Mettons fin au gâchis des circulaires

«Il n’est pas ici question d’éliminer les circulaires, mais bien de voir à ce qu’elles soient livrées uniquement aux personnes intéressées», écrit l'auteur.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir «Il n’est pas ici question d’éliminer les circulaires, mais bien de voir à ce qu’elles soient livrées uniquement aux personnes intéressées», écrit l'auteur.

Jeudi dernier, la Ville de Montréal a lancé sa consultation publique sur le contrôle des circulaires, en réponse à la demande de plus de 15 000 citoyens ayant signé une pétition à cet effet en mars dernier. La riposte ne s’est pas fait attendre, avec la publication dans Le Devoir d’une lettre ouverte où sept capitaines de l’industrie prenaient la défense des sacs publicitaires (« N’éliminons pas le Publisac », 3 octobre 2019).

Malheureusement, cette lettre propageait plusieurs mythes entourant les réclamations au coeur de la consultation. En effet, il n’est pas ici question d’éliminer les circulaires, mais bien de voir à ce qu’elles soient livrées uniquement aux personnes intéressées — contrairement à ce que fait le système actuel, qui distribue chaque semaine près de 2000 tonnes de papier enveloppé de plastique à la quasi-entièreté de la population.

Cette réforme est toute simple : les camelots feraient les mêmes trajets, mais au lieu d’éviter les endroits où un autocollant de refus est affiché (système « opt-out »), ils se contenteraient de laisser les articles publicitaires dans les boîtes à lettres ornées d’un pictogramme d’autorisation (système « opt-in »). Il est donc faux de dire que les « coûts prohibitifs de la gestion d’un système d’abonnements » signifieraient « la fin du publisac », car personne n’aurait à s’inscrire auprès de qui que ce soit, et aucune gestion d’abonnement ne serait nécessaire.

C’est là que s’effondre toute la campagne de peur orchestrée par le camp pro-circulaire. Puisque l’actuel autocollant de refus n’est pas considéré comme une atteinte à la libre expression, le pictogramme d’autorisation ne réprimerait pas non plus ce droit fondamental. C’est d’ailleurs ce qui a été démontré à l’échelle fédérale en 2017, quand le gouvernement a adopté la Loi canadienne anti-pourriel, selon laquelle les circulaires virtuelles devaient désormais être envoyées sur demande seulement. N’est-il pas temps qu’on fasse de même avec les circulaires de papier et de plastique, qui sont autrement plus dommageables pour l’environnement ?

Le problème est loin d’être mineur : rien qu’à Montréal, la distribution régulière de centaines de milliers de sacs, c’est l’équivalent en poids d’abandonner 62 autobus dans nos rues chaque semaine. Et si on mettait bout à bout les 182 millions de sacs qui sont livrés chaque année au Québec, cela ferait deux fois et demie le tour de la Terre. Non seulement cela, mais tous ces sacs sont 0 % recyclables tant qu’on n’a pas séparé le papier du plastique, et leur masse totale représente 11 % de tout ce qui transite dans les centres de tri de la province. Puisque ceux-ci sont déjà débordés et qu’une grande partie du stock est envoyé à l’enfouissement, ne devrait-on pas régler le problème en ciblant les amateurs de sacs d’une façon bien plus précise qu’actuellement ?

Quant aux journaux inclus dans les sacs promotionnels, ils pourront continuer de rejoindre leur public et ne perdront pas un lecteur — ils cesseront seulement d’être remis aux gens qui ne les lisaient pas de toute façon. Ce serait même avantageux pour eux, car la distribution actuelle leur est facturée en fonction d’un lectorat artificiellement gonflé. Si les sacs rejoignaient uniquement les personnes intéressées, il coûterait moins cher d’en faire partie. Le contrôle des circulaires leur serait donc bénéfique, et non nuisible.

Lors du lancement de sa consultation, la Ville de Montréal a rendu public un sondage révélant que 82 % de la population ET des commerces appuient la réforme proposée, tout comme le faisaient déjà 13 grands groupes environnementaux — dont Équiterre, Greenpeace, Nature Québec, Environnement jeunesse et la Fondation David Suzuki. Au lendemain des manifestations monstres qui réclament des gestes concrets et significatifs de la part de nos élus, la question n’est plus de savoir s’il faut remplacer le plastique vierge par du plastique recyclé. Il faut réduire le gâchis à la source et cesser d’importuner les milliers de citoyens qui n’ont jamais demandé à recevoir ces tonnes d’articles publicitaires.

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9 commentaires
  • François Beaulé - Abonné 7 octobre 2019 07 h 44

    L'intrusion publicitaire

    Au delà de la question de la couleur des pictogrammes, rouge pour refuser le publisac et vert pour l'autoriser, il y a un débat plus fondamental qu'il faudrait mener sur l'intrusion de la publicité dans nos vies. À l'heure où il n'est plus possible de nier le rôle de la surconsommation dans les problèmes environnementaux, les citoyens sont bombardés de messages publicitaires les incitant à consommer davantage.

    Le principal moyen que les publicitaires utilisent pour nous imposer leurs messages est l'achat d'espaces ou de temps dans les médias. À la télé de Radio-Canada, une émission d'une heure est composée d'un programme de 43 minutes et de 17 minutes de publicités. Les téléspectateurs subissent cette publicité pour pouvoir écouter le programme. Le rapport entre la durée des pubs et celle du programme atteint 40% !

    Le financement des médias par la publicité est au coeur de cette arnaque. En réalité, ce sont les consommateurs qui financent les annonceurs. Si les ventes des annonceurs n'augmentaient pas suite à une campagne publicitaire, cette campagne serait vite abandonnée. Le financement des médias est donc lié à l'augmentation de la consommation. En plus de l'atteinte à la liberté du citoyen-téléspectateur, cette arnaque est toxique pour l'environnement. Et ce procédé est aussi appliqué pour la radio privée, pour les journaux et pour internet. L'apparence de gratuité de certains médias, comme Facebook ou La Presse par exemple, est un leurre.

    Libérer les médias de la publicité est un combat important qu'il faut mener pour arriver à changer un mode de vie incompatible avec la nature.

  • Diane Germain - Abonné 7 octobre 2019 08 h 28

    Bravo !

    Je suis tout à fait d'accord avec vous. Trop souvent je vois des gens prendre leur public-sac pour le mettre directement dans le bac à recyclage. Quel gâchis, à cela il faut ajouter tous les GES.

    • Gilles Théberge - Abonné 7 octobre 2019 16 h 00

      C'est moi-même, ce que je fais...

      Ayons le courage de mettre fin au gâchis !

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 7 octobre 2019 09 h 05

    Excellentes suggestions

    Bravo !

  • Jean-Guy Aubé - Abonné 7 octobre 2019 11 h 17

    les circulaires sont utiles

    Pour les classes populaires pauvres, les circulaires déterminent largement ce qu'ils mettent dans leur panier d'épicerie car ils vont acheter les produits annoncés à rabais à chaque semaine. Les interdire pénaliserait toutes les personnes qui n'ont pas d'ordinateur ou qui n'ont pas d'habilité pour s'en servir. Les concepteurs de circulaires pourraient toutefois faire des circulaires imprimées en brail pour les personnes qui ont des difficultés de vision.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 7 octobre 2019 11 h 48

    « rouge pour refuser le publisac et vert pour l'autoriser, il y a un débat plus fondamental qu'il faudrait mener sur l'intrusion de la publicité dans nos vies.» (François Beaulé)

    Encore des sermons en perspective et de la morale de curé à l'adresse des ménages pauvres sans connexion Internet pour lesquels les Publisacs sont une source nécessaire d'aubaines hebdomadaires.

    • François Langlois - Abonné 8 octobre 2019 08 h 29

      Si les entreprises cessaient d'investir des sommes colossales en publicité écrite et illustrée, il y a lieu de croire que les aubaines seraient encore meilleures. Les rabais pourraient être simplement affichés en magasin. Par ailleurs, la publicité est conçue pour tromper les consommateurs, qui confondent souvent « spécial » et « aubaine ». Les circulaires tendent à laisser croire que le magasin au complet est en spécial. Une juste connaissance des prix et des rapports qualité prix est nettement plus efficace que des pubs accrocheuses. Et si c'est meilleur pour l'environnement, tant mieux. Ça n'a rien à voir avec les sermons et la morale de curé...