili-Anna Pereša, Centraide)



    C'est plutôt environ douze mille dollars (12 000$) annuellement que le Québec verse aux infirmes qui vivent seuls en logement. Votre vingt mille dollars (20 000$) par année est même au-delà de ce que reçoit un couple d'handicapés en logement.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 17 octobre 2019 15 h 33

    « […] Les Centraide soutiennent un important réseau de 1500 organismes communautaires et récoltent annuellement près de 93 millions de dollars» (Lili-Anna Pereša, Centraide)

    Sur ces 93 millions de dollars annuels, quelle est donc la part consacrée à l'administration et aux salaires?

    Quatre-vingt-treize millions de dollars annuels… Quand on songe que les organismes communautaires VENDENT aux nécessiteux les dépannages alimentaires -dont une bonne part est impropre à la consommation...

    Quand on songe qu'à notre époque, les enfants pauvres sont laissés à eux-mêmes sans loisir structurant, sans activité sportive hors de l'école, sans camp de vacances durant l'été…

    Quand je songe qu'il y a environ une douzaine d'années, Centraide a notamment cessé de financer le camp Jean-Jeune…

    En plus des dons, c'est un milliard de dollars par année du gouvernement de la Belle province que se partage l'industrie de la pauvreté au Québec, et ce sans droit de regard du public vu que les organismes communautaires sont des entreprises privées.

    Par exemple, j'en connais des retraités à l'aise qui s'activent auprès de la Société St-Vincent-de-Paul et qui empochent les pourboires non-déclarés que leur versent les nécessiteux qui ont besoin d'être voiturés;

    On y administre l'argent des donateurs, mais en période d'affluence il n'y a que deux ou trois personnes par mois qui se présentent à la paroisse pour y réclamer un don de quelques dizaines de dollars (ils ont droit à un bon alimentaire de quarante dollars au trois mois);

    De même, en dépit des dons, comment se fait-il que les boutiques de la Société St-Vincent-de-Paul soient aussi dégarnies? Il est vrai que bien des retraités-bénévoles vont en premier ressort s'y vêtir, de la même façon que bien des vêtements donnés sont détournés vers des braderies et autres marchés aux puces aux bénéfices de certains particuliers.

    De la même façon, comment se fait-il que l'Armée du Salut vende si cher le mobilier qui lui est donné?

    Ah! L'industrie de la pauvreté est prospère au Québec, depuis que le communautaire a laissé la revendication sociale pour adhérer au consensus de bon aloi.