Pour un Québec «zéro émission nette»

«Pour arriver à proposer les actions à entreprendre dès aujourd’hui, nous avons commencé par élaborer une vision du Québec souhaité, un Québec
Photo: Renaud Philippe Le Devoir «Pour arriver à proposer les actions à entreprendre dès aujourd’hui, nous avons commencé par élaborer une vision du Québec souhaité, un Québec "zéro émission nette" (ZéN) qui éviterait l’emballement climatique», clament les auteurs.

Le 27 septembre dernier, à l’appel des étudiants du monde entier, des dizaines de milliers de personnes ont pris d’assaut les rues du Québec lors d’une manifestation sans précédent pour le climat. Bien que ces moments de solidarité soient galvanisants, leurs lendemains sont parfois angoissants alors qu’on se demande « et maintenant, quoi ? ».

Reconnaissant que tout délai nous impose des contraintes de plus en plus insurmontables, les membres du Front commun pour la transition énergétique, dont nous faisons partie, se sont attelés à la tâche de trouver des réponses.

Pour arriver à proposer les actions à entreprendre dès aujourd’hui, nous avons commencé par élaborer une vision du Québec souhaité, un Québec « zéro émission nette » (ZéN) qui éviterait l’emballement climatique.

Dans ce Québec ZéN, les besoins énergétiques auront diminué radicalement et l’énergie consommée sera renouvelable à presque 100 %. Les collectivités auront la capacité d’entretenir par elles-mêmes la quasi-totalité des systèmes qui soutiennent leur mode de vie. La circulation routière sera fluide et la mobilité améliorée, y compris en région rurale. L’achat local sera roi et la circularité des matières sera devenue la norme en industrie. Les sols agricoles seront en santé et plus de 80 % du contenu de notre assiette proviendra du Québec. Chaque individu, chaque entreprise tendra vers le zéro déchet.

Ce Québec sera paisible, car des efforts financiers de temps de crise auront été faits à temps. La transition se sera réalisée de manière progressive et ordonnée, évitant ainsi le chaos social et économique qui aurait inévitablement accompagné l’emballement climatique. Axée sur la satisfaction des besoins plutôt que sur l’accumulation débridée, l’économie sera plus saine.

Loin d’être une utopie, le Québec ZéN proposé par le Front commun est une vision qui nous permet de déterminer les jalons à poser pour l’atteindre — et d’éviter de gaspiller en fausses solutions un temps que nous n’avons plus. Cette vision n’est ni optimiste ni pessimiste : elle vise simplement à cerner ce qui est nécessaire et à proposer des chemins cohérents pour le réaliser.

Équité intergénérationnelle

Dans le contexte actuel d’éco-anxiété et d’urgence réelle, nous tenions à nous distancier des sirènes de la pensée positive, du « réalisme » comptable et du climatoscepticisme qui rivalisent pour tenter de nous rassurer en nous berçant de solutions miracles, de « seuils de faisabilité » ou de voies d’évitement. Nous avons plutôt choisi de cibler les racines de la crise et de fournir des balises conséquentes pour guider tous les aspects de la transition — techniques et politiques mais aussi, de droits de la personne et de justice sociale. Ces balises, tout comme notre vision d’un Québec ZéN, se trouvent dans la version 1.0 de notre Feuille de route pour la transition du Québec vers la carboneutralité, rendue publique lundi et déposée dans le cadre de la consultation du gouvernement du Québec sur son Plan d’électrification et de changements climatiques (PECC).

La transition doit être l’occasion de construire une société résiliente, plus égalitaire et viable sur le plan environnemental. Elle ne doit laisser personne derrière. Ainsi, le souci d’équité intergénérationnelle devra guider toutes nos décisions. Aussi indispensables et incontournables soient-elles, les nouvelles mesures réglementaires et écofiscales ne devront pas frapper injustement les groupes les plus vulnérables de la société, qui contribuent généralement le moins au réchauffement climatique. Les travailleurs et les travailleuses dont les emplois dépendent des énergies fossiles, tout comme les producteurs et productrices agricoles, devront être soutenus et accompagnés dans le cadre de stratégies structurantes visant à accélérer l’émergence d’une économie du XXIe siècle. La transition ne devra jamais servir de prétexte à la violation des droits des collectivités visées par des projets d’extraction en lien avec l’électrification. Notre vision d’un Québec ZéN est aussi celle d’un Québec où les droits territoriaux autochtones seront respectés et où nous ferons notre possible pour assurer des conditions de vie décentes aux réfugiés climatiques d’ici et d’ailleurs.

La transition que nous proposons mène à un monde plus propre, plus convivial, beaucoup plus sécuritaire. Sa mise en oeuvre adaptée aux différents contextes n’en sera pas moins exigeante. La profondeur des transformations à effectuer, dans les délais qui nous sont impartis, appelle donc à un véritable dialogue social. Non pas pour accepter des demi-mesures ou des contre-mesures qui nous feraient échouer, mais bien pour détecter les noeuds, les comprendre et travailler tous ensemble à les dénouer.

C’est à cela que Québec ZéN vous convie : accélérer la transition juste vers le Québec carboneutre de demain, à travers un dialogue que nous poursuivrons à l’intérieur de nos organisations, au cours des prochains mois, et que nous souhaitons élargir en allant à la rencontre des acteurs des autres sphères de la société québécoise.

 


* Ce front commun regroupe près de 70 groupes qui rassemblent environ 1,5 million de Québécois. Le texte est signé par les personnes suivantes: Carole Dupuis, porte-parole, Mouvement écocitoyen UNEplanète Sonia Éthier, présidente, Centrale des syndicats du Québec (CSQ) Maude Prud’homme, déléguée à la transition, Réseau québécois des groupes écologistes (RQGE) Claude Vaillancourt, président, ATTAC-Québec Odette Sarrazin, coordonnatrice, Regroupement vigilance hydrocarbures Québec (RVHQ) Dominique Daigneault, présidente, Conseil central du Montréal métropolitain-CSN Alain Marois, vice-président à la vie politique, Fédération autonome de l'enseignement (FAE) Jonathan Théorêt, directeur, GRAME Joyce Renaud, présidente,Mobilisation climat Trois-Rivières (MCT) Pierre Richard, Réalité Climatique Canada et Transition Capitale Nationale Denise Laprise, porte-parole, Montmagny en transition Monika Firl, vice-présidente, Coalition climat Montréal Réal Lalande, coordonnateur, Action Climat Outaouais (ACO) Mélanie Busby, Mobilisation environnement Ahuntsic-Cartierville (MEAC) Caroline Toupin, coordonnatrice, Réseau québécois de l'action communautaire autonome (RQ-ACA) Normand Beaudet, Centre de ressources sur la non-violence Andréa Bacon-Therrien, Action Environnement Basses Laurentides (AEBL) François Geoffroy et Violaine Brisebois-Lavoie, porte-paroles, La Planète s'invite au Parlement.

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34 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 1 octobre 2019 07 h 11

    Le retour au Moyen-Âge, version Québec solidaire 1.0

    La solidarité galvanisante du happening du 27 septembre mise en scène dans une éco-anxiété hors pair est certainement la recette du succès. Mais comment leur expliquer que dans un Québec de zéro émission nette où nous produisons seulement 0,17% du total des GES mondiaux présentement, l’emballement climatique sera encore au rendez-vous puisque la pollution atmosphérique et les GES ne connaissent pas les frontières géopolitiques?

    En parcourant leur Feuille de route pour la transition du Québec vers la carboneutralité, on s’aperçoit tout de suite qu’ils ne vivent pas sur la même planète que nous. Ici, on parle d’économie circulaire, de la fin des importations et exportations, des industries, (mines, manufactures etc.) de l’agriculture, des innovations technologiques et de tous les produits fossiles. Ils vont remplacer tous les métaux et le plastique par le bois. Ils utiliseront seulement des énergies renouvelables, la bioénergie, la géothermie, l’énergie des vagues, le solaire et l’éolien, toutes des sources d’énergies subventionnées au maximum qui sont intermittentes, dispendieuses et peu pratiques au Québec.

    Évidemment, ils soulignent qu’on aura besoin d’investissements massifs pour pallier à la mise à pieds de tous ces gens au Québec puisque la croissance économique n’existera plus. Cet argent viendra d’où? Ce sera la fin des gouvernements et du filet social dans une économie circulaire. Ce sera la fin de tous les systèmes de pension québécois, gouvernementaux ou privés et l’aide au plus démunit de la société. Enfin, nous allons vivre comme dans les pays du tiers monde les plus reculés de la planète. On enviera les Afghans. En bref, ce sera l’appauvrissement et la fin de l’état québécois où tous voudront partir ailleurs.

    Dans cette période de grande noirceur et de chaos social engendrée par la fin de la croissance économique, on verra apparaître des idéologies les plus loufoques et meurtrières. Non merci, nous nous adapterons aux changements climatiques.

    • Christian Montmarquette - Abonné 1 octobre 2019 10 h 00

      "La solidarité galvanisante du happening du 27 septembre mise en scène dans une éco-anxiété.." - Cyril Dionne

      On se demande qui fait de la mise en scène ici :

      "La canicule a fait près de 90 victimes au Québec" - La Presse, 18 juillet 2018

      "Près de 90 personnes sont mortes au Québec en raison de la canicule, selon les dernières données disponibles. Le plus récent bilan provincial, datant du 9 juillet, faisait état de 70 morts, dont 34 à Montréal."

    • Louis Gilbert - Abonné 1 octobre 2019 10 h 13

      Cette position de dénigrment ne contribue en rien à notre réflexion. Si vous êtes si clairvoyant s.v.p. participez aux volets de leur démarche dont relève cette compétence et qui pourront en bénéficier. Merci de vous impliquer.

    • Michel Bastien - Abonné 1 octobre 2019 15 h 56

      Si vous et les autres geignards mettiez autant d'énergie à améliorer la qualité de vie du vivant que vous en mettez à dénigrer une partie des contributeurs du Devoir, je suis convaincu que la terre et ses habitants s'en porteraient mieux! Cessez donc de polluer les pages de commentaires avec vos interventions pseudo-intellectuelles qui rabachent ad nauseam les mêmes maudites platitudes! (C'est beau! on les as lues ! Passez à autre chose!)

      Michel Bastien

    • Cyril Dionne - Abonné 1 octobre 2019 16 h 54

      Pour ceux qui sont intéressés par les détails (le diable est toujours dans les détails), voici le lien de nos Don Quichotte de l’environnement.

      https://www.pourlatransitionenergetique.org/wp-content/uploads/QcZeN-Feuillederoute_V1.pdf

      Avec une lecture primaire, on s’aperçoit rapidement que nous sommes au pays fantasmagorique de la pensée magique où « toutes les licornes de l’univers gambadent joyeusement dans les prés »* pour reprendre l’expression de M. Morin. C’est toute une œuvre de fiction. J’espère qu’ils ne s’inviteront dans les affaires de monsieur et madame tout le monde. Comme ils le disent si bien dans la langue de Doug Ford : « Don’t call us, we’ll call you ».

      En tout cas, je vous laisse à vos propres conclusions.

      * Québec solidaire ©℗®™

    • Cyril Dionne - Abonné 1 octobre 2019 18 h 26

      Cher M. Montmarquette,

      Votre parti me fait toujours penser au roman de Margaret Atwood, la Servante écarlate, qui est une vision dystopique froide du futur. Prenant place dans le parti central de QS – on pourrait voir un Québec totalitaire dans laquelle les extrémistes de gauche fondamentalistes se sont débarrassé de la démocratie et de l’état laïc et ont imposé une théocratie puritaine dans un État extrémiste de gauche sans cœur qui oppresse les femmes et régule les différents aspects de la vie humaine avec une constante surveillance.

    • Raynald Blais - Abonné 1 octobre 2019 20 h 00

      Merci M. Cyril Dionne.
      Je cherchais ce qui emballait tant la bourgeoisie pour ce roman.

    • Christian Montmarquette - Abonné 2 octobre 2019 10 h 15

      "On pourrait voir un Québec totalitaire.." - Cyril Dionne

      Mieux vaut être sourd que d'entendre ça.

      Alors que Québec solidaire revendique le scrutin proportionnel afin que tous les partis reçoivent leur part équitable de votes et de députés, et que c'est vous, qui exigez le maintien du mode de scrutin actuel qui accorde 100% du pouvoir avec 37% des votes qui permet de diriger le Québec comme une dictaure, en plus de foutre 55% des votes des électeurs aux poubelles à chaque élection au Québec.

  • François Beaulé - Abonné 1 octobre 2019 07 h 28

    Vœux pieux

    « Axée sur la satisfaction des besoins plutôt que sur l’accumulation débridée, l’économie sera plus saine »

    Excellente idée ! Mais en pratique, de quelle économie s'agit-il ? Sûrement pas une économie capitaliste. Alors, ce serait une première mondiale. On veut des détails...

    L'autre immense problème est que cette carbo-neutralité, en admettant qu'elle soit atteinte au Québec et dans quelque pays nordiques, n'aura que peu d'impact sur les changements climatiques causés par une humanité de plusieurs milliards d'individus. Le « Front commun » doit rapidement dépêcher des porte-parole pour annoncer la bonne nouvelle aux autres nations, à commencer par les Chinois et les Américains...

  • Germain Dallaire - Abonné 1 octobre 2019 07 h 48

    Un peu de concret peut-être

    Le problème avec la question environnementale, c'est que tout le monde se prétend en faveur de l'environnement. On le voit bien avec les partis politiques, il y en a même qui se disent plus verts que vert. Le texte du Front commun ne fait rien pour faire avancer les choses. Tout le monde est pour la vertu contre le vice. Il est aisé d'imaginer un monde à l'inverse du monde actuel mais c'est autre chose de déterminer les gestes concrets à poser tout de suite. Le message simple de Greta Thunberg reste pleinement pertinent: assez de paroles, des gestes concrets!

  • Raynald Blais - Abonné 1 octobre 2019 07 h 54

    Douceur et violence

    Il est vrai que l'espoir de pouvoir vivre dans ce Québec ZéN, tel que la vision du Front commun le décrit, n'est pas une utopie. Vivre dans un Québec où les problèmes de pollution, de circulation, du commerce, d'inégalités, etc, dus au développement du capitalisme seraient résolus, du moins en partie, est une ambition légitime. Par contre, de miser sur une transition progressive et ordonnée soutenue par un véritable dialogue social, pour y arriver l'est sûrement.
    En fait, miser sur une lutte aux changements climatiques selon une transition progressive et ordonnée est extrêmement risqué. Que ferons-nous si les propriétaires des moyens de production et des capitaux exigent d'être épargnés par les mesures nécessaires à la transition? Faudrait être bien chanceux que les capitalistes acceptent d'éliminer pour un temps la plus-value qui leur est attribuée sous forme de profits, de rentes ou d'intérêts, pour réduire le réchauffement de la planète causé par la production de marchandises. Faudrait être doublement chanceux que les investissements en capitaux de guerre, de conquête de l'espace ou du luxe soit suspendus le temps de refroidir le climat. Tout au contraire, les capitalistes environnementalistes demandent que la production qui leur rapporte profit soit épargnée de toutes formes de contrôle. Ils proposent plutôt le contrôle de la consommation.
    Si chez la classe dominante, il y a des climatosceptiques qui refusent toutes responsabilités et des climatocroyants qui promeuvent une transition écologique douce pour leur permettre de protéger leurs intérêts, chez les classes populaires, il y a les humanistes qui prédisent un déroulement en douceur de la transition et les matérialistes qui envisagent une possible révolution.

  • Dominique Boucher - Abonné 1 octobre 2019 08 h 06

    Bonne chance...

    ... dans la mise en application de ce beau programme! (Et oui, je dis ça avec un mélange dʼespoir et dʼironie.)

    Jean-Marc Gélineau, Montréal